Pendant quarante minutes, Raymond Tshibanda a balayé point par point les allégations du M23 avant de le qualifier comme une « force négative » qu’il faut éradiquer. Il a critiqué leurs accusations fantaisistes contre le pouvoir de Kinshasa qui aurait une idéologie d’extermination des Tutsis et autres Rwandophones, pendant que ceux-ci composent la délégation du M23 et occupent toujours de hautes fonctions. Le chef de la délégation congolaise a rappelé que c’est le M23 qui n’a pas respecté les Accords de Goma, d’autant que l’article 1er prévoyait l’engagement de ne plus jamais recourir aux armes. Il a réclamé les voitures et autres camions pillés à Goma par le M23, fustigeant le mode de gouvernance d’un mouvement qui avait assiégé la Banque centrale.

Pendant que les rebelles du M23 se livrent à une mascarade à Kampala, sur le terrain, la rébellion a pris position à 3 Km des postes de Goma, plongeant la capitale du Nord-Kivu dans l’inquiétude. Une grande menace pèse donc sur Goma, dans la mesure où s’il n’obtenait pas gain de cause à Kampala, alors il reprendrait à zéro. En bons enfants et après un grand travail abattu par la médiation ougandaise, les rebelles du M23 étaient enfin là pour suivre la réplique de la délégation de la Rd-Congo suite aux contre-vérités débitées par les rebelles du M23.

Comme prévu, c’est un Raymond Tshibanda, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de la Francophonie qui, pendant quarante minutes, a répondu point sur point aux allégations des rebelles du M23 visiblement bénéficiant de l’appui financier et militaire du Rwanda et de l’Ouganda. Après cette réplique, les délégations se sont quittées, avec comme promesse pour le médiateur de réunir dès aujourd’hui les deux chefs de délégation en vue de l’élaboration d’un règlement intérieur des travaux.

En effet, dans sa réponse, le chef de la délégation congolaise a dépeint le M23, le qualifiant de « force négative » qu’il faut éradiquer. Il a critiqué leurs accusations contre le pouvoir en place à Kinshasa qui aurait une idéologie d’extermination des Tutsis et autres Rwandophones. Il a même révélé que dans la délégation du M23, il y a des Rwandophones. Ceux-ci en Rdc occupent de hautes fonctions et n’ont jamais été inquiétés. Il a rappelé que c’est le Cndp qui n’a pas respecté les Accords de Goma, d’autant que le premier article stipule l’engagement pris par lui de ne plus jamais recourir aux armes.

Le chef de la délégation du gouvernement au dialogue de Kampala a posé un nombre de questions : Où sont les voitures et camions pillés à Goma ? Où sont les matériels de la morgue pillée à leur entrée à Goma ? Il est revenu sur le mode de gouvernance du M23 qui, après avoir pillé la Direction provinciale de la Banque centrale à Goma, l’avait assiégée, etc.

Quid du rapport de Human Rights Watch

En bon chercheur, Raymond Tshibanda est allé fouiller dans les différents rapports de Human Rights Watch et des experts des Nations Unies sur les massacres et crimes du M23. Il a condamné le M23 d’avoir utilisé le prétexte de discrimination des rwandophones qu’il a qualifié de divisionnisme, fait qui est punissable par la loi.

Citant la société civile du Nord-Kivu, Raymond Tshibanda rapporte qu’en date du vendredi 20 juillet 2012 dans la soirée, les rebelles du M23 ont lâchement et violemment assassiné M. Manishimwe Rwahinage, 37 ans, chef de localité de Rumangabo, situé à quelque 50 Km au nord de Goma.

Les rebelles du M23 sont responsables de crimes de guerre commis à grande échelle, y compris des exécutions sommaires, des viols et des recrutements de force, a déclaré Human Rights Watch.

Trente-trois personnes exécutées étaient des jeunes hommes et des garçons qui avaient tenté de quitter les rangs des rebelles. Disons que le M23 est un groupe armé composé de militaires qui ont participé à une mutinerie dans les rangs de l’armée nationale congolaise en avril et mai 2012. Les chefs les plus gradés de ce groupe ont la réputation bien établie d’avoir commis de graves violations des droits humains à l’égard de civils.

En juin, la Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a désigné cinq des dirigeants du M23 comme étant « parmi les pires auteurs de violations des droits humains en RDC, voire même dans le monde ». Parmi eux se trouvent le général Bosco Ntaganda, qui fait l’objet de deux mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis dans le district d’Ituri, et le colonel Sultani Makenga, qui est impliqué dans le recrutement d’enfants et dans plusieurs massacres dans l’Est de la RD Congo.

