La contestation des résultats des élections de 2011 dont l’Eglise catholique a cherché un moment à porter l’étendard n’a pas encore fini d’interloquer bien des consciences des Congolais. Est-il vrai ou est-il possible que l’Eglise catholique soit entrée en rébellion contre le pouvoir en place ? Cette question s’impose à la lecture du message des Evêques de la RDC, réunis en Assemblée plénière à Kinshasa, du 9 au 11 janvier 2012, message adressé le 12 janvier tant aux fidèles catholiques qu’à l’ensemble du peuple congolais leur faisant part des conclusions tirées du Rapport d’observation électorale menée par l’Eglise Catholique. Ce message, de par le contexte politique dans lequel il a été délivré, a donné lieu à diverses  interprétations dont le degré de justesse de chacune d’elles ne peut se révéler qu’à l’issue d’une analyse objective. Chacun de ses destinataires est donc invité à cet examen afin de discerner les étapes du processus électoral ayant le plus donné prise aux critiques pleinement justifiées et celles qui ne s’y prêtent pas du tout.

Dans cette perspective, quel que soit l’angle d’analyse retenu,  tout porte à croire que le message des Evêques a pour finalité de prêter secours à Son Eminence Cardinal Laurent Monsengwo qui, après sa déclaration du 12 décembre dernier ayant fait l’effet d’une bombe tant redoutée mais qui n’a pas explosé parce que basée sur des chiffres complètement faux, se trouvait en très mauvaise posture.

Pour ne pas courir le risque de voir cette imprudence affecter, tant soit peu, le prestige séculaire dont jouît le titre de Cardinal dans notre pays, les dignitaires de l’Eglise catholique se sont résolus à faire bloc contre le déferlement de réactions négatives suscitées même dans les milieux des laïcs catholiques qui se sont mis à présenter le Cardinal sous un jour défavorable. Pour s’en convaincre, il suffit de relire les deux points du message ci-dessous.

Au point 4 relatif aux défaillances, par exemple, il est, en effet, signalé que «  dans l’appel du 3 décembre 2011, la CENCO, tout en rappelant qu’elle n’avait pas pour objectif de publier les résultats, que par ailleurs, sa Mission d’observation électorale avait invité le peuple congolais, les acteurs politiques et la CENI à s’en tenir impérativement à la vérité des urnes. » Mais malgré cette interdiction implicite qui s’imposait à lui en sa qualité de membre émérite de la CENCO, le Cardinal Monsengwo s’est, de son propre chef, immiscé, quatre jours plus tard, dans les querelles inter-politiciennes en remettant en cause le classement de la CENI et en déclarant sur la RTBF le candidat Etienne Tshisekedi Wa Mulumba vainqueur du scrutin et ce, sans en fournir la moindre preuve.

C’est donc dans l’espoir de rattraper cette grave erreur que la CENCO s’est évertuée à arrondir les angles en essayant tant bien que mal d’inscrire la déclaration du Cardinal Archevêque de Kinshasa dans la même logique que la mise au point, beaucoup plus équilibrée, que son Secrétariat Général a faite, le 8 décembre dernier, mais sans pour autant reprendre à son compte les chiffres avancés par le Cardinal sans vérification préalable de leurs conformités à la réalité des faits. Ce qui l’a aussitôt mis dans la ligne de mire de toutes les critiques et de toutes les moqueries. C’est donc en guise d’appel à un cessez-le-feu, après le lynchage médiatique dont le Cardinal était constamment l’objet, que les Evêques condamnent au point 10 «  la campagne orchestrée publiquement contre le Cardinal  et le déferlement d’injures qui choquent aussi bien les fidèles catholiques que d’autres personnes ».

