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Bonjour | 21/03/2010 10:37 | English Make DC Home page | RSS feed

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Au chapitre de la paix ou force d'interposition, le représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Amos Namanga Ngongi explique que la transformation du mandat de la Monuc doit ętre le résultat d'une discussion comme c'était le cas ŕ Luanda pendant la derničre réunion du Comité politique.

Maintien de la paix ou force d'interposition?

LRM : Face ŕ la violence permanente ŕ l'Est du pays, Isiro, Bunia peut on envisager cette fois-ci la transformation du mandat de la Monuc ?

A.N.N. : Comme vous le savez vous-męme, c'est le Conseil de Sécurité qui se prononce sur le mandat de la Monuc. Nous avons élaboré pas mal de rapports sur la situation dans l'Ituri, Isiro, Bukavu, Minembwe, Baraka... et les envoyons pratiquement tous les jours avec des analyses et des suggestions. Mais, j'ai essayé d'expliquer aussi ŕ plusieurs reprises que ce sont les partenaires d'un accord qui avaient invite les Nations Unies ŕ venir ici (allusion faite ŕ l'accord de Lusaka).

Donc ce n'était pas une décision unilatérale de la part des Nations Unies. La transformation du mandat de la Monuc doit donc ętre le résultat d'une discussion comme c'était le cas ŕ Luanda pendant la derničre réunion du Comité politique. La plupart des membres des pays partenaires qui ont signé l'accord de Lusaka avaient demandé la transformation du mandat de la Monuc en une force d'interposition. Mais le Conseil de Sécurité a émis des réserves, c'est-ŕ-dire qu'il n'y avait pas une volonté de la part de ses membres de voir se transformer le mandat de la Monuc.

D'abord il y a deux situations: au stade actuel, l'effectif approuvé par le Conseil de sécurité pour la Monuc, c'est 5.537 soldats y compris les observateurs militaires. Jusqu'ŕ ce jour, on n'a pas encore atteint ce niveau. Cela veut dire qu'il y a une certaine résistance de la part des pays contributeurs des troupes pour envoyer des soldats en RDC pour une raison ou une autre. C'est donc un problčme pratique.

En ce moment, le mandat n'est pas celui d'intervention. Donc il y a trčs peu de risques de rencontrer une résistance physique militaire et donc peu de risques de perdre des vies. Par ailleurs, si on transforme le mandat de la Monuc en un mandat d'interposition, cela veut dire qu'on augmente aussi énormément les risques. Il y aura donc moins de pays qui accepteront d'envoyer leurs soldats ici. C'est cela la réalité. Et c'est un des arguments avancés par le Conseil de Sécurité.

Je voudrais que vous puissiez calculer vous-męmes : pour la Sierra Leone qui couvre par exemple 70.000 km2, il y a 17.000 soldats pour l'opération de maintien de la paix. Si on veut avoir proportionnellement le męme nombre des troupes ici pour la męme opération sur une zone de 700.000 km2 oů se situent les troubles, cela va exiger 10 fois plus des troupes qu'en Sierra Leone. Je pense que tout le monde est conscient que le mandant de la Monuc pouvait ętre transformé. Mais il y a des contraintes objectives qui semblent freiner cette transformation.

Et les pays membres du Conseil de Sécurité prennent tout cela en considération. Moi męme j'étais devant le Conseil de sécurité, il y a quelques mois et j'ai communiqué le souhait des Congolais surtout en tenant compte des manifestations qui s'organisent et des articles dans la presse contre la Monuc. Mais c'est aux membres du Conseil de sécurité de prendre la décision. Et ce n'est pas seulement le fait de prendre la décision, mais le Conseil de sécurité doit également ętre en mesure d'envoyer non seulement des troupes en RDC, mais ętre en mesure de couvrir tous les fonds ŕ allouer ŕ cette force de la Monuc. Donc il ne sert ŕ rien d'accepter la transformation du mandat de la Monuc en financičres pour accomplir sa tâche.

LRM : Pouvez-vous dresser en peu des mots votre bilant ŕ la direction de la Monuc ?

