La grande inquisition de la traque « tolérance zéro » lancée contre les impénitents détourneurs des deniers publics appelés « Kuluna en cravate » est branchée, après le n° 1 de la RVA Jean Assice, cette fois sur le gouverneur de Kinshasa André Kimbuta et l’ancien ministre Denis Kalume
Le Centre pénitencier de rééducation de Kinshasa (ex-prison de Makala) s’apprête à accueillir ceux des gros calibres de la République qui ont bu à la coupe de la corruption. L’opération « Tolérance Zéro » impulsée par le président de la République a pris ces derniers jours sa vitesse de croisière pour traquer ceux que le ministre de la Justice Luzolo Bambi Lessa désigne communément comme des « kuluna en cravate » entendez des délinquants d’Etat, détourneurs des deniers publics, criminels économiques, escrocs institutionnels, corrupteurs, etc.
Dans une correspondance datant du 25 août 2010, le ministre de la Justice a instruit le Procureur général de la République et au procureur général près la Cour d’appel de Kinshasa Matete d’ouvrir des informations judiciaires contre plusieurs personnalités dont la gestion est vivement controversée.
C’est le cas du gouverneur de la ville de Kinshasa, du Commissaire général du cinquantenaire, des cadres des ministères et d’autres services de l’Etat ainsi que des mandataires publics dont l’ADG de la RVA, M. Jean Assice écroué depuis jeudi 03 août dernier à la police des parquets.
Ce denier devra répondre, sur ordre du ministre de la Justice, de plusieurs faits qui ont entaché sa gestion à la tête de la RVA notamment la destination du crédit d’un million USD accordé par la BIC pour la réhabilitation de l’aéroport de Mbandaka ; l’utilisation des 7 millions USD empruntés pour servir de paiement de AERONAV alors que 1,5 million seulement ont été payés; la gestion de 25 millions USD générés par l’IDEF, les 11 millions USD payés comme factures de réhabilitation des ailes cassées ; la sur facturation des travaux de construction du pavillon présidentiel à l’aéroport de N’djlii pour un coût de 26 millions de USD alors que le constructeur ne reconnaît avoir perçu que 4 millions; la surfacturation du marché de fourniture du matériel d’étanchéité et peinture pour 632.000 euros et du marché d’ordinateurs d’occasion pour 300,000 euros, etc.
Jean Assice devra donc justifier toutes ces opérations qui frisent, selon nombre de commentaires, le détournement d’environ 50 millions USD. Toutefois, il n’était prévu qu’il soit mis aux arrêts dans l’injonction du ministre de la Justice. Mais selon le PGR, le patron de la RVA a été surpris dans un restaurant avec un membre de la commission instituée par le parquet général pour enquêter sur sa gestion.
C’est la raison pour laquelle, il a été privé de liberté à titre conservatoire en vue de l’empêcher de faire obstruction à l’enquête. Signalions toutefois que le patron de la RVA a déjà eu à éclairer l’opinion sur nombre de questions soulevées dans la lettre du ministère public.
C’était au cours d’une conférence de presse qu’il a animée au Grand Hôtel Kinshasa à la mi-août dernier. Au sujet de l’épineuse question relative au coût des travaux du salon présidentiel, l’ADG a rappelé qu’ils ont coûté 25 millions USD dont 12 millions pour le pavillon lui-même et 14 millions pour le reste du complexe à savoir le parking de l’avion présidentiel, la cour d’entrée, le système d’alimentation en énergie électrique, etc. Pourquoi 25 millions USD, le patron de a RVA a souligné que l’ouvrage a été conçu et érigé en fonction de l’honneur dû à ses hôtes (chefs d’Etat). Une vingtaine de prestataires ont participé à l’ouvrage en plus de 400 ouvriers recrutés par la RVA et le constructeur pour exécuter l’édifice en temps record.
Au-delà de milliers de tonnes de fer utilisés pour maintenir cet édifice de type pyramidal, la RVA a demandé au constructeur d’utiliser d’autres matériels qui peuvent garantir la sécurité du président de la République et ses hôtes pendant leur séjour dans ce pavillon. A cet effet, les vitres utilisées sont du type blindé, conçues pour résister même aux lance-roquettes. Une pièce seulement coûterait de milliers de USD, a fait savoir le patron de la RVA. Il faudra que les gens tiennent compte de tous les aspects quand on veut évaluer le coût du salon présidentiel construit à N’djili.