Je ne peux, à ce propos, que joindre sans réserve ma voix à celles de ces Evêques, étant l’un des nombreux fidèles catholiques outrés par cette salve d’injures injustifiées  et de menaces d’agression physique à l’endroit tant de notre bien-aimé Cardinal que du Président de la CENCO.  Je serais heureux que les Abbés qui s’illustrent, eux aussi, par des propos vexatoires à l’égard des Officiels congolais puissent également faire preuve de la même courtoisie. Car la démocratie, que nous nous efforçons tous, chacun à son niveau, de faire progresser, d’une élection à l’autre, implique l’organisation dans différents milieux des  débats constructifs. Lesquels doivent non seulement se tenir dans le respect mutuel mais aussi et surtout s’inscrire dans des voies pacifiques.  De telle sorte que tous ceux qui partagent le même souci d’un Congo prospère et respectueux des Droits Humains puissent, en toute confiance, apporter leurs précieuses contributions.  Cela étant dit, entrons maintenant dans le vif du sujet.  Lequel a essentiellement trait à la crédibilité des résultats électoraux publiés et à la remise en question de l’Equipe actuelle de la CENI.

De la crédibilité des résultats publiés

« Du rapport final de la Mission d’observation électorale de la CENCO et des témoignages recueillis dans divers diocèses et d’autres sources, il ressort, nous disent les Evêques, que le processus électoral s’est déroulé à beaucoup d’endroits dans un climat chaotique. L’on a noté plusieurs défaillances, des cas de tricheries avérées et vraisemblablement planifiées, de nombreux incidents malheureux entrainant mort d’hommes, des cafouillages et à certains endroits, un climat de terreur entretenu et exploité à dessein pour bourrer les urnes. Eu égard à ce qui précède, les Evêques estiment que le processus électoral a été entaché de graves irrégularités  qui remettent en question la crédibilité des résultats publiés ».

 Si la bonne foi des auteurs de cette série de constatations ne peut être mise en doute, en revanche, je crains que l’on ne puisse en dire autant de l’impartialité de leur jugement. Car, à ce propos, chacun sait que du Président de la République qui l’a explicitement reconnu au cours de sa conférence de presse post-électorale, au Président de la CENI qui a, à diverses occasions,  présenté à l’opinion publique certains de ses agents attrapés en flagrant délit de fraudes et contre lesquels une plainte, en bonne et due forme, a été déposée auprès des Instances judiciaires compétentes, en passant par le Secrétaire Général de la Majorité présidentielle, personne ne conteste le fait que des irrégularités criantes aient pu, dans tel ou tel coin de la République, entaché le processus électoral. Les dignitaires de l’Eglise catholique en rappelant, à juste titre, cette vérité d’évidence ne font qu’enfoncer une porte ouverte.

Par contre, la divergence de vues créant entre eux des points de désaccord apparaît lorsque l’Eglise catholique parle des cas de tricheries avérées et vraisemblablement planifiées. Car si les mots ont un sens, par planification il faut entendre l’organisation selon un plan précis, conçu par la Majorité présidentielle et la CENI au sein de laquelle siègent d’éminents membres de l’Opposition parlementaire, en vue de faire réélire, dans les délais constitutionnels, Joseph KABILA par des moyens frauduleux à mettre en œuvre à tous les niveaux de responsabilité. Cette accusation, à la limite de la diffamation, est tellement grave que l’on ne peut la formuler avec autant de force et de solennité que si l’on en  détient les preuves matérielles confortant la base sur laquelle elle se fonderait. Or, au sujet de l’existence de ces preuves, mon scepticisme est d’autant plus grand que la déclaration fracassante de Son Eminence Cardinal MONSENGWO, basée sur des chiffres non conformes à la vérité des résultats partiels publiés alors par la CENI, étaient du même ordre. A l’instar donc du chat échaudé qui craint l’eau froide, nous attendons tous de la CENCO une démonstration, preuves en main, du bien fondé de ses allégations de planification de fraudes électorales. Car sans preuves, tout le monde peut, dans n’importe quelle circonstance de sa vie, être accusé de tout et de son contraire.

Le deuxième point de désaccord s’observe à travers l’affirmation de nos Evêques selon laquelle « les graves irrégularités dont le processus électoral a été entaché remettent en question la crédibilité des résultats publiés ». A cet effet, je me permets de rappeler que la Mission d’observation électorale de la CENCO, qui a déployé 30 000 observateurs, à raison de deux par Bureau, n’a pu être présente que dans  18.970 sur les 63865 Bureaux et les 16948 centres de vote disséminés sur tout le territoire national, est la seule de tous les observateurs crédibles à tirer une telle conclusion. Car de l’Union européenne  aux Etats-Unis d’Amérique en passant par l’Union africaine, la SADC, la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs, la CEEAC, la COMESA, la MOESCA, etc, ont tous abondé dans le sens de la Mission d’observation électorale du Centre Carter en relevant certes des irrégularités déplorables dans le processus de dépouillement et de compilation des résultats  électoraux  mais qui ne  sont pas de nature à remettre  en cause l’ordre d’apparition des onze candidats dans le classement provisoire établi par la CENI. C’est sur cette base que de nombreux pays, à l’instar de la Belgique et de l’Afrique du Sud, ont dû officiellement présenter au Chef de l’Etat, Joseph KABILA, leurs félicitations à l’occasion de sa reconduction à la tête du pays.

