« La Voix des Sans Voix » donne hautement de la voix pour s’attirer l’attention de l’opinion. Sa dernière trouvaille est l’existence, révèle-t-elle, d’« un plan de relégation du président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) dans son village natal où il devra séjourner durant trois ans avant de retourner à Kinshasa » ! Son directeur exécutif, Dolly Ibefo, l’a dit le mardi 24 janvier 2012, « avant d'appeler les autorités à privilégier le dialogue pour sortir le pays de la crise politique aux conséquences imprévisibles », souligne l’agence chinoise Xinhuanet dans sa dépêche du 25 janvier.

L’agencier chinois a approché Jacquemin Shabani, secrétaire général de l’Udps, qui fait l’aveu de tout ignorer de « ce plan ». En fait, réputée pro-Udps, l’ONG de défense des droits de l’homme est à la recherche d’une nouvelle visibilité dans la perspective du nouveau dialogue « intercongolais » prôné par l’Eglise, l’Oif (Francophonie) et trois candidats présidentiels malheureux. Tous les moyens sont alors bons pour continuer de discréditer Joseph Kabila et sa famille politique. Même celui de chosifier le lider maximo en vue de le tirer du pétrin dans lequel il s’est planté puisqu’il ne sera ni chef de l’Etat, ni chef de file de l’Opposition institutionnelle…  
 
L’histoire, dit-on, est un éternel recommencement. “Chasser alors le naturel, il revient au gallop”. C’est pour dire de la prestation de l’ONG Vsv qu’elle n’a rien de surprenant. Elle fait partie des méthodes de travail connues.

Pour l’histoire, nous sommes en février en 2002. Après le round 1 raté d’Addis-Ababa, les Congolais s’apprêtent pour le round 2 du Dialogue intercongolais dont la date d’ouverture est fixée au 25 février, à Sun City. Dix jours plus tôt, soit le 15 février 2002, « Vsv » croit larguer sa bombe en offrant une tribune à un certain Etienne Kabila, se présentant en fils biologique de M’Zee L-D. Kabila.
       
En pleins travaux de Sun City, l’annonce de la candidature d’Etienne Tshisekedi à la présidence de la République va s’accompagner d’un point de presse animé par l’intéressé, à Sun City hôtel ! L’homme, dans un texte dont il ne maîtrise ni les termes ni les tournures, s’adresse aux « honorables délégués au Dialogue intercongolais » qu’il confond avec les chevaliers de la plume !
     
Dans la salle contiguë, on aperçoit le lider maximo et ses affidés en train de suivre la conférence en circuit fermé… Pour certains confrères journalistes, le débarquement du « soldat » Etienne Kabila en cette fausse Normandie n’a rien de surprenant. La veille, en route pour Sun Down où une partie des délégués congolais est alors logée, ils ont appris d’une grande dame de l’Udps, qui a pris place à bord du même taxi, l’arrivée d’Etienne Kabila à Sun City. C’est Eve Bazaïba, aujourd’hui sénatrice pro-Bemba, élue récemment députée nationale Mlc.
     
En fait, Vsv s’était chargée de préparer le terrain pour la candidature du lider maximo, en misant sur les effets du discrédit à jeter sur la personne de Joseph Kabila. L’échec de Tshisekedi sera à la base du rejet de l’Accord de Sun City avec son schéma institutionnel animé par Kabila en qualité de Président de la République, Bemba de Premier ministre ; le parlement ayant été confié au Rcd.
     
La suite est connue : ayant boudé ce partage, l’Udps et le Rcd vont coaliser pour former l’Asd et réclamer le round 3 qui aboutira, le 17 décembre 2002, à l’Accord global et inclusif. Ceci de un.
     
De deux, dans son édition n°2533 du 18 mars 2005, « Le Phare » reproduit un communiqué daté  du 17 mars et émanant de Vsv. L’ONG réclame des autorités le droit des combattants d’afficher leur calicot placé devant la résidence d’Etienne Tshisekedi, à Limete, avec les écrits suivants : « Adieu Hyppolite Kabange alias J.Kabila. Merci d’avoir quitté notre pays. Demandez directement l’exil en Asie ou allez chez vous au Rwanda, soit en Tanzanie. Retour interdit au Congo. Peuple Congolais ».

Au lieu de dénoncer la dérive, Vsv l’encourage plutôt. On connaît la suite avec le discours du naufragé Tshisekedi aux étapes du Maniema et de l’Equateur lors de la campagne électorale.  Rien qu’au travers de ces deux cas authentiques, on perçoit le degré de politisation de l’ONG en faveur de l’Udps/Tshisekedi. Partant, la « révélation » sur la relégation à Kabeya Kamwanga ne peut surprendre qui que ce soit.

