Le séjour de Joseph Kabila du 29 au 31 août derniers à Kananga, n’aura pas seulement été l’occasion de rencontrer les dignitaires de cette province. Bien au contraire, le Raïs a revu les tracteurs qu’il avait offerts, voici près d’une année, à cette province du Kasaï occidental. Alors qu’on les croyait déjà distribués aux différents districts, ces engins sont plutôt garés derrière le gouvernorat de la province.

Du côté des officiels de la province, aucune explication n’a été donnée pour justifier la présence de ces tracteurs dans l’enceinte du gouvernorat. Nos multiples tentatives de rencontrer Trésor Kapuku, le numéro 1 de la province, se sont avérées infructueuses.

Pourquoi les tracteurs don de Joseph Kabila à la province du Kasaï occidental, n’ont-ils jamais été dispatchés ? C’est la question que se pose plus d’un ressortissant du Kasaï occidental. La même préoccupation est, sans doute, celle du Chef de l’Etat qui, mardi le 31 août dernier, a personnellement revu ces engins, tous immobilisés derrière l’imposante bâtisse du gouvernorat. Que se passe-t-il exactement ? Sans conteste, seul Trésor Kapuku sait pourquoi ces tracteurs destinés à toute la province et non à son chef-lieu, n’ont pas été distribués. Pour en avoir  le coeur net, les journalistes ayant accompagné le Raïs au Kasaï occidental ont plusieurs fois tenté de rencontrer le gouverneur.

En vain. On se rappelle que le séjour de Joseph Kabila à Kananga a été clôture par l’audience accordée mardi dernier aux détenteurs du pouvoir traditionnel du Kasaï occidental. La rencontre a eu lieu au gouvernorat  de la province. A la fin de l’audience et à la très grande surprise du protocole, le Raïs avait décidé de sortir par derrière, alors qu’on l’invitait plutôt de sortir par le devant. C’est alors qu’il a constaté que tous les engins étaient immobilisés. Le chef de l’Etat, dans son silence d’or, s’est limité à savoir si tout allait bien. Mais des observateurs avertis ont lu une certaine indignation sur le visage du Raïs. Joseph Kabila, on le sait, a sa façon d’être. Il écoute beaucoup, parle moins et agit en temps opportun.

Seulement voilà, ces tracteurs avaient été remis dans le but des activités à impact visible dans le cadre de la visibilité des Cinq chantiers de la République. La province du Kasaï occidental n’est pas la seule bénéficiaire de ces engins utiles pour les travaux d’agricultures. Le lot comprenait quelque sept cents tracteurs et qui avaient été distribués à toutes les provinces du pays selon les critères préétablis.

Une année après

Des spécialistes en automobile n’ont pas usé de la réserve pour manifester leur crainte. Ils pensent qu’après une année d’inactivité, ces tracteurs pourraient tomber inutilement en panne. « Ce sont des engins qui sont quelque peu exigeants. Il faudrait, au quotidien, réchauffer le moteur. Au cas contraire, on risque d’entretenir, sans le savoir, des épaves qui ne serviront plus à rien », a déclaré sous couvert d’anonymat, un expert en mécanique auto interrogé entre deux colonnes de ces tracteurs.

Kananga : une ville aux routes défoncées

Le mauvais état des routes est le lot de la plupart des villes de la RD Congo. Celle de Kananga y comprise. Conçue dans le but d’abriter la capitale politique du pays, la ville de Kananga à cette particularité d’être l’une des rares agglos congolaises les mieux urbanisées. En tout cas, quiconque arrive pour la première fois à Kananga, est aussitôt impressionné par le schéma de la ville. Toutes les avenues sont perpendiculaires.  Jamais, on ne peut parcourir à pieds plusieurs dizaines de mètres sans déboucher sur un Rond- Point. Cependant, il est constaté que ce prestige de l’urbanisation héritée de l’autorité coloniale, s’assombrit au quotidien. Sur le plan de la voirie, la ville de Kananga est malade de toutes ses routes. Le Boulevard Laurent­-Désiré Kabila, l’une des grandes artères de la ville, ressemble à une piste de décollage pour des chars de combat. La seule route qui semble tenir jusqu’ici est le Boulevard Lulua qui passe devant l’Institut supérieur pédagogique de la ville (ISP­-Kananga).

Notre séjour à Kananga nous a amené à constater qu’il n’y avait aucun chantier ouvert. En conséquence, les exploitants des taxi-moto, principal moyen de transport en commun dans cette ville de Kananga, sont obligés de circuler sur des routes dont l’état de l’asphalte n’est plus que vestige de l’histoire. A mille lieues donc, le chantier Infrastructures, dans son volet « Route », attend encore les premiers gestes de sa visibilité. Voilà qui justifie les regards croisés et quelque peu inquisiteurs de la population de Kananga tournés vers le gouvernement provincial.

Selon le président de l’Assemblée provinciale du Kasaï occidental, Omer Mijimbu interrogé dans son bureau, la véritable difficulté de la province est liée au manque de moyens. Le Kasaï occidental n’a pas suffisamment de moyens pour faire face aux problèmes prioritaires de son développement.

Néanmoins, nous ne perdons pas espoir. Bien au contraire, nous croyons en un avenir radieux de notre province grâce aux Cinq Chantiers initiés par le Président de la République. Sur le plan des infrastructures par exemple, la ville de Kananga est présentement plus propre qu’elle ne l’a été depuis quelques années. Le gouvernement provincial vient d’obtenir de la BCDC. Un prêt d’environ un million de dollars américains. Ce montant servira à l’achat du bitume.

Bientôt, les choses vont changer. Toujours sur le plan des infrastructures routières, le problème sera résolu d’autant plus que la province du Kasaï occidental vient d’acquérir une usine de fabrication de bitume. Nous n’attendons plus que  l’arrivée des ingénieurs ayant qualité de faire tourner les machines », a encore dit Omer Mijimbu.

Laurel Kankole/Forum des As


(DN/TH/GW/Yes)