Cette profonde divergence de jugement sur la même réalité électorale observée accroît l’importance pour la CENCO d’exhiber au public les éléments de preuve recueillis dans ce cadre, attestant que, contrairement à ce qui s’était passée en 2006 avec la déclaration erronée de notre regretté Cardinal ETSOU, elle a, cette fois-ci, raison contre tous. Sinon ce serait, à mon humble avis, une tentative de plus du successeur  de ce dernier de manipuler l’opinion, sur fond de parti pris en faveur de l’un ou l’autre candidat de l’Opposition dans sa lutte pour le pouvoir. Car, par expérience, chacun sait que face aux intrusions légitimes des hommes d’Eglise dans les affaires politiques de leurs pays, il faut toujours faire la part entre les avis personnels émis en fonction de leurs  propres expériences, de leurs  préférences politiques et de leurs valeurs culturelles et qui sont, à ce titre, discutables autant que les autres opinions exprimées et ceux qui relèvent de la parole d’Evangile et qui sont, par conséquent, revêtus de l’autorité doctrinale s’imposant de façon absolue à tous les fidèles de l’Eglise. Ce qui est loin d’être le cas dans l’affaire qui nous préoccupe.

Le troisième point de désaccord s’observe à travers les recommandations faites  uniquement aux animateurs des Institutions de la République qui, dans le cadre de leur politique répressive contre un peuple qui n’aspire qu’au changement, failliraient à leurs devoirs fondamentaux en donnant à la Police nationale et aux Forces armées des ordres injustes. Ces recommandations, quelles que soient leurs motivations profondes, auraient eu, à mon sens, plus de crédibilité si elles étaient adressées autant aux Officiels congolais qu’aux responsables des partis politiques de l’Opposition, plus particulièrement à ceux de l’UDPS, dont les combattants  se sont, à maintes reprises, signalés, au cours de ce processus électoral, par des actes d’une violence inouïe ayant valu au leader de leur  parti Etienne TSHISEKEDI des mises en garde répétées de la CPI.  Passer sous silence ces actes de violence est assimilable à une tentative de faire croire à l’opinion publique qu’il y’aurait sur l’échiquier politique congolais d’un côté, les ténors de l’Opposition pourvus de grandes qualités morales, civiques et intellectuelles qui les amèneraient à ne penser qu’au bonheur du peuple et de l’autre,  les tenants  du pouvoir qui ne feraient que puiser dans le Trésor public pour des intérêts personnels, qui favoriseraient l’oppression du faible par le fort et qui se complairaient  dans la perversité. Ce qui est totalement faux.

Etant tous les  créatures d’un même Dieu juste, bon, aimant et ayant, par ailleurs,  tous subi les influences de la même histoire post-coloniale, nous avons tous, à des degrés différents, les mêmes qualités, les mêmes défauts et surtout cette fâcheuse tendance à  n’envisager  le Pouvoir que  sous l’angle du profit personnel, ethnique ou provincial.  Je n’en veux pour preuve que ce qui s’est ou se passe présentement dans la Guinée d’Alpha Condé, du Sénégal d’ABDOULAYE  WADE et de la Côte d’Ivoire de Laurent GBAGBO  où l’on a été désagréablement surpris  de voir des opposants de longue date, une fois élus à la Magistrature suprême, adopter, à leurs tours, les mêmes comportements et les mêmes mesures oppressives que ceux qu’ils reprochaient hier avec vigueur à leurs prédécesseurs.

