Depuis l’onde de choc de l’Université du cinquantenaire tenue par le PPRD à Kisangani, le chef de l’Etat fait l’objet, déjà, d’engagements volontaires des sociétaires de l’AMP à son éventuelle candidature pour 2011. Parce qu’il ne s’est pas encore prononcer et contrairement à 2005 où il avait fallu prospecter les adhérents pour créer l’AMP.

Lorsqu'en 2004-2005, tous les signaux indiquent que la République Démocratique du Congo va renouer avec la pratique démocratique avec l'organisation des élections après plus de 40 ans d'autocratie et de consensus à travers le partage du pouvoir, Joseph Kabila, après deux mandats de pouvoir cautionnés par le même consensus, décide de fédérer les forces politiques et sociales autour d'un idéal de conquête du pouvoir.

Alors que le parti politique qu'il a pris l'initiative de créer, le PPRD, se fait fort de le porter seul à la victoire finale, Kabila décide de se présenter en indépendant. L'idée surprend plus d'un. Sous les tropiques, et alors que les stigmates des dictatures demeurent encore vivaces, le Raïs prend de court plus d'un en décidant de se faire porter par une coalition socio-politique. En Occident, pareille démarche ne s'observe généralement qu'après coup, pour constituer une majorité parlementaire à défaut de l'avoir dégagée des urnes.

Force ou faiblesse ? Les analystes objectifs pensent, aujourd'hui encore, qu'il s'agissait-là plutôt de la voie de la raison. Pour un pays aussi déchiré politiquement, économiquement, tribalement, socialement, etc. et exposé à tous les relents de balkanisation ; la démarche prenait tous les contours d'une volonté de rassemblement au-delà de tout calcul politicien et électoraliste.
Et Philippe Futa, alors inscrit au tableau des acteurs les moins connus de la scène politique nationale, est celui qui reçoit la charge de mener les consultations en vue de monter la machine électorale pour 2006.

Ainsi naît l'Alliance de la Majorité présidentielle. Nous sommes le 24 juin 2006. L'événement est de taille et les communicateurs du Raïs d'alors veillent sur tous les détails. L'acte d'engagement de tous les sociétaires de l'AMP (partis politiques comme individualités) est signé au parking du Grand Hôtel Kinshasa, hors des installations publiques conformément à la pratique universelle : toute association politique est, en effet, un fait privé.

A la victoire finale au second tour, l'AMP s'offre une libation, toujours à la brasserie du Grand Hôtel Kinshasa. A l'occasion, André-Philippe Futa retrace l'épopée de la victoire et chute sur une conclusion historique : la victoire que l'AMP vient de remporter en faisant élire Joseph Kabila à la magistrature suprême est un pantoum d'opportunité pour tous ceux qui y ont concouru. Décryptage : tous les acteurs devront se réjouir de cette victoire et s'y identifier, étant donné que, dans la pratique, il ne sera pas possible de récompenser chacun individuellement à travers ce qui est connu dans l'arène politique nationale : le partage du gâteau.

Aujourd'hui, plus de quatre ans après, Dieu sait ce qui aura été fait de cette recommandation de départ : chantages, intrigues, menaces de tous genres auront rythmé la vie institutionnelle nationale, au-delà du cadre privé des alliances politiques. Remaniement ministériel, mises en place au Portefeuille ou dans la petite territoriale, tout y est passé.

Enfin, quatre ans se sont écoulés et, aujourd'hui, il faut retourner auprès du souverain primaire pour rendre compte et solliciter un nouveau bail. Les Congolais sont témoins de la bousculade qui s'observe déjà aux portillons. On s'arrache littéralement Joseph Kabila. Il serait un habit qu'il aurait déjà été en lambeaux. Des supputations ayant résonné à l'Université du cinquantenaire du PPRD à Kisangani ont fait lever les boucliers à Kinshasa. " En face " (côté opposition), on s'est mis à se frotter les mains. Tout devrait pouvoir être possible en 2011, s’est-on dit déjà.

Tout, dites-vous ? Les analystes indépendants considèrent, pourtant, que la tempête qui a soufflé dans la majorité aura plutôt été un mal nécessaire. " Faites le mort et vous saurez qui vous aime ", avance un observateur qui soutient que la rumeur de l'accaparement de Kabila par le seul PPRD pour le deal de 2011 aura été un mal nécessaire.

En effet, si en 2006, il a fallu batailler ferme pour constituer une machine électorale, aujourd'hui, pour 2011, Kabila semble voir se déployer sous ses pieds un tapis rouge. Sans se faire prier, les sociétaires de 2006 renouvellent eux-mêmes leur bail pour 2011. Après le MSR, plus de 10 partis et individualités politiques se sont déjà exprimés pour affirmer leur engagement à soutenir Kabila. La vague devrait se poursuivre pour élargir le champ de la coalition. " ça va devoir être plus pratique, pas nécessairement plus facile, pour 2011", affirme, intéressé, un observateur.

Jusqu'où donc iront les sociétaires actuels de l'AMP en attendant que se déterminent le PALU et l'UDEMO ? Question intéressante : en 2006, ce sont 30 partis politiques et 29 personnalités qui avaient pris l'engagement de porter Kabila à la victoire finale. Aujourd'hui, seuls quelque 7 partis et 8 personnalités ont réaffirmé leur soutien à Joseph Kabila pour 2011, à la faveur de l’université du PPRD. Mais d’ici 2011, il faut parier que l’AMP crèvera le plafond de 2011, à voir la ferveur volontaire et même volontariste des uns et des autres.

Mais pour quelle finalité et quel objectif ? Question intéressante aussi. Chacun ne chercherait-il pas, au-delà des élections, à s'aménager les faveurs de la famille politique pour pouvoir rempiler ? Il faut alors croire que tout le monde pousse Kabila à une candidature «ouverte» pour que le PPRD ou toute autre formation ne puisse pas le «privatiser».

Jonas Eugène Kota/Forum des As


(TN/TH/GW/Yes)