« Il s’agit d’une prototype unique dans son genre, qu’on ne voit pas dans plusieurs pays d’Europe ou d’Afrique, avait indiqué le conseiller du Chef de l’Etat en matière d’infrastructures, Kimbembe Mazunga alors qu’il était en visite de travaux avant la célébration du cinquantenaire de la RDC.
Violation de la loi sur l’avenant
Cependant, les observateurs avertis estiment que l’ADG de la RVA a violé la loi en ce qui concerne l’avenant au contrat principal. Initialement prévu à 6 millions USD, le coût des travaux du salon présidentiel s’est chiffré à 11 millions USD au profit de l’entreprise ESG. De ce coût initial, on est passé à 36 millions USD déclarés au finish, selon des documents administratifs sortis de la RVA. Il y a dans ce cas un dépassement de 300% pour l’avenant alors que la loi le prévoit à 30%.
A propos de la gestion des 25 millions d’USD générés par l’IDEF, l’ADG a, à plusieurs fois, expliqué que la gestion de ces fonds est informatisée au point que l’autorité de tutelle pouvait suivre de près toute les opérations. Le gros de ces fonds ont servi d’après ce français libanais à la réhabilitation de plusieurs infrastructures au niveau des aéroports, à la formation du personnel (contrôleurs, ingénieurs informaticiens, OPJ, pompiers, etc.) ainsi qu’à la prise en charge d’autres dépenses de la société. L’endettement dont il est question à la RVA, serait un héritage des comités de gestion antérieurs.
Car sur les 52 millions USD de dette, il faut prendre 32 millions USD que la RVA doit au profit de son personnel à titre d’arriérés, de primes de retraite et d’indemnité à l’INSS. Ces arriérés ont été cumulés au moment où le pays était divisé par la guerre qui n’a pas permis aux responsables de Kinshasa de payer les agents des provinces contrôlées par les anciens rebelles. Les 20 autres millions USD concernent des emprunts auprès des partenaires et des services à payer auprès des tiers. Jean Assice devra donc expliquer comment il a dépensé les 7 millions obtenus de la BIAC pour payer AERONAV, le 1,5 million de la même banque destiné à la remise en état de l’aéroport de Mbandaka détruit par les insurgés « Enyele ».
A propos des fonds de la RVA gelés en Afrique du Sud, l’ADG a fait savoir à son temps qu’il s’agit d’une oeuvre d’un créancier de l’Etat congolais. La société « Identiguard » basée en Afrique du Sud, à qui le gouvernement doit de l’argent pour un marché public régulièrement conclu, a porté plainte contre la RDC auprès des instances judiciaires de son pays. Celles-ci ont décidé de bloquer le financement destiné à la RVA et qui devait passer par une banque sud-africaine. Jean Assice n’a cessé d’attirer l’attention des autorités sur ce fond vautour, mais aucune suite.
Pour d’autres faits évoqués par le ministère public, le patron de la RVA détenu à la police des parquets a continué à fournir des explications qui permettront au PGR de le relâcher si aucune infraction n’est retenu à sa charge ou d’ouvrir une instruction judiciaire doublée des mesures conservatoires au cas des lourdes présomptions étaient établies.
D’autres
Sur le même chemin se trouveraient également d’autres personnalités et mandataires de l’Etat comme le gouverneur André Kimbuta qui doit répondre de sa gestion des recettes de la ville et le commissaire général du cinquantenaire qui devra justifier l’utilisation des fonds affectés à la commémoration de cet évènement historique. Le flou artistique qui a entouré l’utilisation des millions annoncés au lancement des activités serait à l’origine de l’ouverture de l’information judiciaire à l’endroit du patron du Cinquantenaire. Nous y reviendrons. Le temps a sonné sans doute pour que les affameurs du peuple s’imposent le jeûne et restituent au trésor les deniers volés au moment où ils sont les mieux nantis de la République.
Comment un mandataire qui touche plus de 15.000 USD par mois ne peut pas se contenter de son salaire et cherche à mettre la main basse sur les finances publiques ? Comment comprendre qu’un ministre mieux choyé puisse tout le temps sommé les mandataires des entreprises sous sa tutelle pour se tailler des commissions indues sans signer des décharges? Comment l’Etat en quête de moyens disperse ses finances dans des banques privées alors qu’il dispose d’une banque centrale? Pourquoi la justice de ce pays n’arrive pas à obtenir le remboursement des deniers publics volés et finit par remettre dans la rue les auteurs de ces faits décriés ? Autant de questions que se posent les congolais et auxquelles les acteurs de la « tolérance zéro » devront sans doute répondre cette fois-ci.
La Référence Plus
(TN/TH/GW/Yes)