Cette réalité internationale se vérifie également à un autre niveau dans  notre pays où les ténors de l’Opposition se comportent bien souvent d’une façon contraire aux valeurs démocratiques qu’ils ne cessent de prêcher à longueur de journée. Tel est, par exemple, le cas du leader de l’UDPS Etienne TSHISEKEDI qui s’est toujours fait passer pour le premier défenseur des Droits Humains et des principes démocratiques dans notre pays et qui, sans que l’on sache pourquoi, lance à ses combattants sur toutes les chaines de télévisions et radios nationales un avis de recherche, promettant une forte récompense à quiconque lui ramènerait chez lui Joseph KABILA vivant, ligoté, en maillot de corps et humilié comme ce fut autrefois le cas pour notre héros national, Patrice Eméry LUMUMBA. Est également à inscrire sur le même registre, le refus insensé du MLC de voir un candidat autre que Jean Pierre BEMBA GOMBO, malgré sa détention à la Haye,  se porter candidat à la présidentielle de 2011.  La non observation de cette règle non écrite a été  à la base de l’éviction de ce parti de son Secrétaire Général  François MWAMBA et du candidat malheureux Adam BOMBOLE. Ce fut aussi le cas lors des précédents enjeux où l’on a été sidéré par l’incapacité des ténors de l’Opposition de gérer, au mieux de l’intérêt général, le choc des ambitions contradictoires de façon à se doter, conformément aux dispositions légales, d’un Porte-parole au cours de la législature qui vient de s’achever. Il en a également été de même lors des cogitations au sein des Groupes parlementaires en vue de confectionner la mouture définitive de leurs représentants au Bureau de la CENI. A l’issue de ces discussions, une fin de non-recevoir a été réservée à la demande d’accorder un siège à l’une des factions de l’UDPS. Ni Félix TSHISEKEDI recommandé par son propre père, népotisme oblige, ni le candidat de BELTCHIKA n’ont pu obtenir, au nom des principes de l’équité dont se targuent généralement l’Opposition, les faveurs de celle-ci. Et dire que ce sont ces mêmes opposants qui hier, croyant  Etienne  TSHISEKEDI  fini en raison de son âge avancé,  lui ont claqué sans ménagement la porte de la CENI  au nez , lui qui faisait des pieds et des mains pour y faire entrer son fils, qui ne jurent  aujourd’hui, par opportunisme, que par lui.

Bref, cette foire d’empoigne  à laquelle on a assisté à ces diverses occasions, les graves soupçons de corruption qui ont pesé sur certains de nos honorables députés tant de l’Opposition que de la Majorité et des actes de violences dont chacun de ces deux camps opposés s’est rendu, à des degrés différents coupable au cours de ce processus électoral prouvent à suffisance que les mises en garde de l’Eglise catholique devraient,  en toute objectivité, être adressées à l’ensemble de la classe politique congolaise, toutes tendances confondues. D’autant plus que la responsabilité du grave échec subi dans le cadre de la lutte contre le changement des mentalités  incombe autant à l’Etat  qu’aux Eglises de notre pays (catholiques, protestantes, de réveil, kimbanguistes,  musulmanes, orthodoxes,  indépendantes et autres) dont les enseignements quotidiens, les prêches, les séminaires de formation  sont lancés dans toutes les paroisses, temples  et lieux de cultes de la RDC pour éduquer les fidèles à leurs engagements de citoyens croyants et les sensibiliser à la nécessité d’un changement de mentalité basé sur l’Evangile ou les Ecritures Saintes  pour promouvoir un Congo nouveau.

Le quatrième et dernier point de désaccord apparaît lorsque la CENCO prétend s’exprimer au nom de l’ensemble du peuple congolais. Ce qui n’est pas du tout conforme à la réalité. Il serait beaucoup plus exact de dire qu’elle prend  la parole au nom de tous ceux qui n’ont pas voté pour les candidats  de la Majorité présidentielle. Car, nombreux sont les Evêques, prêtres et laïcs  catholiques pro-KABILA qui ne se reconnaissent pas du tout dans la Déclaration finale de la CENCO mais qui, par devoir de réserve ou par solidarité organique, ne l’avouent qu’en privé. Ainsi que l’atteste la lettre du 7 janvier 2012 adressée à son Eminence le Cardinal MONSENGWO PASINYA par Maître Joseph KASONGO  NYAMVIE  TAMBU pour  lui présenter sa démission  de son poste de Président du Bureau diocésain du Conseil de l’apostolat des laïcs catholiques du Congo (CALCC).  Cette lettre de démission est,  selon son auteur, « motivée par sa volonté de sauvegarder intact sa foi en Jésus-Christ et sa conscience chrétienne devant le vent de la division au sein de la communauté catholique, vent annonciateur de nuages sombres et de déferlement de haines ethniques ».

