Le Centre pénitencier de rééducation de Kinshasa (ex-prison de Makala) s’apprête à accueillir ceux des gros calibres de la République qui ont bu à la coupe de la corrup­tion. L’opération « Tolérance Zéro » impulsée par le président de la Répu­blique a pris ces derniers jours sa vi­tesse de croisière pour traquer ceux que le ministre de la Justice Luzolo Bambi Lessa désigne communément comme des « kuluna en cravate » en­tendez des délinquants d’Etat, détourneurs des deniers publics, cri­minels économiques, escrocs institutionnels, corrupteurs, etc.

Dans une correspondance datant du 25 août 2010, le ministre de la Justice a ins­truit le Procureur général de la République et au procureur général près la Cour d’appel de Kinshasa Matete d’ouvrir des informations judiciaires contre plusieurs personnalités dont la gestion est vivement controversée.

C’est le cas du gouverneur de la ville de Kinshasa, du Commissaire géné­ral du cinquantenaire, des cadres des ministères et d’autres services de l’Etat ainsi que des mandataires pu­blics dont l’ADG de la RVA, M. Jean Assice écroué depuis jeudi 03 août dernier à la police des parquets.

Ce denier devra répondre, sur ordre du ministre de la Justice, de plusieurs faits qui ont entaché sa gestion à la tête de la RVA notamment la destina­tion du crédit d’un million USD ac­cordé par la BIC pour la réhabilitation de l’aéroport de Mbandaka ; l’utilisa­tion des 7 millions USD empruntés pour servir de paiement de AERONAV alors que 1,5 million seulement ont été payés; la gestion de 25 millions USD générés par l’IDEF, les 11 millions USD payés comme factures de réha­bilitation des ailes cassées ; la sur facturation des travaux de cons­truction du pavillon présidentiel à l’aéroport de N’djlii pour un coût de 26 millions de USD alors que le construc­teur ne reconnaît avoir perçu que  4 millions; la surfacturation du marché de fourniture du matériel d’étanchéité et peinture pour 632.000 euros et du marché d’ordinateurs d’occasion pour 300,000 euros, etc.

Jean Assice devra donc justifier toutes ces opérations qui frisent, se­lon nombre de commentaires, le dé­tournement d’environ 50 millions USD. Toutefois, il n’était prévu qu’il soit mis aux arrêts dans l’injonction du ministre de la Justice. Mais selon le PGR, le patron de la RVA a été surpris dans un restaurant avec un membre de la commission instituée par le parquet général pour enquêter sur sa gestion.

C’est la raison pour laquelle, il a été privé de liberté à titre conservatoire en vue de l’empêcher de faire obstruction à l’enquête. Signalions toutefois que le patron de la RVA a déjà eu à éclairer l’opinion sur nom­bre de questions soulevées dans la lettre du ministère public.

C’était au cours d’une conférence de presse qu’il a animée au Grand Hôtel Kinshasa à la mi-août dernier. Au sujet de l’épineuse question relative au coût des travaux du salon présidentiel, l’ADG a rappelé qu’ils ont coûté 25 millions USD dont 12 millions pour le pavillon lui-même et 14 millions pour le reste du complexe à savoir le parking de l’avion présidentiel, la cour d’entrée, le système d’alimentation en énergie électrique, etc. Pourquoi 25 millions USD, le patron de a RVA a souligné que l’ouvrage a été conçu et érigé en fonction de l’honneur dû à ses hôtes (chefs d’Etat). Une vingtaine de pres­tataires ont participé à l’ouvrage en plus de 400 ouvriers recrutés par la RVA et le constructeur pour exécuter l’édifice en temps record.

Au-delà de milliers de tonnes de fer utilisés pour maintenir cet édifice de type pyrami­dal, la RVA a demandé au constructeur d’utiliser d’autres matériels qui peuvent garantir la sécurité du prési­dent de la République et ses hôtes pendant leur séjour dans ce pavillon. A cet effet, les vitres utilisées sont du type blindé, conçues pour résister même aux lance-roquettes. Une  pièce seulement coûterait de milliers de USD, a fait savoir le patron de la RVA. Il faudra que les gens tiennent compte de tous les aspects quand on veut évaluer le coût du salon présiden­tiel construit à N’djili.

« Il s’agit d’une prototype unique dans son genre, qu’on ne voit pas dans plusieurs pays d’Europe ou d’Afrique, avait indiqué le conseiller du Chef de l’Etat en matière d’infrastructures, Kimbembe Mazunga alors qu’il était en visite de travaux avant la célébration du cinquantenaire de la RDC.

