Au moment où les regards sont figés sur l’organisation du 14ème sommet de la Francophonie qui aura lieu en octobre prochain à Kinshasa, il est intéressant pour les congolais de s’arrêter aussi un moment pour se poser une question : quel avenir peut-on réserver aux richissimes langues congolaises ? « Francophonie, oui, mais les langues congolaises d’abord », réagissait un jeune kinois lors d’une discussion de rue.

Pour lui, il est important que le système éducatif congolais s’investisse dans la pérennisation des langues locales et aussi dans la valorisation de celle-ci à travers toute la République.

Parce que, ajoute-t-il, la richesse de la RDC n’est pas seulement son sous sol, mais aussi sa diversité lingustique. La RDC est la deuxième puissance francophone du monde, grâce à sa superficie. Mais, au-delà de ce fait, ce même pays regorge en langues et dialectes qui font partie de la culture de ce géant d’Afrique.

Un élément saute aux yeux : des mécanismes de valorisation de ces langues jusque-là font défaut. Actuellement, tout semble tourné vers la francophonie. La langue française est celle que les Congolais utilisent en lieu de service avec les quatre langues nationales.

Les Français font tout pour que leur langue ne moisisse pas, mais celles du Congo sont laissées à qui mieux mieux. Ce travail reste seulement l’affaire des grands-mères qui ne manquent pas à parler à leurs petits enfants en langue maternelle.

Langues nationales riches !

Pour émerger, toute langue a besoin d’emprunter des mots dans d’autres langues qui l’entourent. L’exemple le plus flagrant est celui de la langue de Molière. Cette dernière est un dérivé de la langue latine.

Jusqu’aujourd’hui, la langue de Molière continue à user des mots latins, grecs, anglais,… « Cursus, week-end, penalty,… » pour ne citer que ceux là.

Pareillement avec les langues de la RDC. Le lingala, emprunte dans le swahili, le tshiluba, le kikongo, le français,… voire même l’anglais aussi. Et ceci peut être formulé dans une seule phrase en lingala. C’est ça la richesse aussi du lingala surtout celui qui est parlé par les jeunes de Kinshasa.

« Na car lelo, kuntwala kaka, nako rouler na vitesse ya fly » pour dire en français que « Dans ma voiture aujourd’hui, je ne veux pas traîner, toujours en avant, je vais rouler plus vite ».

Si seulement l’on essaye de bien observer la formulation de cette phrase en lingala, l’on se rend compte que plusieurs langues y ont intervenu.

Anglais (fly), kikongo (kuntwala), français (rouler, vitesse, car),… c’est pour dire que les langues congolaises sont riches au même titre que le français, l’anglais,… avec une seule différence, il y a des académies, des structures d’appui à la valorisation des ces langues et aussi les œuvres littéraires permettent à ces dernières d’être encore plus usées.

Mais quant aux langues congolaises, c’est devenu une histoire à dormir debout. Les chants, les récitals,…entendus pour le Sommet de la Francophonie va se dérouler en français. Eh oui !, c’est la francophonie. A quand une célébration des langues congolaises en RDC ?

Francophonie parlons-en. Les Jeux de la Francophonie 2009 au Liban s’étaient déroulés en Arabe, du moins la langue utilisée à la cérémonie d’ouverture de cet événement. Les Libanais ont voulu démontrer au monde qu’ils sont en même temps ouverts mais ils gardent leurs valeurs culturelles.

Personne n’est contre la tenue du 14ème Sommet de la Francophonie à Kinshasa. Parce qu’il est temps de montrer au monde que le Congo est réellement un pays accueillant et une puissance en devenir. Mais au-delà de tout, la Francophonie, oui, mais les langues nationales d’abord.

Onassis Mutombo/L’Avenir


(BTT/PKF)