Ce qui ne fait que confirmer ce que l’on savait déjà, de par nos contacts personnels, que bon nombre d’Evêques, prêtres et religieuses de l’Est ne partagent pas du tout la fronde de certains de leurs collègues  de l’Ouest et du Centre du pays. Ils ne sont, par conséquent, pas disposés à jeter de l’huile sur le feu d’une crise artificielle de légitimité du pouvoir créée à dessein par les déclarations calculées du Cardinal Archevêque de Kinshasa sans qu’il leur dise à quel candidat de l’Opposition elle profiterait réellement. Car, à ce propos, nombreux sont ceux qui sont convaincus que les bénéficiaires de cette démarche sont ceux qui, comme les candidats malheureux Léon KENGO WA DONDO, Antipas MBUSA NYAMISI et Adam BOMBOLE, militent pour la tenue d’une Table ronde au cours de laquelle se dessinerait une Troisième voie qui donnerait lieu à un Gouvernement de Transition (rejeté par l’UDPS) susceptible de mettre fin à cette prétendue crise de légitimité du pouvoir dont KABILA et TSHISEKEDI seraient les uniques responsables.

Mais pour revenir à nos moutons, la CENCO ne peut non plus s’exprimer au nom des  Eglises protestantes comme l’indique la prise de position  de Mgr MARINI  BONDO du 16 janvier 2012, à la Cathédrale du Centenaire Protestant,  contredisant sur plusieurs points essentiels le message de son Assemblée plénière extraordinaire. Elle ne peut non plus s’exprimer au nom  des Eglises de réveil dont certaines ne cessent de faire les frais de l’intolérance politique des radicaux de l’Opposition. Elle ne peut encore moins s’exprimer au nom de l’Eglise Kimbanguiste qui déplore non seulement  la persécution de ses fidèles soupçonnés de sympathie envers le camp présidentiel mais aussi et surtout la mort de l’un de ses pasteurs victime de la barbarie des combattants de l’UDPS.

C’est donc évidemment au nom de tous ceux qui n’ont pas voté pour les candidats de la Majorité présidentielle et aussi de tous les citoyens épris de justice que la CENCO recommande si non la démission collective de l’Equipe actuelle de la CENI, du moins sa remise en question.

De la remise en question de la CENI

Cette recommandation, pleine de bon sens et à laquelle on ne peut que souscrire sans réserve, se justifie par le fait que, la perfection n’étant pas de ce monde, ni l’Etat, ni l’Eglise catholique, ni la CENI ne peut, dans le cadre du fonctionnement de ses organes, se mettre totalement à l’abri des critiques fondées. Le fait donc de se remettre, de temps à autre, en question permet à chacun de faire une évaluation du chemin parcouru et de tirer les leçons des erreurs commises pour se mettre en position d’en commettre à l’avenir le moins possible.

S’agissant de la CENI, l’opinion est sidérée de constater qu’au fur et à mesure qu’elle publie les résultats de compilation des élections législatives, des contestations provenant des Forces politiques se réclamant tant de l’Opposition que de la Majorité présidentielle sortante ne cessent de pleuvoir dans les salles de rédaction des médias audiovisuels et écrits. La plupart des critiques que l’on y enregistre se fondent sur des cas de tricheries, dénoncées avec force détail, au profit des candidats députés plus fortunés qui auraient soigné aux petits oignons des présidents et membres des Bureaux de vote pour s’attribuer des voix supplémentaires volées aux autres candidats de la même circonscription électorale qu’eux. Les mémorandums, dénonçant ces fraudes électorales, rédigés par le député Modeste BAHATI, le sénateur Modeste MUTINGA et par tant d’autres candidats dignes  de confiance  sont très éloquents à ce sujet.