A.N.N. : Cela fait presque une année que je suis ici et je crois que le moment est bien ŕ propos pour faire mon bilan. Quand je suis arrivé, tout le monde parlait de la démilitarisation de la ville de Kisangani et de l'ouverture du trafic sur le fleuve Congo. C'est la Monuc qui avait avancé l'idée de la formation de la police ŕ Kisangani pour accélérer la démilitarisation de cette ville. Avant le 9 novembre de l'année derničre, le RCD s'opposait farouchement ŕ cette opération.

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C'était donc suite ŕ cette idée d'avoir un programme de formation de la police civile ŕ Kisangani que le RCD avait changé sa position pour dire que pour une fois, le Conseil de sécurité avait compris et pris en considération ses préoccupations sécuritaires.

Et heureusement pour nous tous, le programme de formation a démarré. Nous avons un premier cycle avec 54 policiers qui sont en cours de formation. Malheureusement, la ville de Kisangani n'a pas encore été démilitarisée et les événements du 14 mai ont prouvé que le Conseil de sécurité avait pleinement raison de demander cette démilitarisation. Sur l'ouverture du fleuve, au moment oů je vous parle, il y a un convoi commercial qui est arrivé ŕ Bumba, le tout premier depuis le déclenchement de la guerre en RDC.

La Monuc a négocié entre les partenaires et moi-męme je ne sais pas combien de fois je me suis déplacé avec un projet d'accord sur l'ouverture du fleuve Congo. Et c'était ŕ Sun City que j'ai décroché les signatures de tous les protagonistes; c'est-ŕ-dire Jean-Pierre Bemba, Adolphe Onusumba et une fois rentré ici, celle du gouvernement avant que moi męme je ne signe comme témoin.

C'est quelque chose qui dépasse de loin ce qu'on peut penser pour redynamiser la vie économique du pays. Parce que ce fleuve constitue l'artčre principale de la circulation des personnes et leurs biens. Si on peut assurer cette circulation en toute liberté, ce sera une trčs grande contribution au peuple congolais. Bien sur que la Monuc devait aussi se déployer sur le terrain et disposer des effectifs lŕ oů le problčme se pose. A cet effet, nous avons créé depuis mon arrivée ici 4 centres de coordination, notamment ŕ Basankusu, Boende, Ilebo et Manono. Les centres de Basankusu, Boende, Ilebo et Manono asurent la couverture totale du pays. Radio Okapi le fait électroniquement.

Ces centres nous donnent maintenant un peu plus de couverture pratiquement totale du pays. Parce qu'avant, étant donné les difficultés de communication routičre, il fallait utiliser les hélicoptčres et les avions partout. Or, les hélicoptčres ne peuvent pas dépasser une certaine distance. Maintenant nous avons un coup d'oeil dans le pays pour mieux surveiller et contrôler les violations de cessez-le-feu, les violations de nouvelles positions des parties approuvées dans l'accord de Lusaka.

Car comme vous le savez, les annexes de cet accord prévoyaient que chaque partie belligérante devait occuper un certain nombre de positions. C'est pour vous dire que cela est respecté dans l'ensemble. Mais il y a toujours des contradictions. Car on dit que malgré ce respect du cessez-le-feu et d'autres engagements il y a des problčmes continuels ŕ l'Est du pays. Mais les problčmes ŕ l'est du pays ne sont pas entre les signataires de l'accord, mais c'est ŕ l'intérieur d'un mouvement ou d'une zone contrôlée par un mouvement ou un autre.

D'autre part, les communications au pays étaient totalement coupées. Depuis le 25 février 2002, il y a la Radio Okapi qui a pu unifier le pays électroniquement. Maintenant quand il y a une conférence de presse ici, j'ai des questions de Kalemie, de Goma, de Kananga, de Gbadolite et de partout. C'est la premičre fois, depuis 4 ans, qu'on voit les Congolais de tous les coins du pays se parier entre eux et les journalistes se poser des questions et poser des questions aux représentants du SG de l'ONU qui se trouvent ici.