Depuis juin 2012, les combattants du M23 ont tué froidement au moins 15 civils dans des zones qu’ils contrôlent, parfois parce qu’ils les soupçonnaient de leur être hostiles, a affirmé Human Rights Watch. Les combattants ont également violé au moins 46 femmes et filles. La plus jeune victime de ces viols avait 8 ans. Des combattants du M23 ont tué par balles une jeune femme de 25 ans enceinte de trois mois, parce qu’elle résistait à une tentative de viol. Deux autres femmes sont mortes des blessures reçues lorsqu’elles ont été violées par des combattants du M23.

Les rebelles du M23 ont fait subir aux civils des sévices d’une terrible brutalité, a indiqué Human Rights Watch. Juste après minuit le 7 juillet 2012, des combattants du M23 ont attaqué une famille dans le village de Chengerero. Une femme de 32 ans a raconté à Human Rights Watch que les rebelles avaient défoncé la porte de son habitation, battu à mort son fils de 15 ans et enlevé son mari. Avant de partir, les rebelles l’ont violée collectivement, ont répandu du carburant entre ses jambes et mis le feu au carburant. Un voisin est venu au secours de cette femme après le départ des combattants du M23.

Certains des officiers du M23 ont des antécédents bien connus d’atteintes graves aux droits humains commises au cours des dix dernières années. Selon des recherches effectuées par les enquêteurs de l’ONU, le colonel Makenga est responsable de recrutement d’enfants et de plusieurs massacres commis dans l’Est de la RD Congo.

Evaluer avec qui ?

C’est du moins la question que nous sommes en droit de nous poser au regard de tout ce tableau très sombre et lugubre qui a été peint à l’endroit des rebelles du M23. Allez-vous évaluer les accords avec des criminels qui sont sanctionnés par la communauté internationale, interdit de voyager aux Etats-Unis et dont les avoirs ont été gelés ? Logiquement, le Gouvernement devait arrêter de donner une quelconque opportunité, d’ouvrir le pan de sa fenêtre pour écouter un mouvement composé des gens qui sont recherchés par la Cour pénale internationale (CPI).

Ici, les idées vont tout droit vers la force de la SADC qui a reçu la bénédiction de l’UA et dont la mission est de neutraliser toutes les forces négatives présentes à l’Est du pays, notamment le tristement célèbre M23. Car en réalité, pendant que l’évaluation a lieu à Kampala, sur terrain les rebelles du M23 sont en train de renforcer leurs positions.

Ceci, parce qu’ils se sont rendus compte que l’évaluation de Kampala n’est qu’une pure mascarade. Et chaque fois que la médiation avance sur un point, le M23 en ajoutera toujours d’autres dans l’objectif de faire capoter l’évaluation. Car pour eux, seule la voix de la kalachnikov peut leur permettre de se faire entendre.

En réalité, en allant à Kampala, la délégation du M23 s’était fixée comme principal objectif de provoquer la délégation congolaise. Voilà pourquoi elle a commencé son discours par les mensonges et les injures, avec comme finalité de crier sur tous les toits, avec l’aide de la presse internationale acquise à leur cause, que la délégation de la Rd Congo a fauté, brandissant la menace de reprendre les armes.

Cette délégation de M23 n’a pas d’arguments solides ni fiables qui puissent être acceptés par des esprits épris de paix et de sérénité. Raison pour laquelle elle a versé dans l’injure (l’arme des faibles) en s’attaquant aux institutions élues par le souverain primaire. Elle ne fait que divaguer en envoyant des signaux à certaines franges de l’opposition en vue de se faire accepter par elles.

Mais, l’opinion nationale et internationale a vu de quelle manière ces rebelles ont été rabroués. Parce qu’ils n’ont aucune légitimité ni aucun crédit. Tout ce qui compte pour eux, c’est le profit et les tueries commises sur d’innocentes personnes. Qu’ils sachent une fois pour toutes que tôt ou tard ce sang criera vengeance.

Comme a dit le ministre Raymond Tshibanda, c’est un mouvement rebelle qui est à éradiquer absolument afin que les populations civiles locales recouvrent la sérénité et la sécurité. Bref, ils ont eu leur compte après que Raymond les a mis dans leurs petits souliers.

L’Avenir


(DN/TH/GW/Yes)