Que retenir des premiers contacts entre la délégation institutionnelle de la RDC et celle du M.23 du dimanche 9 décembre 2012 à Kampala ? Les médias présents dans la capitale ougandaise rapportent la passe d’armes survenue entre les deux parties. Mais le réquisitoire des « mutins-rebelles » a un mérite inestimable pour le Gouvernement central : le M.23 reconnaît ses limites. Runiga et les siens ne peuvent expliquer devant aucun pays sérieux que le noircissement normal de la gestion de la Chose publique en démocratie puisse justifier une guerre, un dialogue et une Transition ayant pour finalité le partage du pouvoir.

Hollande en France a noirci le mandat de Sarkozy, Romney aux Etats-Unis l’a fait du mandat d’Obama, Tshisekedi, Kengo, Kamerhe et tous les autres candidats opposés à Kabila s’y sont donné à cœur joie en prévision des élections du 23 novembre 2011. Est-ce que cela justifie une mutinerie au sein de l’armée ?  Ceci de un.

De deux, en accompagnant de façon délibérée ce réquisitoire de la question identitaire rwandophone, n’est-ce pas que le M.23 plaide plutôt pour la création d’un Etat ou d’une Province où la communauté rwandophone serait sécurisée ? On en veut pour preuve le plaidoyer fait par le M.23 en faveur de l’Ouganda dont « la paix et la prospérité », souligne-t-il dans le même réquisitoire, sont menacées par les Adf Nalu et la Lra ! Cet Ouganda auquel le Fpr doit son existence. Mais, déjà, en préconisant une Transition plus ou moins longue à l’issue des « négociations » de Kampala, le M.23 en appelle, à dire vrai, à la disparition de l’Opposition et, avec celle-ci, du Parlement…     
 
Dans l’analyse mise en ligne le samedi 8 décembre 2012 sous le surtitre : « Exigences extensibles du M.23 » et le titre « Attention : Joseph Kabila de Sun City n’est pas Joseph Kabila de ‘ Kampala’ », nous avons anticipé sur le réemploi, par Jean-Marie Runiga, de l’Abc des pressions dont s’étaient servis autrefois Ruberwa et le Rcd avant et après la signature de l’Accord de Lusaka en juillet 2009.

Il s’agit, notamment, de la revendication du statut identique pour les « composantes belligérantes », du plaidoyer en faveur de l’Opposition politique et de la Société civile, de la réclamation de la représentation égalitaire des délégations, de l’absence ou du retard remarquable aux rounds, des sorties fracassantes des rebelles au moindre blocage, de la démilitarisation de la ville de Kinshasa (siège des institutions) et, finalement, de l’amnistie générale pour les auteurs des crimes de guerre, des crimes de génocide et des crimes contre l’humanité, du partage équitable et équilibré du pouvoir et de l’avènement de la nouvelle Transition.

La session du lundi 10 décembre 2012 a étrenné la série d’absences du M.23 aux rounds à venir, l’objectif étant d’engager la responsabilité de la délégation institutionnelle dans le blocage programmé.

Les séquelles du « 1+4 » toujours présentes !
 
« A quelque chose, malheur est bon ! », dit-on. Car, si l’on entre dans la logique selon laquelle toute gestion publique dépeinte en noir doit donner lieu à une rébellion puis à un dialogue devant forcément déboucher sur une Transition (terme pudique désignant en réalité le partage du pouvoir), l’Opposition sera la première à perdre son droit à l’existence, et avec elle le Parlement.

En effet, la loi n° 07/008 du 4 décembre 2007 portant statut de l’opposition politique détermine les rôles de celle-ci, entre autres de  maintenir le débat politique dans les limites de la légalité et d’assurer l’alternance démocratique. Pour ce faire, l’article 8 reconnaît à l’opposition le droit d’être informée de l’action de l’Exécutif, de la critiquer avec possibilité de formuler des contre-propositions, de présider alternativement avec les députés et sénateurs de la majorité les travaux des commissions de contrôle ou d’enquête de l’action de l’Exécutif ou d’en être rapporteur etc.

La question pertinente est de savoir comment, en régime de transition (lisez de partage du pouvoir), l’Opposition peut-elle exister dès lors qu’elle participe pleinement à l’exercice du Pouvoir d’Etat comme elle l’avait fait sous la « Transition Mobutu/Tshisekedi » entre 1990 et 1997 et sous  la « Transition 1+4 » entre 2003 et 2006.

Dans la même logique, que deviennent l’Assemblée nationale et le Sénat dont l’une des missions essentielles est le contrôle de l’action du gouvernement, des entreprises publiques, des établissements et des services publics, si l’on se réfère à l’article 138 de la Constitution ? Car, le Gouvernement d’union nationale exécutera non pas son propre  programme, encore moins celui du Chef de l’Etat, mais plutôt le programme du Dialogue intercongolais bis ou ter qui sera à la fois juge et partie.
 
Hollande, Romney, Tshisekedi…

Le décor planté par le M23 depuis son apparition début mai 2012 est celui d’une désarticulation planifiée de la RDCongo, cela à travers la remise en question systématique de tous les efforts de redressement politique, économique et social.