Connaissant la mentalité congolaise, la cupidité due à la pauvreté ambiante et l’inversion des valeurs héritées de la Deuxième République, il ne serait pas surprenant d’apprendre que les auteurs des vols des voix puissent se recruter dans le camp des candidats fortunés aussi bien de la Majorité sortante que de l’Opposition. Car, il n’est un secret pour personne que dans tous les partis politiques se côtoient tous les jours des gens honnêtes et ceux qui le sont beaucoup moins. Il peut donc arriver qu’à l’insu des responsables de leurs propres partis, des candidats dépourvus de civisme recourent spontanément à des pratiques que la morale reprouve pour se faire élire à la place des plus méritants qu’eux  à bien des égards.

Cela est d’autant plus vrai que déjà à l’époque de la Conférence nationale souveraine (CNS) sous la présidence de Mgr MONSENGWO, il n’était pas rare d’entendre parler de la circulation des billets verts pour empêcher le leader de l’UDPS Etienne TSHISEKEDI de remplacer le Maréchal MOBUTU dans la légalité. A force de corruption, de trahison et de vagabondage politique, la CNS, qui avait très bien débuté, a commencé petit à petit à s’enliser au point de rater son atterrissage et que l’Ordre institutionnel  qui en était issu s’est également  terminé six ans plus tard en queue de poisson. Depuis lors, l’image du Cardinal MONSENGWO est sérieusement écornée dans les milieux de l’Opposition radicale qui l’accusent d’être l’un des fossoyeurs d’Etienne TSHISEKEDI. Ce qui rend, de leur point de vue, encore plus suspectes ses tentatives actuelles d’apparaître aujourd’hui, aux yeux de l’opinion publique, sous les traits de son sauveur.

Aujourd’hui, comme l’ont été hier la CNS de Mgr MONSENGWO et la CEI de l’Abbé MALU MALU, c’est le tour de la CENI du Pasteur Daniel NGOY MULUNDA d’être sous les feux des critiques de tous les perdants des législatives tant réels, le choix du corps électoral s’étant effectivement porté sur un autre candidat que de ceux qui s’estiment de bonne foi, victimes des vols de voix au profit de leurs adversaires. C’est dire que dans les milieux  des détracteurs de la CENI, bon nombre de protestations qui s’y élèvent ne cherchent que le rétablissement de la vérité des urnes. Tandis que d’autres, animées de mauvaise foi, ne sont là que pour embrouiller les esprits et trouver, aux yeux de leurs épouses, de leurs amis, et surtout de leurs sponsors, une explication plausible à leurs échecs et aux fonds engloutis inutilement dans la campagne électorale. Il revient donc non seulement à la Cour Suprême de Justice, à qui incombe la responsabilité du règlement des contentieux électoraux, de nous fixer à ce sujet  mais aussi et surtout au Parlement congolais de concevoir et de faire fonctionner un mécanisme et des modalités cohérentes de prévention et de répression des actes de corruption tant en matière électorale que dans tous les autres domaines de la vie nationale. Aussi longtemps que ce mécanisme ne sera pas en place, nous continuerons toujours, avec ou sans l’Equipe actuelle de la CENI, de vivre les mêmes  situations décriées, depuis la CNS jusqu’à ce jour,  et  qui font la honte du pays.

 C’est dire que la proposition de la CENCO d’intégrer dans la CENI les représentants de la Société Civile pour plus d’indépendance, aussi séduisante soit-elle à première vue,  n’est en réalité  qu’un palliatif sans intérêt. D’abord parce que l’Abbé catholique MALU MALU, qui fut, à tort à mon avis, diabolisé en son temps, était de la Société Civile. Ensuite parce que celle-ci n’est pas composée des gens venant d’une autre planète avec une autre mentalité. Il s’agit bel et bien de congolais que nous croisons tous les jours dans la rue, à la recherche d’une activité lucrative  et qui se déterminent, par conséquent, comme les autres, en fonction de leurs intérêts. Ce qui les conduit  souvent  à se vendre au plus offrant. Les exemples des représentants de la Société Civile qui se sont, à la première occasion, lancés dans la politique, qui ont mangé à tous les râteliers et qui ont fini par être vomis par la population peuvent se trouver en abondance.

