Cinquante ans après sa mort, la famille de l'ancien Premier ministre congolais Patrice Emery Lumumba, assassiné le 17 janvier 1961 dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), attend toujours que la vérité éclate et espère que les coupables de cet acte seront punis.

M. Lumumba, désigné comme l'un des "héros de l'indépendance" de l'ex-Congo belge, avait entamé ses activités politiques dès 1955 dans une colonie peu encline à accorder des droits à la population locale.

Il était devenu, en juin 1960, le premier chef du gouvernement après l'indépendance, accordée dans la précipitation lors de la Table ronde de Bruxelles, quelques mois auparavant.


Il n'a toutefois exercé cette fonction que quelques mois dans un pays immédiatement plongé, après l'indépendance du 30 juin, dans les troubles et divisé par les rébellions armées. C'est toutefois le futur maréchal Mobutu Sese Seko qui a scellé son sort et permis son assassinat, dans des circonstances restées obscures, mais en présence d'officiels belges, le 17 janvier suivant.


Né le 2 juillet 1925 à Onalua (centre du pays), Patrice Lumumba était considéré comme un élève brillant, mais avait dû interrompre ces études tôt, faute d'enseignement supérieur. Autodidacte, il embrasse une carrière de journaliste et reçoit en 1954 sa carte d'"immatriculé", un rare privilège accordé à quelques "indigènes" prometteurs.


Il entame ses activités politiques en 1955 en fondant une "association du personnel indigène de la colonie" (APIC), puis en octobre 1958, le Mouvement national congolais (MNC).Ce qui le conduit à participer à la conférence panafricaine d'Accra, rassemblant en décembre de la même année des leaders indépendantistes africains.


Emprisonné à la suite de troubles à Stanleyville (aujourd'hui Kisangani, nord-est), il est toutefois libéré en toute hâte par les autorités coloniales pour lui permettre de participer à la Table ronde de Bruxelles qui fixe la date de l'indépendance au 30 juin.


Désigné Premier ministre après les élections de mai 1960, le leader du MNC est investi le 23 juin, une semaine avant l'indépendance, alors que le président du nouvel Etat était Joseph Kasa-Vubu, de l'ABAKO.


Lors de la cérémonie de proclamation de l'indépendance, M. Lumumba avait prononcé - alors que ce n'était pas prévu - un discours virulent dénonçant les abus de la politique coloniale belge depuis 1885. Au lieu de s'adresser au roi Baudouin présent à la cérémonie, il avait entamé son allocution par une salutation "aux Congolais et Congolaises, aux combattants de l'indépendance...".

Son discours proclamait que l'indépendance marquait la fin de l'exploitation et de la discrimination, le début d'une ère nouvelle de paix, de justice sociale et de libertés. Il avait également dénoncé "les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres".


M. Lumumba avait été destitué dès le 5 août par M. Kasa-Vubu, avec l'assentiment de l'ONU qui venait de déployer des Casques bleus à la demande du gouvernement congolais en réponse à une intervention militaire belge faisant suite à la mutinerie de la Force publique et à la sécession de la riche province du Katanga.


Acculé à la fuite, M. Lumumba avait finalement été arrêté le 9 décembre 1960 et emprisonné dans une caserne des environs de Léopoldville (désormais) Kinshasa, la capitale.


Le 17 janvier 1961, le colonel Joseph-Désiré Mobutu, arrivé au pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat en septembre précédent, avait envoyé M. Lumumba à Elisabethville (aujourd'hui Lubumbashi), le chef-lieu du Katanga. M. Lumumba est torturé dès son arrivée et assassiné à 21h43, dans des circonstances restées obscures - bien qu'une commission parlementaire d'enquête belge ait évoqué en 2001 une responsabilité "morale" de la Belgique.


L'implication de la CIA dans la mort de ce dirigeant africain soupçonné de flirter avec l'Union soviétique en pleine Guerre froide est aussi souvent évoquée.


Son fils aîné, François, président du Mouvement national congolais Lumumba (MNC-L), a lancé le 4 janvier, un appel pour que les assassins soient jugés. Des membres de la famille Lumumba avaient annoncé en juin dernier, à la veille du 50ème anniversaire de l'indépendance de la RDC, leur intention de déposer plainte à Bruxelles contre douze Belges qu'ils soupçonnent de complicité dans l'assassinat. Mais cette plainte n'a toujours pas été déposée.

MMC


(CL/Yes)