Pour s’en rendre compte, la « mutinerie-rébellion » a utilisé deux arguments qui n’ont jamais tenu la route : l’Accord du 23 mars 2009 (dont elle n’est nullement partie prenante) et la « vérité des urnes » qui affecte sérieusement la crédibilité d’Etienne Tshisekedi, devenu le premier président de la République au monde à avoir trois résultats : les 32,33 % lui octroyés par la Céni, les « dans les 75 % » qu’il s’est octroyé lui-même dans son interview à Rfi le 10 décembre 2011 et les 56,02 % lui octroyés par l’Udps alors que l’auto-compilation des procès-verbaux était à 9,26 % !

Troisième argument qui le plante déjà : l’indexation dont la communauté rwandophone serait l’objet de la part du Gouvernement alors que des Rwandophones congolais sont dans les institutions de la République. Cet argument est dans le « réquisitoire ».

Le quatrième argument, toujours dans le « réquisitoire », est la responsabilité des Adf Nalu et de la Lra que le M.23 engage « « contre la paix et la prospérité de l’Ouganda » ! C’est à croire que les Adf Nalu, le Lra, le Fnl et les Fdlr (autrefois ex-Far et milices Interahamwe) sont de création de Laurent-Désiré Kabila ou de Joseph Kabila alors que leur existence remonte à l’époque de Mobutu !

Bref, rien ne réussit au M.23 dans ce qu’il considère comme un exploit anti-gouvernemental. D’autant plus que le tableau sombre dressé certainement avec le concours de l’Opposition ne l’avance pas dans sa croisade anti-Kabila. C’est le même tableau décrit par les 10 candidats de l’Opposition pendant la campagne électorale, dont Etienne Tshisekedi, Léon Kengo, Vital Kamerhe etc. On se souviendra, d’ailleurs, de la sentence d’Etienne Tshisekedi avant, pendant et après la campagne selon laquelle ce pays n’a jamais été gouverné depuis 1960 !  Avant de se transformer en parti politique et de prendre la dénomination Udps, le courant progressiste formé au sein du Mpr-Parti Etat avait dressé en 1980 un « réquisitoire » demeuré inégalé dans sa pertinence. C’est la lettre des 13 Parlementaires. Pendant la Conférence nationale souveraine, l’Opposition politique avait aussi dressé le sien, encore plus dur. Au Dialogue intercongolais, l’Opposition politique et l’Opposition armée sont revenues à la charge.

Est-ce pour autant une raison de  refaire la guerre à la République, en escomptant un dialogue gratifié d’une Transition, pendant que l’on vient à peine de sortir d’une très longue transition marquée par un long dialogue résultant d’une très longue guerre ayant coûté au pays des millions de morts ?

Bien plus, le noircissement du tableau du Gouvernement n’est pas le propre de la RDC. En période électorale ou non, partout au monde, l’Opposition a pour vocation de contrer l’action gouvernementale. En période électorale, tout le monde a vu et entendu  François Hollande noircir l’action gouvernementale de Nicolas Sarkozy, Mitt Romney celle de  Barack Obama, Macky Sall de celle Me Wade. Si, en plus, la préoccupation première pour le M.23 est la sécurité, on sait comment la France a d’énormes difficultés pour gérer la question corse, l’Espagne la question catalane, les Etats-Unis la question irakienne, afghane et palestinienne.

Est-ce que le noircissement du tableau de la gestion gouvernementale par l’Opposition, dans chacun de ces pays, constitue-t-il une raison de lever une mutinerie ou une rébellion visant un dialogue conduisant à une transition ? Pas du tout.
 
 Bel est le raccourci !

En mettant en exergue la question identitaire rwandophone dans un débat voulu national, le M.23 (nous) lance dans son « réquisitoire » anti-gouvernemental un message clair : convaincre l’opinion nationale et internationale de la nécessité de la création d’un Etat ou d’une Province rwandophone dans le Kivu car c’est, à ses yeux, la seule façon de sécuriser cette communauté.  Ainsi se concrétise le schéma longtemps élaboré d’un « Tutsiland » !     

En relevant dans son « réquisitoire » la menace des rébellions ougandaises contre Yowerie Museveni, le M.23 (nous) renvoie à l’histoire du Fpr de Paul Kagame, l’ex-mouvement rebelle à tendance mono ethnique et dont l’existence est intimement liée au chef d’Etat ougandais. C’est le modèle rwandais de la gestion mono ethnique de l’Etat qui est devenu une référence aux yeux de bien des Etats de l’hémisphère Nord, culpabilisée du génocide de 1994.

Belle est au moins la raison pour laquelle la délégation institutionnelle doit se montrer intransigeante face à toute menace ouverte ou latente contre la balkanisation du pays.

Sur ce point-là, le M.23 aura du mal à convaincre ceux des Congolais qui ont la passion du Congo de le suivre dans sa diversion…
 
Omer Nsongo die Lema


(DN/Yes)