S'inspirant de l'adage selon lequel il faut souvent rappeler le passé pour ne pas le répéter, « Coeur d'Afrique » ouvre ŕ partir du présent numéro une rubrique intitulée « Les dossiers noirs de la IIčme République ». Rubrique dans laquelle seront étalés au grand jour les frasques, les combines, les magouilles, les détournements, les prévarications, les assassinats et tant d'autres crimes dont se sont rendus coupables les dirigeants dinosaures du régime Mobutu.
Ses derniers exploits en date : Le bradage du DAIPN et la vente forcée ŕ l'Etat de sa villa inachevée de Binza : 5 millions de dollars US.
« La destruction du pays est si profonde que des voix s'élčvent encore aujourd'hui pour se demander si en succédant ŕ Mobutu qu'il a renversé ŕ la satisfaction générale du peuple congolais, Laurent Désiré Kabila avait conscience de l'étendue du désastre qu'il héritait du régime déchu ».
C'est par cette réflexion que nous avons dans notre précédent numéro, ouvert un important dossier sur les « Réserves Stratégiques Générales » (RSG), un organisme créé par le Président Kabila aussitôt aprčs avoir pris le pouvoir. Cet organisme, rappelons-le, ŕ pour mission de constituer, distribuer et réguler les stocks de produits stratégiques pour faire face ŕ des situations de crises, de calamités naturelles ou de catastrophes.
La réflexion mérite d'ętre approfondie dans la mesure oů les auteurs ce cette destruction se découvrent aujourd'hui le rôle de donneurs de leçons, alors que par leur cupidité et leur gestion calamiteuse, ils ont mis ce pays par terre. Qui ne se souviendra pas d'ailleurs que leur responsabilité a été relevée ŕ la Conférence Nationale Souveraine, et cela dans tous les domaines: politique, économique, social et culturel. Mais sans s'ętre amendés pour les avoir commis ni avoir réparé le grave préjudice causé au peuple congolais, ils se permettent de violents réquisitoires contre le Président Kabila et le Gouvernement de salut public; ils s'agitent et se livrent ŕ des acrobaties tout aussi criminelles pour revenir au pouvoir. Sans froid aux yeux!
Un devoir de mémoire
Etant donné que ces crimes ont complčtement ruiné le pays, le peuple et l'opinion internationale qui s'est souvent montrée complaisante ŕ l'endroit de ces pilleurs, doivent savoir qui a fait quoi, pourquoi et comment. C'est un devoir de mémoire.
Ils doivent savoir, en effet pourquoi, alors que le pays n'était pas en guerre comme aujourd'hui, la population vivait déjŕ dans une misčre indescriptible ; pourquoi et comment les anciens dignitaires eux, vivaient dans l'opulence, faisaient main basse sur les richesses du pays, sur les entreprises publiques et sur le patrimoine national. Ils doivent savoir comment ces anciens responsables avaient accaparé l'import et l'export, détenu le monopole du commerce du café, du bois, du diamant, de l'or, etc.; comment nous pompaient tous les services générateurs des recettes; comment l'appât du gain, la corruption, la fraude et la concussion avaient suscité de véritables vocations de pilleurs. Le peuple et l'opinion internationale doivent savoir enfin, comment tous les fonds amassés par ces criminels allaient renflouer des comptes bancaires prives en Afrique du Sud, au Canada, en Suisse et dans bien d'autres pays occidentaux; comment ces fonds avaient également été investis dans des sociétés et dans l'immobilier ŕ l'étranger.
Kengo et ses derniers exploits
Ayant dirigé le gouvernement de l'ex-Zaďre pendant plus de six ans, le Premier ministre Léon Lobitch Kengo Wa Dondo a battu tous les records de longévité ŕ la tęte de l'Exécutif congolais. Sous-tendue par sa « politique de rigueur » qui tranchait apparemment avec les fastes de l'ancien régime, cette longévité lui a permis de se constituer un réseau important d'adresses ŕ l'extérieur et un groupe de fidčles, pour la plupart des technocrates dont l'expertise tant vantée a malheureusement servi ŕ l'enrichissement illicite de tous les membres du groupe. Enrichissement qui a largement contribué ŕ la ruine du pays.
Il faut du reste noter que sur le plan interne, la politique de rigueur prônée par Kengo s'est révélée tellement sélective suicidaire qu'elle a provoquée le limogeage de son initiateur en 1986. Ce dernier toutefois ŕ la Primature ŕ deux reprises, respectivement de 1988 ŕ 1990 et lors de la transition, de juin 1994 a avril 1997.
En attendant de revenir sur bien d'autres méfaits commis par Kengo, notamment la recherche effrénée des commission que devaient lui procurer sa politique de et son programme de privatisation, les manipulations sur les chiffres dans la passation des marches et dans la gestion de comptes du Trésor, nous épinglerons deux de ses tout derniers et triste exploits: le bradage Domaine agricole industriel et présidentiel de la N'sele et la vente ŕ l'Etat d'une villa inachevée ŕ 5 millions de dollars alors valeur réelle de celle-ci était de + 200 mille dollars.