Violation de la loi sur l’avenant

Cependant, les observateurs aver­tis estiment que l’ADG de la RVA a violé la loi en ce qui concerne l’ave­nant au contrat principal. Initialement prévu à 6 millions USD, le coût des travaux du salon présidentiel s’est chiffré à 11 millions USD au profit de l’en­treprise ESG. De ce coût initial, on est passé à 36 millions USD déclarés au finish, selon des documents adminis­tratifs sortis de la RVA. Il y a dans ce cas un dépassement de 300% pour l’avenant alors que la loi le prévoit à 30%.

A propos de la gestion des 25 mil­lions d’USD générés par l’IDEF, l’ADG a, à plusieurs fois, expliqué que la gestion de ces fonds est informatisée au point que l’autorité de tutelle pou­vait suivre de près toute les opérations. Le gros de ces fonds ont servi d’après ce français libanais à la réhabilitation de plusieurs infrastructures au niveau des aéroports, à la formation du per­sonnel (contrôleurs, ingénieurs informaticiens, OPJ, pompiers, etc.) ainsi qu’à la prise en charge d’autres dépen­ses de la société. L’endettement dont il est question à la RVA, serait un héritage des comités de gestion antérieurs.

Car sur les 52 millions USD de dette, il faut prendre 32 millions USD que la RVA doit au profit de son personnel à titre d’arriérés, de primes de retraite et d’in­demnité à l’INSS. Ces arriérés ont été cumulés au moment où le pays était divisé par la guerre qui n’a pas permis aux responsables de Kinshasa de payer les agents des provinces con­trôlées par les anciens rebelles. Les 20 autres millions USD concernent des emprunts auprès des partenaires et des services à payer auprès des tiers. Jean Assice devra donc expli­quer comment il a dépensé les 7 millions obtenus de la BIAC pour payer AERONAV, le 1,5 million de la même banque destiné à la remise en état de l’aéroport de Mbandaka détruit par les insurgés « Enyele ».

A propos des fonds de la RVA gel­és en Afrique du Sud, l’ADG a fait savoir à son temps qu’il s’agit d’une oeuvre d’un créancier de l’Etat congo­lais. La société « Identiguard » basée en Afrique du Sud, à qui le gouverne­ment doit de l’argent pour un marché public régulièrement conclu, a porté plainte contre la RDC auprès des ins­tances judiciaires de son pays. Cell­es-ci ont décidé de bloquer le finan­cement destiné à la RVA et qui devait passer par une banque sud-africaine. Jean Assice n’a cessé d’attirer l’atten­tion des autorités sur ce fond vautour, mais aucune suite.

Pour d’autres faits évoqués par le ministère public, le patron de la RVA détenu à la police des parquets a continué à fournir des explications qui permettront au PGR de le relâcher si aucune infraction n’est retenu à sa charge ou d’ouvrir une instruction ju­diciaire doublée des mesures conser­vatoires au cas des lourdes présomp­tions étaient établies.

D’autres

Sur le même chemin se trouveraient également d’autres personnalités et mandataires de l’Etat comme le gouverneur André Kimbuta qui doit répon­dre de sa gestion des recettes de la ville et le commissaire général du cin­quantenaire qui devra justifier l’utilisa­tion des fonds affectés à la commé­moration de cet évènement historique. Le flou artistique qui a entouré l’utili­sation des millions annoncés au lancement des activités serait à l’origine de l’ouverture de l’information judi­ciaire à l’endroit du patron du Cinquan­tenaire. Nous y reviendrons. Le temps a sonné sans doute pour que les affa­meurs du peuple s’imposent le jeûne et restituent au trésor les deniers vo­lés au moment où ils sont les mieux nantis de la République.

Comment un mandataire qui touche plus de 15.000 USD par mois ne peut pas se conten­ter de son salaire et cherche à mettre la main basse sur les finances publi­ques ? Comment comprendre qu’un ministre mieux choyé puisse tout le temps sommé les mandataires des entreprises sous sa tutelle pour se tailler des commissions indues sans signer des décharges? Comment  l’Etat en quête de moyens disperse ses fi­nances dans des banques privées alors qu’il dispose d’une banque cen­trale? Pourquoi la justice de ce pays n’arrive pas à obtenir le rembourse­ment des deniers publics volés et finit par remettre dans la rue les auteurs de ces faits décriés ? Autant de ques­tions que se posent les congolais et auxquelles les acteurs de la « tolé­rance zéro » devront sans doute répon­dre cette fois-ci.

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(TN/TH/GW/Yes)