Il y a presque deux décennies que l'administration de Clinton avait échoué d’intervenir dans le génocide au Rwanda, et depuis lors les Etats-Unis sont l’objet d’une critique acerbe pour leur passivité à intervenir dans les crises africaines marquées par des atrocités et des massacres terribles, notamment en ce qui concerne cette fois le pays voisin du Rwanda, la République démocratique du Congo. Le président Obama et la Secrétaire d'État Hillary Rodham Clinton ont été blâmés à cet effet avec des critiques sévères pour leur politique africaine subissant l’influence ​du rôle que joue Susan E. Rice, l'ambassadeur américain auprès de l'ONU qui se révèle une concurrente de taille pour succéder à Mme Clinton. L'administration américaine a échoué à prendre des mesures contre le pays considéré comme une cause majeure de la crise congolaise,  en l’occurrence le Rwanda.

Les critiques proviennent autant des représentants des organisations des droits de l’homme que des diplomates des Nations Unies démontrant clairement que l’admiration Obama n’a pas mis assez de pression sur le président du Rwanda, Paul Kagame, pour le pousser à mettre un terme  à son soutien au mouvement rebelle M.23 dont la récente prise de la ville stratégique de Goma, en Rd Congo a déclenché une crise nationale dans un pays qui a déjà perdu plus de trois millions de personnes dans plus d’une décennie de combats. Le soutien du Rwanda est considéré comme vital pour le groupe rebelle M.23.

Rôle néfaste des Etats-Unis sur les violences en RD Congo !

Le soutien dont bénéficient M. Kagame et le gouvernement rwandais fait l’objet constant de la politique étrangère américaine depuis que l’homme fort de Kigali dirige le Front Patriotique rwandais Tutsi au pouvoir depuis juillet 1994, ce qui lui a permis de mettre fin au génocide rwandais. Selon les organisations des droits de l’homme et des diplomates des Nations Unies, Mme Rice a été à l’avant-garde pour essayer de protéger le gouvernement rwandais, et M. Kagame en particulier. Elle est au front de la censure internationale et de plusieurs rapports des experts de Nations Unies dénonçant Kagame pour les violences commises en RDC.

Un haut responsable du gouvernement a déclaré samedi que Mme Rice s'est comportée comme un électron libre en ce qui concerne la politique américaine au Rwanda et en RDC alors qu’ell était censée de travailler avec tous les pays de la région pour un règlement négocié du conflit.

Mme Rice reconnaît qu’elle est proche de M. Kagame et que son gouvernement était son client, alors qu’elle travaillait à Intellibridge, une société d’analyse stratégique à Washington. Mme Rice, qui a servi au département d’Etat à la section des affaires africaines fut un expert de haut niveau dans l’administration Clinton en travaillant au cabinet avec plusieurs autres anciens responsables de l’administration Clinton, y compris David J. Rothkopf, qui était un sous-secrétaire par intérim du département du Commerce, M. Anthony Lake, M. Clinton conseiller à la sécurité nationale, et John M. Deutch, qui était directeur de la Central intelligence Agency (CIA).

Payton Knopf, le porte-parole de Mme Rice, a d’abord refusé de dire si le travail de Mme Rice avec le Rwanda à Inteflibridge a affecté ses relations avec le pays dans son poste actuel en tant qu’ambassadeur. Lundi dernier, M. Knopf a pu déclarer que  « le poste de Mme Rice à Inteflibridge n’a eu aucune incidence sur son travail au sein des Nations Unies et que l’ambassadrice metait en oeuvre la politique adoptée à l’ONU ».

Il y a deux mois, lors d’une réunion avec ses homologues français et britannique à la Mission française auprès des Nations Unies, selon un diplomate occidental, Mme Rice s’est fermement opposée à l’appel lancée par l’ambassadeur français Gérard Araud, pour explicitement sanctionner M. Kagame et le gouvernement rwandais pour leur soutien au M.23, et à sa proposition d’envisager des sanctions pour faire pression sur le Rwanda afin de l’amener à abandonner le groupe rebelle qui vandalise l’Est de la RDC

«Écoutez Gérard," aurait-elle déclaré, selon le diplomate «En RDC, si ce n'était pas le M.23 qio opérait, ce serait un autre groupe ! ». L'échange a été rapporté la semaine dernière dans la revue Foreign Policy.

Quelques semaines plus tard, Mme Rice est de nouveau intervenue pour protéger M. Kagame. Après avoir retardé pendant des semaines la publication d’un rapport des Nations Unies dénonçant le soutien du Rwanda au M.23 et de s’opposer à toute référence directe au Rwanda dans le rapport des Nations Unies et des résolutions sur la crise, Mme Rice est effectivement intervenue, sans mettre des gants, dans une résolution du Conseil de sécurité condamnant  fermement le M.23 pour viols, exécutions sommaires et le recrutement d’enfants soldats. La résolution a exprimé sa « profonde inquiétude » au sujet des intervenants externes soutenant le M.23. Mais Mme Rice a fait prévaloir qu’il fallait omettre dans la résolution adoptée le 20 novembre de nommer explicitement le Rwanda.