Conscient de cette réalité, le Bureau de la CENI a déployé sur le terrain des missions de supervision afin de s’assurer de la conformité des résultats publiés à  la vérité des urnes.  Ce qui s’inscrit dans le cadre des efforts tendant à réduire, dans la mesure du possible, le nombre de contestations après la publication des résultats provisoires. C’est ce souci de s’amender à la suite des rapports qui lui parviennent non seulement de ses Centres locaux de compilation des résultats mais aussi des Forces politiques, dénonçant des cas de tricheries avérées, qui explique l’incapacité actuelle de la CENI à respecter  son propre calendrier électoral. Lequel avait initialement fixé au 13 janvier 2012 la publication des résultats provisoires des élections législatives nationales, qui sera par la suite  reportée à la date échue, au 18 janvier puis au 26 et pour enfin renvoyer tout le monde à une date ultérieure qui reste à communiquer.

La recommandation des Evêques relative à la remise en question de l’Equipe actuelle de la CENI étant, de ce fait, satisfaite ne serait-ce qu’en partie, il est donc normal que l’on veuille bien la laisser terminer son travail en toute  sérénité, quitte, en cas de contestations toujours possibles, à saisir, par la suite, la Cour Suprême de Justice. Sinon on ferait le jeu tant des mauvais perdants qui, profitant des contestations provenant de toutes parts, porteraient indûment eux aussi la casquette de gagnants lésés que des stratèges de l’Opposition qui sont à l’affût de la moindre erreur de comportement ou de langage pour remettre en cause tout le processus électoral avec le précieux concours du Cardinal Archevêque de Kinshasa. C’est dans cette logique que s’inscrit la marche dite révolutionnaire pour la libération que l’Archidiocèse de Kinshasa se propose d’organiser le 16 février prochain, donnant ainsi la possibilité à tous les radicaux de l’Opposition, qui rendent la CENI responsable de leur malheur, de mettre une fois de plus l’accent sur la prétendue crise de légitimité du pouvoir propice à l’ouverture d’une Troisième voie.

Longue et éloquente liste de gros poissons fauchés même dans le camp du pouvoir !

En attendant le verdict de la Cour Suprême de Justice, la seule Instance habilitée à dire le Droit en conscience dans le traitement des contentieux électoraux, il n’est pas interdit au profane en la matière que je suis de se poser une question, peut être naïve pour vous mais de simple bon sens pour moi. En effet, tout en admettant la réalité des graves irrégularités ayant malheureusement entaché le processus électoral, pourquoi, si celles-ci étaient si simples et faciles à planifier en haut lieu comme le prétend la CENCO, pouvaient alors passer à la trappe bon nombre des grandes figures bien connues de la Majorité présidentielle qui n’ont pas pu, en dépit des avantages qu’offrent l’argent et les fonctions prestigieuses, confirmer leurs leaderships dans leurs circonscriptions électorales respectives telles que :