C'est quelque chose qui n'existait pas et que nous avons créé et que nous pouvons aussi laisser aprčs notre départ. Sur le plan socio-économique, je ne pense pas que la Monuc était créée pour satisfaire les besoins sociaux et économiques, mais nous avons pu appuyer beaucoup de petits projets au niveau local; soit pour établir le systčme de traitement d'eau ŕ Kananga ou pour l'électricité ŕ Kalemie, la réhabilitation de la salle d'urgence de l'hôpital général de Kinshasa que moi-męme j'ai inaugurée et l'octroi d'un générateur ŕ la męme formation médicale. Donc, il y a de petites actions que nous avons pu entreprendre. Nous avons également réhabilité les routes, notamment ŕ Kindu entre l'aéroport et la ville, ŕ Kisangani c'était la męme chose et ici ŕ Kinshasa, c'est au niveau de la route des Poids Lourds oů, en collaboration avec le Gouverneur de la ville, nous avons procédé au débouchage des caniveaux pour prévenir les inondations qui menaçaient tous les usagers de la route. Nous avons aussi assuré l'unification familiale de prés de deux mille familles que la guerre avait séparées. Au début de cette année, précisément ions de l'éruption du volcan Nyiragongo, la Monuc a été beaucoup critiquée.

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Mais ŕ mon niveau, j'avais décrété un mois d'utilisation gratuite des moyens logistiques de la Monuc. Et notre avion a été le premier ŕ acheminer une assistance humanitaire pour la population de Goma. Les agents de la Monuc ont également travaillé avec le contingent marocain. Avec l'accord du gouvernement rwandais, nous avons laissé un petit groupe ŕ Kigali pour assurer l'acheminement de l'assistance humanitaire entre Kigali et Goma. Car, tout a été laissé ŕ la portée de la population qui devait se charger personnellement de cette évacuation.

Donc il y a quand męme de petites choses qu'on a fait, mais beaucoup n'y croient pas. Mais s'il y avait la paix, tout le monde allait applaudir la Monuc. Or, la paix au Congo ne dépend pas de la Monuc, mais des partenaires et des signataires des accords. C'est entre eux de trouver le processus, l'engagement, la détermination de restaurer la paix en RDC. C'est un processus politique oů la Monuc n'a rien avoir. C'est entre les acteurs politiques, entre la société civile qu'il faut discuter. Malheureusement, cela prend beaucoup de temps comme c'est le cas en RDC.

Mais disons que la Monuc a participé ŕ plusieurs discussions et formule plusieurs propositions. La Monuc a aussi formulé des conseils et participé ŕ des réunions. Moi-męme j'ai fait 4 voyages ŕ Sun City, j'étais ŕ Addis-Abeba oů j'ai rencontré toutes les parties concernées pour apporter notre contribution surtout qu'il y avait des problčmes de déplacements et la Monuc mettait aussi gracieusement ses avions ŕ la disposition des hommes politiques. Malheureusement, ce n'est pas tout ŕ fait la responsabilité de la Monuc. Il y avait un processus politique ŕ part et je suis entré en contact avec le facilitateur neutre, l'ancien Ketumile Masire. Nous travaillions ensemble, mais c'était un processus ŕ part. Il fallait coordonner nos efforts, mais ce n'était pas ŕ la change de la Monuc. Mais globalement, je suis tout ŕ fait satisfait du fait que la Monuc a fait une petite contribution au cours de l'année écoulée, mais je ne peux pas non plus soutenir que je suis vraiment satisfait parce que comme vous le savez, il n'y a pas aujourd'hui la paix dans le pays, car si cela était le cas, réalisé, je pense que nous tous nous serions heureux.

LRM : A la veille des événements de Kisangani, on avait appris que la Monuc avait transporté des militaires de Goma ŕ Kisangani et juste aprčs, il y a eu ces événements. Ici ŕ Kinshasa, il y a eu des fuites d'informations selon lesquelles des rapports de la Monuc se sont retrouvés ŕ Kigali. Comment gérez-vous le crédit de la Monuc sur ces points précis.