Chosification du lider maximo étalée au grand jour…
       
Seulement voilà : le contexte ne s’y prête pourtant pas. Si, sous Mobutu, Tshisekedi a été relégué plus d’une fois chez lui et si, sous Laurent-Désiré Kabila, il l’a été une seule fois en 1998 – et encore pour des raisons sécuritaires justifiées par son discours contre le Rwanda de Paul Kagame  – c’était dans un contexte ni pré, ni post-électoral. Précisons, d’ailleurs, que l’anti-rwandais des années 1997-1998 deviendra le pro-rwandais des années du Dialogue incontercongolais ! Tout le monde, à commencer par Vsv, a vu Tshisekedi se rendre à Kigali, sous escorte Rcd, avant d’atterrir à Kisangani, alors sous occupation rwandaise…
     
Oui, le contexte est différent. Les élections ont eu lieu le 28 novembre 2011. La Cour suprême de justice a confirmé les résultats provisoires proclamés par la Céni. Vainqueur, Joseph Kabila a été légalement investi Président de la République le 20 décembre 2011. S’autoproclamant vainqueur, Etienne Tshisekedi s’est aussi auto-investi dans la même fonction. C’est là que se situe la « crise » pour laquelle Vsv se range du côté des forces politiques et sociales réclamant le dialogue. Dialogue, au demeurant, rejeté par le président de l’Udps.
     
Y a-t-il vraiment, là, matière à opter pour la relégation, et encore pour trois ans, quand on sait que le lider maximo a été largement élu dans son fief naturel ? A dire vrai, c’est là un suggestionnement aux conséquences plutôt prévisibles. En effet, Tshisekedi, réduit au silence dans son territoire d’origine, pourrait finir par recouvrer ses instincts de sécessionniste. Dolly Ibefo et son staff ont intérêt à se le rappeler : avant d’entrer au collège des commissaires généraux en septembre, le Sphinx de Limete avait offert ses services à la sécession sud-kasaïenne du 11 août 1960 !
     
Certes, Tshisekedi peut ne pas céder à la tentation. Mais, on le voit mal – à l’image de son comportement tolérant vis-à-vis des combattants – contrôler les électrons libres de son fief. Tout le monde les a vus, ces électrons – sauf Vsv – s’en prendre violemment au candidat François Mwamba, pourtant premier ressortissant de Kabeya Kamwanga à installer de l’énergie dans ce territoire, alors que le fils le plus célèbre du coin, y relégué plusieurs fois par le passé, n’y a rien entrepris.
     
Dans la foulée, on pressent, dans les coins et recoins du pays où Tshisekedi a été bien élu, les effets collatéraux de toute relégation post-électorale. C’est probablement puisqu’ils n’y croient pas que les dirigeants de l’Udps disent ignorer du fameux plan révélé par « leur » ONG qui se révèle une officine de concoction et de colportage des faussetés ! A l’image, naturellement, de la grande sœur Hrw, jusqu’à ce jour incapable de prouver l’assassinat, par la Garde républicaine, des 14 des 18 combattants de l’Udps prétendument morts entre le 26 et le 28 novembre 2011. Au demeurant, le silence de Vsv et de Hrw à propos des victimes réelles et de l’agression tout aussi réelle perpétrée par les combattants de l’Udps le 26 novembre 2011 au siège du Parti Lumumbiste en dit long…
     
On peut au moins s’en assurer : lorsqu’ils se retrouvent entre eux, les parrains étrangers s’étonnent de la corruptibilité des ONG congolaises, prêtes à avaler toutes les couleuvres qu’on leur balance et, surtout, promptes à en fabriquer des « meilleures ». Exactement comme la « meilleure » que se veut la relégation de Tshisekedi dans son village natal de Kabeya Kamwanga.  « Meilleure » parce que Vsv ne sait déjà pas que le lider maximo est né à Kananga (Luluabourg) et est originaire du territoire et non du village Kabeya Kamwanga, au Kasaï Oriental. En glissant sur ce petit détail, Vsv donne la preuve qu’elle ramasse, elle aussi, la production de la rue qu’elle refile à ses parrains.
     
Lancée alors la veille de la proclamation des résultats provisoires des législatives et, comme par coïncidence, du 11ème anniversaire de l’accession de Joseph Kabila à la magistrature suprême, la dernière bourde de Vsv donne plus envie de pleurer que d’en rire. Car, il faut bien l’admettre, la chosification d’Etienne Tshisekedi par cette ONG est étalée au grand jour. Cela n’est du goût ni des dirigeants de l’Udps, ni des médias sérieux kinois pro-Tshisekedi qui ont résolu d’ignorer le scoop.
 
Omer Nsongo die Lema


(DN/Yes)