A peine revêtu de la nouvelle étoffe de président réélu de la RDC, Joseph Kabila a vite fait d’accorder au Français Total l’autorisation, par ordonnance, d’explorer le pétrole dans le Graben Albertine. Ce qui relance la ruée vers le pétrole de l’Est ; course dans laquelle est également engagé l’Américain EXXON.
 
Le pétrolier français Total a enfin obtenu officiellement l’autorisation d’exploration pétrolière dans le Graben Albertine, situé à l’Est de la RDC, rapporte Africa energy intelligence sur son site Internet. Le président de la RDC, Joseph Kabila, a tenu parole en signant une semaine après son investiture, l'ordonnance permettant à Total d'opérer dans le bloc 3 (AEI n°664). Africa energy intelligence note que le document a bien été paraphé de la main du chef de l'Etat dès le 27 décembre 2011, soit à peine une semaine après sa prestation de serment devant la Cour suprême de justice.

En obtenant cette reconnaissance officielle de l’Etat congolais, Total vient donc d’entrer par la grande porte dans le grand chantier d’exploration pétrolière dans la partie Est de la RDC. Mais, c’est sans compter avec les défenseurs de l’environnement qui ont juré de remuer ciel et terre pour décourager l’activité pétrolière dans les aires protégées telles que le parc national des Virunga, du reste classé patrimoine mondial de l’Unesco.
 
Ainsi, là où le Britannique Soco International a mordu de la poussière, Total a choisi la méthode la plus douce pour ne pas s’attirer la foudre des défenseurs de l’environnement. Contrairement à Soco et Dominion, pris à partie par les ONG sur l'exploration dans le parc des Virunga, Total développe une approche prudente sur le bloc 3.
 
Pour ce faire, le Français s’est d’ailleurs entouré de l’expertise et du savoir-faire de WWF (Fonds mondial pour la nature). L’exploration pétrolière en RDC longtemps laissée à la portée des moins nantis, les majors de l’industrie mondiale du brut ont décidé d’entrer dans la danse. Le Français Total et l’Américain Exxon se sont engagés dans la course. Avec l’arrivée sur le Lac Albert du géant pétrolier italien, ENI, d’autres géants de l’industrie mondiale du pétrole manifestent ouvertement leur intérêt sur les importantes réserves du Graben Albertine.
 
Le pétrole de l’Est de la RDC n’est donc plus l’apanage des moins nantis qui se sont lancés bien avant dans la course. La bataille promet d’être rude pour l’accès au brut du Lac Albert, pour lequel l’Ouganda a quelques longueurs d’avance par rapport à la RDC.

Prudence à Kinshasa

Néanmoins, l’intérêt, plus que jamais ouvert accordé par des géants mondiaux, de l’industrie du pétrole, sur les réserves de l’Est du pays recommande de la part du gouvernement une bonne dose de sagesse dans l’identification et le choix des partenaires. Il s’agit, entre autres, d’éviter ce qui est arrivé il y a quelques années au secteur minier où des contrats et conventions mal ficelées ont été vite renvoyés à la revisitation pour corriger certaines irrégularités.
 
Qui sait si c’est autour du pétrole que se joueraient la paix et la sécurité dans l’Est de la RDC ? Kinshasa doit donc au préalable définir et préciser les termes de l’accord de partenariat. Il s’agit pour l’essentiel d’éviter de multiplier les frustrations qui ne feront qu’alimenter l’incertitude dans le secteur comme ce fut le cas dans les mines. Toujours est-il que dans le Graben Albertine, les grandes manœuvres ont déjà commencé pour la valorisation du pétrole congolais. Total vient d’avoir le jackpot.

Jusqu’à ce jour, la RDC se contente d’une maigre production de 25 000 barils par jour réalisés par la société française Perenco sur le littoral de l’océan Atlantique dans le Bas-Congo. Aujourd’hui, c’est vers l’Est que se porte le nouveau regard, avec des réserves évaluées en milliards de barils. Plusieurs entreprises, généralement de seconde zone, s’étaient déjà lancées dans la bataille. D’autres, telles que Tullow Oil et Heritage Oil, ont été recalées dans la course.

Faustin Kuediasala/Le Potentiel


(DN/TH/GW/Yes)