En dépit d’un tollé provoqué à Kigali au sujet du rapport accusant le Rwanda de crimes en RDC, les Nations unies ont décidé de le publier le 1er octobre prochain.
 
Les Nations unies comptent publier le 1er octobre 2010 le rapport accusant le Rwanda de crimes en RDC de 1996 à 1998 afin de laisser « aux Etats concernés » c’est-à-dire la RDC et le Rwanda de formuler des commentaires qui seront ajoutés au document, souligne un communiqué du Haut commissariat aux Droits de l’homme.
 
« A la suite de demandes, nous avons décidé de donner aux Etats concernés un mois supplémentaire pour faire des commentaires sur le projet du rapport », a expliqué la Haut commissaire aux droits de l’homme, Navi Pillay, citée dans ce communiqué.
 
Un projet de ce rapport, dont l’AFP s’est procuré une copie, détaille les massacres, viols et pillages commis par des militaires de plusieurs pays, notamment ceux du Rwanda au cours de deux guerres qui se sont déroulées en RDC entre 1996 et 1998. Ces informations ont provoqué un tollé à Kigali qui a menacé de retirer ses 3.550 soldats de la paix au Soudan si ce rapport était publié.
 
Lors d’une conférence de presse organisée mardi dernier à Kigali au Rwanda, Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères, a été on ne peut plus claire : pour le chef de la diplomatie rwandaise, si l’Onu accuse l’armée rwandaise de génocide, elle « doit être prête à trouver une autre armée pour faire le travail que nous faisons au Soudan ».
 
Révélé par le quotidien français « Le Monde » la semaine dernière, le document, qui n’a pas encore été publié, impute à Kigali des «actes de génocide » commis entre 1996 et 1997 dans l’Est de l’actuelle RDC. Ce rapport sur les crimes commis par l’armée rwandaise en RDC entre 1996 et 1998 exige que la communauté internationale puisse traduire les coupables en justice.

Rappel des faits
 
A ce sujet, l’ex-enquêteur de l’Onu sur les massacres en RDC, Reed Brody, a estimé mercredi dernier que le rapport du Haut commissariat de l’Onu aux droits de l’Homme accusant notamment le Rwanda de ces crimes doit servir d’argument pour conduire les coupables en justice.
 
Une version non finale de ce rapport détaille les massacres, viols et pillages commis par des militaires de plusieurs pays et notamment du Rwanda au cours de deux guerres qui se sont déroulées au Congo.
 
Reed Brody, qui a déjà enquêté pour l’ONU sur ces crimes en 1997-98, a expliqué à l’AFP que « la question qui se pose maintenant, comme à l’époque, est de savoir si la communauté internationale, notamment le Rwanda et les Etats-Unis, ont la volonté politique d’identifier les meurtriers et de les traduire en justice ».
 
La mission de l’Onu — lancée par l’ancien Secrétaire général Kofi Annan — était alors chargée d’enquêter sur des « allégations d’exactions perpétrées par les forces de Laurent-Désiré Kabila lors de leur offensive victorieuse sur l’armée du maréchal Mobutu Sese Seko, d’octobre 1996 à mai 1997 ». Mais en avril 2008, M. Annan avait pris la décision de retirer la mission de la RDC « devant les obstacles répétés mis par le gouvernement de Laurent Désiré Kabila au travail » de trois experts qui avaient toutefois eu le temps de publier un rapport.
 
Ce rapport avait toutefois été « enterré » par le Conseil de sécurité, estime M. Brody, qui travaille pour l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch.

« Les membres de la mission estiment que certains de ces massacres pourraient constituer un génocide (...), et appellent à enquêter davantage sur ces crimes et leur motivation », avait déclaré M. Annan devant le Conseil de sécurité.
 
« Si ces massacres à grande échelle ne sont pas punis, alors la région sera condamnée à vivre de nouvelles atrocités », a relevé M. Brody.
 
« Il n’est pas trop tard » pour que la justice soit faite, a-t-il ainsi estimé.

Louis-Paul Eyenga Sana/Le Potentiel


(TN/Ern./GW/Yes)