Susan Rice dans l’œil du cyclone des critiques de la politique américaine

Toujours M. Knopf, le porte-parole de Mme Rice, a déclaré que l’avis des Etats-Unis était de voir aboutir les délicates négociations diplomatiques en cours entre le Rwanda, le Congo et l’Ouganda et que Washington aurait pu être affecté si le Conseil de sécurité prenait une résolution condamnant explicitement le Rwanda. « En collaboration avec nos collègues du  Conseil de sécurité, les Etats-Unis ont aidé à élaborer une résolution exprimant la forte volonté de renforcer l’effort diplomatique délicate obtenu à Kampala », a déclaré M. Knopf.

Les négociations n’ont pas été suspendues et le M.23 a continué sa progression dans l’Est de la RDC. La semaine dernière, le M.23 s’est, certes, retiré de Goma, mais a laissé ses agents aux environs de la ville.

M. Knopf a refusé de confirmer ou de nier les efforts fournis par le diplomate des Nations Unies au sujet de la conversation entre Mme Rice et l’ambassadeur français. Mais il a dit que « Mme Rice a fréquemment et publiquement condamné les abus odieux perpétrés par le M.23 dans l’Est du Congo », ajoutant que « des efforts des Etats-Unis visaient à mettre fin à la rébellion, y compris les sanctions des Nations unies contre les dirigeants et les commandants du M.23 ».

Les critiques de Mme Rice disent que c'est elle qui constitue le noeud du problème de la réponse américaine à la crise au Congo du fait qu’elleune tient pas compte, pour l'essentiel, du rôle joué par M. Kagame dans son soutien au M.23, et, comme il en est ainsi, l y a gros risque de répéter les erreurs du génocide du fait de ne pas condamner les actions agressives commises par les terroristes protégés de Kagame.

"Je crains que pour n’avoir pas pu arrêter le génocide rwandais ainsi que cela a été ressenti par  notre collectif et par tous ceux qui ont travaillé pour l'administration Clinton, cela ait conduit à des politiques qui encouragent les vagues d'atrocités au Congo,. « Nous devrions également le regretter", a déclaré Tom Malinowski, le directeur de Washington de Human Rights Watch, qui a travaillé en étroite collaboration avec Mme Rice à la fois dans l'administration Clinton et après.

« Depuis près de 20 ans maintenant, les prémisses de la politique américaine ont été la persuasion qui serait le meilleur moyen d’amener le Rwanda à limiter son soutien aux criminels de guerre au Congo », a déclaré M. Malinowski.

"Cela aurait pu être sensé une fois, mais après des années, le  Rwanda à fait ce que les Etats-Unis l'a exhorté à ne pas faire, contribuant ainsi à provoquer des mort massifs des civils et à annihiler les résolutions de l'ONU pourtant soutenues pat les Etats Unis. Le temps de parler clairement et d’imposer des sanctions est venu."

Quand Mme Cliton a pris la parole devant les journalistes pour parler de la prise de Goma par le M.23, elle appelait de ses vœux que le groupe de rebelle se retire, indiquant l’impact humanitaire
« dévastateur » causé avec 285.000 personnes forcées de fuir leurs maisons, les travailleurs de la santé enlevés et tués, et les travailleurs civils sous la menace de la mort.

Drôle de justice américaine qui condamne le viol sans citer le violeur !

Mais la Secrétaire d’Etat  encore une fois n’avait fait aucune mention au rôle du Rwanda dans la protection du groupe rebelle, ce qui n’a pas permis l’inclusion du Rwanda dans  une mention de négociations avec le Congo pour tenter d’obtenir un cessez-le-feu.

« Le M.23 n’aurait probablement plus existé aujourd'hui sans le soutien du Rwanda», a déclaré Jason K. Stearns, auteur de "Dancing in the Glory of Monsters: L'effondrement du Congo et la Grande Guerre de l'Afrique". « Kigali est intervenu pour empêcher le mouvement de s'effondrer et a fourni un soutien militaire crucial pour chaque grande offensive ».

Johnnie Carson, le Secrétaire d'État adjoint aux Affaires africaines, a noté que les Etats-Unis ont coupé une partie de leur financement militaire au Rwanda - environ 250.000 $. Mais l'armée rwandaise continue de recevoir une solide formation américaine, de l'équipement et de l'aide financière. Dans une interview, il a indiqy » qu’«il n'y a pas une différence entre moi et Mme Rice sur cette question", ajoutant que la diplomatie silencieuse était meilleure que de crier publiquement contre M. Kagame.

Mme Susan Rice, qui a été l'œil du cyclone de la tempête politique sur son interprétation du 11 septembre 2001, des attaques contre la mission américaine à Benghazi, en Libye, a refusé d'être interviewée pour cet article. Mais ces derniers jours, elle semble avoir tenté de se distancier publiquement du M.23 et  bien plus de M. Kagame. Le 3 décembre, elle a écrit  sur sa page Facebook que : "Les Etats-Unis condamnent dans les termes les plus forts les violences horribles que perpètrent les rebelles du M.23. Tout appui extérieur doit cesser "en  référence à l'action envisagée au Sénat.

Cet affichage a attiré des ripostes immédiates. "Condamner le viol mais sans citer le violeur ? De quel genre de justice s’agit-il ?" a indiqué une de ces ripostes.

MMC


(DN/Yes)