  • Le Ministre des Affaires étrangères, Alexis THAMBWE MWAMBA, tombé à Kindu ;
  • Le Ministre de la Coopération internationale et ancien Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat, Raymond TSHIBANDA, tombé au Kasaï-Oriental ;
  • Le Ministre des Mines, Martin KABWELULU, tombé à Lubumbashi ;
  • Le Ministre des Relations avec le Parlement, Richard MUYEJ, tombé au Katanga ;
  • Le Ministre de l’Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme, Jose ENDUNDO BONANGE, tombé à Mbandaka ;
  • Le Ministre de l’Energie et ancien Gouverneur du Kasaï-Occidental, Gilbert Tshiongo, tombé dans la même province ;
  • Le Ministre du Budget, Jean Baptiste NTAWHA KUDERUA, tombé au Sud-Kivu ;
  • Le Ministre de la Jeunesse, Sports et Loisirs, Claude NYAMUGABO, tombé au Sud-Kivu ;
  • Le ministre des Affaires sociales, Action humanitaire, Me Ferdinand Kambere, tombé au Nord-Kivu ;
  • La Ministre en charge de la Culture et des Arts, Jeannette KAVIRA MAPERA, tombée dans le Nord-Kivu ;
  • Le Gouverneur du Sud-Kivu et ancien Conseiller politique et diplomatique du Chef de l’Etat, Marcellin CISHAMBO, tombé dans la ville de Bukavu ;
  • L’ancien Ministre des Affaires étrangères et actuellement Ambassadeur itinérant du Chef de l’Etat, Antoine GHONDA MANGALIBI, tombé dans le Bas-Congo ;
  • L’ancien Ministre de la Défense, ancien Vice-gouverneur du Katanga et ancien Secrétaire Général du PPRD, TSHIKEZ DJEMO, tombé à Kapanga ;
  • L’ancien Ministre des Affaires étrangères, ancien Gouverneur du Kasaï-Oriental, ancien PCA de la MIBA et actuellement Ambassadeur de la RDC en Ouganda, Jean Charles OKOTO LOLAKOMBE, tombé à Lodja dans le Sankuru ;
  • L’ancien Ministre des Affaires sociales et Président de l’ONG Solidarité Congolaise, Jean Claude MUYAMBO KIASSA, tombé dans la circonscription de Lubumbashi ;
  • L’ancien Ministre de la Recherche scientifique et actuellement Avocat au Barreau de Kinshasa, Sylvanus MUSHI BONANE, tombé dans le Sud-Kivu ;
  • L’ancien Ministre des Finances, des Transports et voies de Communications et actuellement Conseiller du Chef de l’Etat, Jean AMISI, tombé dans le Maniema ;
  • L’ancien Ministre de l’Industrie et actuellement député PPRD, l’Honorable MUKENDI TSHAMBULA, tombé à Mbuji-Mayi ;
  • La deuxième Vice-présidente de l’Assemblée nationale, l’Honorable Georgine MADIKO, tombée à Kikwit dans le Bandundu ;
  • Le Président du Groupe parlementaire PPRD, l’Honorable NKULU MWENZE, tombé dans le Nord-Katanga ;
  • L’Honorable Jean BAMANISA SAIDI, figure bien connue de la Majorité présidentielle, tombé à Kisangani ;
  • L’ancien Administrateur Général de l’ANR, député PPRD et ami de la famille du Chef de l’Etat, l’Honorable KAZADI NYEMBWE, tombé au Kasaï-Oriental ;

Je préfère m’arrêter ici pour ne pas allonger davantage cette liste qui tend bien à prouver que, contrairement aux allégations de la CENCO de planification en haut lieu de fraudes électorales au profit des têtes couronnées du régime en place, les législatives du 28 novembre 2011 ont été dans plusieurs coins de la République un sévère vote sanction marquant le refus du renouvellement des mandats de bon nombre des poids lourds  tant du Gouvernement que de l’Assemblée nationale.

A ce niveau de raisonnement, il importe de se demander pourquoi le PALU du Premier ministre Adolphe Muzito, et dont le fief électoral est le Bandundu, s’associerait-il à une opération de planification de fraudes qui ne profiterait qu’au seul candidat Joseph Kabila qui y a réalisé l’un de ses plus beaux scores avec ses un million trois cent mille voix et non à lui-même qui n’a pas réussi sinon à augmenter, du moins à maintenir le même nombre de ses députés sortants qui passent de 34 à moins de 15.

Déduction logique

D’où ma conviction du vote sanction un peu partout. A l’exception bien entendu dans les deux Kasaï où elles ont été émaillées de violences excessives en vue d’empêcher bon nombre de candidats de la Majorité présidentielle, leurs sympathisants et même ceux de l’Opposition non tshisekediste tels que François Mwamba, ancien Secrétaire Général du MLC, de s’approcher des Bureaux de vote pour y accomplir leurs devoirs civiques.

Eu égard à ce qui précède, il est logique d’en déduire que « les nombreux incidents malheureux entrainant mort d’hommes, des cafouillages et à certains endroits, un climat de terreur entretenu et exploité à dessein pour bourrer les urnes » dont parle la CENCO dans son message ne fait pas qu’allusion aux comportements délictueux des militants zélés de la Majorité présidentielle mais aussi à ceux des combattants de l’UDPS.

Voilà le fruit de la réflexion que m’inspire la Déclaration finale des dignitaires de l’Eglise catholique de la RDC, réunis en Assemblée plénière extraordinaire à Kinshasa du 9 au 11 janvier 2012.

Umba Ilunga, Analyste politique


(DN/Yes)