A.N.N. : Je dois franchement vous dire que ce n'est pas tout le monde qui est content que la Monuc soit ici, ça c'est clair. Ce n'est pas non plus tout le monde qui pouvait ętre content qu'une organisation vienne ici pour s'occuper des problčmes soi-disant internes du pays. Mais quelques fois, j'accepte les critiques.

Et il n'y a pas un ętre humain ou une organisation créée par des ętres humains qui n'a pas des points faibles. Mais comment est-ce que quelqu'un peut penser que la Monuc peut transporter des militaires dans ses avions et les amener ŕ Kisangani pour tuer les gens? Comment peut on penser que la Monuc peut utiliser des avions des Nations Unies pour transporter des militaires alors qu'on ne peut męme pas admettre des armes dans ces avions lŕ? Vous pouvez aller dans tous les aéroports pour voir le contrôle qui se fait ŕ ce sujet.

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Moi-męme qui vous parle, je ne peux pas m'embarquer dans les avions de la Monuc en étant armé. Comment alors peut-on soutenir que la Monuc a transporté des militaires rwandais ou du RCD ? Je pense que ce sont des choses inventées par des gens pour intoxiquer inutilement l'opinion publique. Ce serait tellement stupide de tenter pareille opération, car il y a des gens et des journalistes dans tous les aéroports qui auraient vu ça non. Que voulez-vous, il y a parfois des accusations bętes qui font rire. Et les gens se permettent d'écrire et de publier de tels mensonges et de telles accusations. Mais ça c'est la réalité de la vie humaine : il y aura toujours des accusations non fondées.

Mais une fois lue dans la presse, il y a une partie de la population qui va toujours garder l'information dans la tęte et qui risque de croire que la Monuc est entrain d'aider soit le Rwanda, soit le RCD. Concernant les fuites d'informations, retenez que nous sommes une organisation avec des ętres humains. Cela veut dire que chacun, y compris moi, a ses idées, sa conscience et ses préférences personnelles. Mais la vocation d'un fonctionnaire international, c'est de supprimer les idées personnelles, la conscience personnelle et les préférences personnelles.

Nous sommes ici pour servir un peuple, un pays et la communauté internationale. Cela ne veut pas dire qu'il y a des gens qui ont des préférences ou qui ont des amis, des frčres ou des connexions avec une faction ou une autre. Il y a eu fuite, c'est-ŕ-dire qu'un document interne de la Monuc a été livré ŕ un des mouvements rebelles qui pensait que les analyses contenues dans ce rapport ne lui étaient pas favorables. Mais moi je dis que notre rôle ici ne se limite pas seulement ŕ envoyer les militaires sur le terrain, mais c'est aussi de faire des analyses politique, nécessaires qui puissent aider ŕ la prise des décisions par le SG de l'ONU afin de lui permettre de prodiguer des conseils pratiques au Conseil de Sécurité, ça c'est notre responsabilité.

En élaborant un document d'analyse politique, il faut de nombreuses hypothčses. Et ça c'était l'aprčs Sun City. Donc il serait irresponsable de la part de la Monuc si de ne pas envisager les différentes hypothčses. C'est ce qu'on a fait. Ce n'était pas pour la consommation du public, mais c'était plutôt un document interne qui est tombé malheureusement entre les mains d'un mouvement. Nous avons initié une enquęte qui est presque terminée et avons pris des mesures internes pour éviter de telles fuites dans l'avenir.

Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas d'autres fuites, mais il nous faut prendre des mesures pour mieux contrôler la circulation des documents surtout s'il s'agit d'un document confidentiel, afin que cela arrive au destinataire sans transiter par trop des mains. Mais je ne peux pas non plus éviter de partager les informations avec mes collčgues parce que cela risque de freiner le fonctionnement de la Monuc, j'estime seulement qu'il faut prendre des mesures sans freiner le fonctionnement de la Monuc. C'est la vie humaine et il faudra de temps en temps supporter des problčmes créés par vos propres enfants. Je suis ŕ la charge de la Monuc et par conséquent je suis responsable des actions de mes collčgues. C'est la réalité de la vie humaine. Si on veut ętre responsable, il faut ętre aussi pręt ŕ encaisser des coups.



Last edited: 07/05/2006 00:20:08

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