Un fabuleux patrimoine
Situé ŕ quelque 60 Km de Kinshasa le domaine agro-industriel et présidentiel la N'sele est un vaste site de 5.000 ha comme l'indique son nom, abrite des activités agricoles et industrielles. Le secteur agricole est essentiellement constitué d'étendues de terre cultivables. Tandis que la partie industrielle comprend deux fermes avicoles, une ferme porcine, une ferme laitičre, un immense couvoir, une usine d'aliments pour bétail, une usine de lait, une ferblanterie, deux conserveries (tomate et ananas), un complexe technique, etc. A cela s'ajoutent un grand pavillon au marché de Kinshasa, des bureaux du personnel un camp de travailleurs et une station (carburant).
C'est ce fabuleux patrimoine présenté comme délabré et obsolčte qui, cinq mois avant la chute de l'ancien régime, a été bradé par Kengo et ses hommes de main, au profit du groupe anglais Lonrho et des associés zaďrois jamais identifiés.
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De quoi s'agit-il?
A la suite des mesures de zaďrianisation prises en 1973 par Mobutu, les sociétés du groupe Lonrho nationalisées ŕ savoir, cosmetic, plantadem et Vici-Zaďre, représentaient une créance de l'ordre de 1.093.011.646 FB, soit prčs de 34 millions de dollars us.
Pour récupérer sa créance Lonrho présente le projet de création d'une société privée ŕ responsabilité limitée sous la dénomination de « Nouveau Domaine agro-industriel présidentiel de N'sele » (N'DAIPN). La République approuve le projet, qui va aboutir par la signature d'un protocole d'accord, le 31 janvier 1997.
Aux termes dudit protocole, l'Etat libčre 99% et Lonrho 1% des parts sociales. L'Etat consent, par ailleurs ŕ céder 59% de parts en compensation de sa dette envers Lonrho. D'oů 60% des parts devraient désormais revenir ŕ Lonrho et 40 % ŕ l'Etat congolais.
Le 3 février 1997, les deux parties mettent sur pied la SPRL N'DAIPN pour la quelle l'Etat souscrit et libčre 990 parts sociales et Lonhro 10 parts. Le męme jour l'Etat congolais cčde effectivement 59% de ses parts ŕ Lonrho. A la libération du pays, Lonrho demande l'aval des nouvelles autorités pour, selon lui, démarrer immédiatement ses activités.
Le grain de sable
Dans un premier temps, la requęte Lonrho a impressionné les nouvelles autorités qui ne cherchaient pas mieux que de trouver des partenaires disposés ŕ les accompagner dans l'oeuvre de reconstruction nationale qu'elles venaient de lancer.
Seulement voilŕ ŕ l'analyse des éléments du contrat et des statuts de la N'DAIPN, il est apparu cinq points qui ont suscité la suspicion. Il s'agit de:
1. L'inexistence des conclusions d'une assemblée générale extraordinaire sous l'autorité de laquelle auraient dű ętre modifiés les statuts en ce qui concerne les dispositions relatives aux parts sociales. Cela conformément ŕ la cession consentie par l'Etat ;
2. L'absence de preuve de libération de l'apport par Lonrho;
3. L'impossibilité de faire démarrer les activités de la nouvelle société étant donné que męme si le 1% de Lonrho était libéré, il n'aurait nullement suffi du fait que l'apport de l'Etat était essentiellement immobilier ;
4. Les nombreuses exonérations exigées par Lonrho et lui accordées abusivement par l'Etat ŕ savoir: exonération des droits d'entrée fiscal douanier, et de CCA sur les importations; exonération de la contribution sur la rémunération versée au personnel expatrié; exonération sur la superficie des propriétés foncičres; exonération de la contribution cédulaire sur le revenu; exonération droit proportionnel en cas de transformation de la SPRL en SARL et en cas d'augmentation du capital; exonération de toutes nouvelles taxes et non application de toute augmentation de taxes...
5. Lonrho qui prétendait attendre les avis des nouvelles autorités avait, curieusement, enregistrer déjŕ en juillet et aoűt 1997, apports du gouvernement congolais au nom de la SPRL « N'DAIPN » alors que ces ports étaient une propriété de l'Etat. Ce aurait entraîné la privatisation pure et simple des biens de l'Etat.
Tous ces points constituent le grain de sable qui a tout bloqué et qui a permis de découvrir le pot aux roses. Car, il a suffi quelques jours d'investigations aux experts pour se rendre compte du plan monté par Kengo et ses hommes, sous le couvert de Lonhro, pour s'approprier le DAIPN.
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L'odieuse supercherie
La supercherie a éclaté au grand jour quand le gouvernement s'est retiré de la N'DAIPN, provoquant de ce fait la dissolution pure et simple de la nouvelle SPRL. Ayant repris en main le DAIPN, les pouvoirs publics n'ont déboursé, par exemple, que prčs de 100 mille dollars US pour réhabiliter l'usine d'aliments pour bétail, qui fonctionne parfaitement depuis un an. Or, pour la remise en marche de la męme usine, Kengo et ses enfants terribles avaient établi un devis de 2 millions de dollars.
