Des étendues de terres arables non exploitées, une route sinueuse traversant des collines verdoyantes, des villages et cités essentiellement agricoles, une terre fertile qui nourrit et fait vivre les autochtones, c’est le Bas-Congo. Cette province n’a pas que servi de porte d’entrée à la culture occidentale avec sa façade maritime - la seule de la RDC - d’une trentaine de kilomètres mais elle détient aussi les solutions aux problèmes énergétiques de la ville de Kinshasa. Le Bas-Congo est la plus petite province de la RDC, juste après Kinshasa, à peine 53 000 km, soit 2,3% du territoire national. Pourtant, elle fait partie du top 3 des provinces les plus riches du pays, en raison notamment de ses activités portuaires, pétrolières et énergétiques.

Le barrage d’Inga, à une quarantaine de kilomètres du Port fluvial de Matadi, dispose d’une chute naturelle de 102 m, avec un potentiel estimé à 44 000 MW. Avant d’atteindre ce gigantesque ouvrage, l’usager de la nationale découvre, à plus de 200 km de Kinshasa, plus précisément à Kimpese, un site érigé à plus de 500 m de la grande route. À l’intérieur, il y a les pylônes, câbles et autres équipements de la Société nationale d’électricité (Snel) qui serviront à un projet qui ne cesse de faire couler de l’encre et de la salive : la deuxième ligne Inga-Kinshasa. Mais pourquoi le Bas- Congo et Kinshasa accordent tant d’intérêt à sa construction ? Pour répondre à cette question, il faut interroger les chiffres. Avec un taux de desserte d’à peine 40% pour Kinshasa et de 7% pour le Bas-Congo, ce projet appelé à se matérialiser d’ici au mois d’août 2013 ou, au plus tard, en 2014, pourra effectivement aider à changer la donne. Une autre raison complémentaire s’y glisse : 62% de la longueur totale des lignes de distribution de moyenne et basse tension se trouvent dans le Bas-Congo et à Kinshasa.

Et actuellement, la ligne Inga-Kinshasa de 220 kilovolts représentant le réseau occidental est saturée et pourtant, elle ne transporte que le quart de sa capacité d’après sa conception. Pression démographique Pour la Snel, tout s’est précipité dans les années 1990. Les pillages ont conduit à la fermeture de plusieurs entreprises. De nombreuses familles au chômage ont dû recourir à l’informel pour survivre. L’explosion du secteur informel a occasionné la consommation effrénée du courant électrique et contribué à la dégradation des équipements de la société.

Le phénomène des câbles dénudés, par exemple, est apparu à cause des nombreuses interventions pour dépanner des câbles souterrains qui chauffent sous le sol. Un autre phénomène controversé : les délestages. Ces derniers s’expliquent par l’écart entre la capacité de production et la demande, surtout aux heures de pointe. L’hydroélectricité qui fournit plus de 90% de la production énergétique du pays, et plus faiblement l’énergie thermique produite par soixante petites centrales à combustible solide dont un tiers fonctionne encore, n’arrive plus à apporter du courant électrique dans certains centres urbains et régions éloignées. Inga I et Inga II ne produisent que la moitié de leur capacité installée. Techniquement, le pays éprouve même des difficultés à exporter son courant. La deuxième ligne Inga-Kinshasa Selon des informations recueillies à Kimpese, le projet avance et les techniciens indiens sont en train de travailler durement. À l’heure actuelle, les études sont terminées et les fonds identifiés.

Les travaux ont même démarré, notamment plus de cinq fondations des pylônes construites entre Madimba et Inkisi. Ainsi le projet prend son envol après un retard de plusieurs décennies. En effet, le projet fut interrompu après l’embargo économique imposé à la RDC. Il y avait déjà des fonds disponibles, entre autres, ceux de la Banque mondiale et de la Banque européenne mais ils ne furent jamais débloqués. Après la reprise de la coopération, le projet a repris et a traîné encore au cours de ces dix dernières années. Entre- temps, les attentes s’intensifient.

À Kimpese, le propriétaire d’une petite usine spécialisée dans l’agroalimentaire contacté par la rédaction a affirmé payer jusqu’à 200 000 dollars de facture mensuelle. Dans ces conditions, il est impossible d’espérer développer une activité industrielle d’envergure ou encourager la création des PME dans le Bas-Congo.

Alors, tout le monde croit à cette deuxième ligne qui viendrait sauver l’industrie congolaise. Il s’agit d’une ligne de 400 kilovolts entre Inga et Kinshasa, quasiment le double. Ce projet intégré dans le portefeuille de la BM sous la dénomination « Projet de marché d’électricité à la consommation domestique et à l’export » prévoit d’injecter 93 millions de dollars américains à l’érection de cette seconde ligne.

Avec l’aide des partenaires, il est aussi programmé la réhabilitation et l’extension du réseau de distribution de Kinshasa. En effet, une fois achevé à l’horizon 2014, ce projet aidera à produire une capacité additionnelle qui devrait être répartie selon un équilibre défini préalablement établi par le gouvernement entre les secteurs sociaux et les impératifs commerciaux. Ce sera un autre épineux point auquel le gouvernement devra y réfléchir sérieusement.

Laurent Essolomwa/Les Dépêches de Brazzaville


(TH/ROL/PKF)