La signature par le Chef de l'Etat du décret-loi fixant le Smig a causé de l'ébullition dans le monde du travail en RDC. L'application de ce décret-loi se fait attendre. Le Président lui-męme qui a rassuré la population que cette décision devrait s'appliquer au cours de l'exercice budgétaire 2002 - 2003 n'a pas toutefois donné des précisions quant ŕ la date exacte de l'entrée en vigueur de cette décision.
Il aura fallu que le décret présidentiel n° 079 du 3 juillet 2002 soit publié pour que le monde du travail en RDC soit brusquement en ébullition. La controverse est si vive que la prestation du chef de l'Etat n'a ni réconforté ni abattu les agents et fonctionnaires de l'Etat.
C'est si évident que le président de la République a, lui-męme, fait flotter son décret. Celui-ci devra faire sortir les effets en fin juillet au plus tôt ou fin aoűt 2002 au plus tard eu égard aux négociations avaient les partenaires sociaux. En parlant de l'exercice budgétaire 2002-2003, sans toutefois confirmer l'option, tout parait nébuleux. Le président de la République croit qu'aux ministčres de finances et de la fonction publique, le travail est déjŕ entame. Lŕ, non plus, on est pas sorti de l'auberge au regard notamment de la réputation d'un réfractaire qui caractérise le grand argentier Matungulu.
Lorsque le président martčle sur la nécessité d'octroyer au moins 1 dollar américain par jour au dernier agent de l'Etat, il fait sensation. C'est si évident que lui-męme s'est appesanti sur la misčre proverbiale des travailleurs. Que ces derniers n'aient męme pas 1 dollar par jour, on a compris par la suite que la démarche présidentielle se trouve heurtée non seulement au microcosme économico-Financier congolais, mais également celui de la finance internationale.
C'est le plus grand paradoxe en RDC. Les institutions financičres internationales savent que le fonctionnaire congolais ne dispose męme pas d'un salaire. Les 5 dollars payés actuellement ŕ un huissier contre les 50 octroyés ŕ un haut fonctionnaire (Secrétaire général) représentent encore quoi dans les neuf pays frontaliers de la RDC. Entre ces institutions et les gouvernements congolais, tout se passe comme si les deux convives préfčrent jeter des Os ŕ des chiens enragés. Les experts de la Banque mondiale et du FMI adressent facilement des satisfecit ŕ des gouvernements pour l'absence d'une politique salariale pendant que les folles dépenses politiques sont feutrées.
Seul le président L.D. Kabila ne voulait pas les écouter comme des collégiens devant un enseignant surdoué. A moins que ça soit établi que seul l'Etat congolais a le monopole des difficultés et que les sirčnes des institutions de Bretton Woods riment avec l'absence total d'une politique salariale.
Dčs le choc pétrolier de 1973, aucun agent de l'Etat ne pouvait plus vivre, pendant deux semaines, avec son salaire. Dčs les années 1980, notamment les gouvernements Kengo de 1982 ŕ 1986 et de 1989 ŕ 1990, męme un Secrétaire général ne pouvait se procurer un poste radio avec son salaire. Paradoxalement, c'est la période mémorable des satisfecit adressés au tandem Mobutu-Kengo. Politicien rompu, le maréchal se disculpera et sacrifiera, apparemment, son ami Kengo en affirmant que « le peuple ne mange pas la rigueur ». Il est de bon ton en RDC de parler des exercices budgétaires pour justifier la misčre des agents de l'Etat. Męme l'actuel chef de l'Etat et son ministre des Finances n'ont pas échappé ŕ cette logique. La preuve est lŕ.
Tout un décret présidentiel flotte quelques semaines seulement aprčs qu'il ne soit publié. Le chef de l'Etat aura au moins le mérite d'y avoir songé et le courage de dénoncer cette honte nationale. Seulement voilŕ. Ces bonnes intentions ne suffisent pas lorsqu'on sait que l'enfer aussi est pavé des bonnes intentions. En soufflant le chaud et le froid sur le front social, d'aucuns ont la nette impression que le succčs diplomatique, ŕ force d'ętre relevé par une large partie de l'opinion, éloigne le chef de l'Etat du vécu quotidien. Faut-il rappeler qu'en Afrique centrale, l'agent le moins payé se contente de 80 dollars?
De Djamena au Tchad ŕ Bangui en RCA en passant par Yaoundé au Cameroun, męme les concierges de grands bâtiments de l'Etat se contentent de 100 dollars pendant que les sacs de riz reviennent ŕ 15 dollars.
Les 26 dollars, promis pour l'exercice budgétaire 2002-2003 prouvent, si besoin en était encore, que le mal congolais, voici bientôt trois décennies, se trouve invariablement dans la haute sphčre de l'Etat.
Last edited: 07/05/2006 00:18:56