Il en est de męme de toutes les autres unités de production du DAIPN, qui avaient été délibérément maintenues en inactivité pendant plus de dix ans et dont le projet financier de remise en état était exagérément surévalué dans le but d'amener l'Etat démuni ŕ les céder ŕ vil prix ŕ des partenaires qui n'étaient en fait qu'eux-męmes apparus sous des pręte-noms.
Découvert de justesse, l'odieux montage a été démantelé et le DAIPN totalement repris en main par l'Etat qui continue ŕ le réhabiliter avec bonheur.
5 millions de dollars pour une villa qui vaut 200 mille dollars
Pour ceux qui le connaissent Kengo est un homme prévoyant. Il l'a prouvé ŕ sa maničre peu avant de quitter la Primature pour la derničre fois.
En effet, juste avant de partir, l'ancien Premier ministre a vendu ŕ l'Etat, par le canal de la Banque centrale et sans aucune expertise, sa villa de Binza Météo pour une bagatelle de 5 millions de dollars. Or, selon des experts, cette villa ne vaut męme pas 200 mille dollars.
D'aprčs des sources dignes de foi, cette transaction immobiličre s'était déroulée avec la complicité d'un haut responsable de la banque centrale de l'époque. Epoque oů, par ailleurs Kengo Wa Dondo avait fait main basse sur la cagnotte de l'effort de guerre souscrit par toutes les forces vives de la Nation. Evalué a plus de 50 millions de dollars, ce fonds devait contribuer ŕ enrayer la rébellion de... Kabila.
Comme ŕ ses habitudes, l'ancien Premier ministre connaît seul la destination de cette importante somme d'argent dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle avait mystérieusement disparu sans laisser de trace.
Par ces tristes exploits, dit-on dans les milieux informés, Kengo a gagné la derničre manche de la « guerre financičre » que se livraient tous les prédateurs de l'ancien régime.. Rarement estime un Premier ministre a fait preuve d'une telle boulimie.
De nombreuses autres affaires de détournement, de prévarication et de surfacturation, jalonnent, les trois tumultueux mandats de « l'homme de la rigueur » ŕ la tęte de l'Exécutif congolais. Elles feront l'objet d'un grand déballage prochainement, mais cela ne peut nous empęcher d'évoquer cette honteuse affaire d'une centrale téléphonique installée dans sa résidence privée. Ce joyau né de la derničre génération de « Bell Téléphone » a coűté 4 millions et demi de francs belges ŕ l'Etat congolais alors que sa valeur réelle était de 350.000 FB. Il en est de męme d'une cuisine industrielle achetée avec l'argent de l'Etat et installée dans sa maison. Et comble de scandale, la résidence en question, située ŕ côté de l'hôtel Okapi, est une maison qui fait partie du patrimoine de l'Etat. Elle a été accaparée par M. Kengo alors qu'elle devrait servir de résidence officielle au Procureur Général de la République.
Le congolais n'a pas la mémoire courte
En livrant ŕ l'opinion ces quelques faits liés aux honteux exploits de Kengo Wa Dondo et ses poulains, « Coeur d'Afrique » na fait que lever un petit coin de voile sur les monstrueux méfaits de la plupart de dignitaires de la 2ičme république. Ceux-lŕ męmes qui aprčs une libération due aux changements survenus le 17 mai 1997, s'agitent aujourd'hui avec frénésie pour reprendre les ręnes du pouvoir.
Le peuple congolais au nom duquel ils parlent ce dernier temps, n'a pas la mémoire courte. Il se souvient et n'est pas prčs d'oublier les nombreux crimes dont il a été victime de la part de plusieurs d'entre-eux. Car il ne suffit pas d'aller chercher des parrains ŕ l'extérieur du pays, ni de passer ŕ l'opposition, pour effacer un passé chargé de crimes, d'assassinats, de détournements, voire de pillage systématique des biens publics.
Ils doivent le savoir une fois pour toutes: le peuple refuse de servir, une nouvelle fois, de marche-pied ŕ ces pilleurs patentés. Il l'a d'ailleurs rappelé haut et fort par des calicots et des slogans hors des festivités du 40č anniversaire de l'indépendance nationale. Ces pilleurs qui, comme l'avait déplore un diplomate occidental, avaient ramené la R.D.C ŕ la civilisation de la cueillette: « Ils ramassaient les subsides, les pręts ou les commissions et ils pillaient les ressources de l'Etat, sans se soucier le moins du monde du développement du pays », avait affirmé le diplomate.
Ces crimes qui l'ont appauvri, écrasé et clochardisé, le peuple congolais ne l'oubliera pas de sitôt. Les criminels qui commencent ŕ relever la tęte n'ont qu'ŕ arręter leurs gesticulations éhontées. Ils ne doivent pas se tromper d'époque.
Last edited: 07/05/2006 00:20:07