Le processus électoral pourrait subir les contraintes logistiques mais aussi celles liées à la mise en place des institutions judiciaires, c-à-d des tribunaux de paix pour régler les contentieux des élections urbaines, municipales et locales ainsi que la Cour constitutionnelle.
Le président de la Cei a-t-il finalement cédé à la pression sans précédent exercée sur lui par la classe politique ? Pour la première fois depuis le début du bras de fer entre l’abbé de Butembo et la classe politique, le premier vient de baisser la garde. Une brèche inattendue, mais qui en dit long sur l’impact des tirs croisés dont a été victime Malu Malu.
A force d’entendre les gens vous répéter que vous vous êtes trompé, vous finissez par douter de vous-même, en dépit de toute la foi que vous avez en vos actions. Le patron de la Commission électorale indépendante en est arrivé à expérimenter cette réalité.
Le mardi 31 août, jour calme et serein, agité uniquement par l’algarade de quelques partis phares de la majorité, l’abbé Malu Malu a fait effraction dans l’actualité haletante du pays. Pratiquement sur la pointe des pieds, il a déclaré que plusieurs contraintes s’imposent dans le processus électoral de 2011. Il s’agit, a précisé Malu Malu, non seulement des contraintes logistiques mais aussi celles liées à la mise en place des institutions judiciaires.
C’est-à-dire des tribunaux de paix pour régler les contentieux des élections urbaines, municipales et locales ainsi que la Cour constitutionnelle. Sommes-nous en face d’une confession ou d’un aveu d’échec pressenti? Notons, pour notre gouverne, que le président de la Cei n’a pas fait sa déclaration ex nihilo. C’était plutôt à la suite d’une rencontre avec l’unité « gouvernance » du Programme des Nations Unies pour le Développement, Pnud.
Au Pnud justement, on ne fait jamais de politique. On table sur du concret. Sur les chiffres, les données et les évidences.
Dans le contexte de la publication très controversée du chronogramme électoral, le Pnud a-t-il coincé Malu Malu contre le mur des données concrètes et pratiques ? La volte-face timide de ce dernier conforte cette thèse. Les experts des Nations Unies, elles dont le président de la Cei a engagé la crédibilité en publiant son chronogramme électoral, doivent avoir cuisiné l’abbé de Butembo avant de le contraindre à prévenir la classe politique des difficultés qui menacent le futur processus électoral.
La charrue et les bœufs
Que Malu Malu parle aujourd’hui des contraintes après avoir publié son calendrier de manière cavalière, fait sérieusement réfléchir. Comment l’abbé, qui avait juré sur l’honneur des institutions de la République ainsi que sur celle de l’Onu, en rendant son calendrier public, a préféré passer sous silence les contraintes qui s’imposent ? Ne valait-il pas mieux d’évaluer d’abord toutes les contraintes avant d’envisager la publication du calendrier électoral ?
En tout cas, la fronde qui accuse Malu Malu de précipitation et d’usurpation vient de recevoir du caviar. La bipartite Pnud-Cei sonne comme un refus de l’organisation planétaire d’endosser, sans broncher, la profession de foi électorale de Malu Malu. Et c’est toute une indication majeure que la déclaration surprise de ce dernier soit intervenue à l’issue de cette bipartite.
Puisque les contraintes semblent de taille, Malu Malu ne sollicite-t-il pas, subrepticement, une prolongation des délais ? Tout de go il s’en défend et clame : « Personne ne peut demander un délai dérogatoire car il n’y a pas encore péril en la demeure ». De prime abord, l’engagement presque solennel du numéro 1 de la Cei paraît rassurant. Mais placé dans le contexte des pantalonnades politiciennes dont la scène politique congolaise regorge, il n’y a aucun doute à se faire quant à la suite des événements. Pour autant que la publication du calendrier électoral a précédé la révélation des contraintes.
C’est comme dans un restaurant des défis. Lorsque quelqu’un ne mange pas de viande de porc, on commence par lui servir la sauce de viande de porc sans le prévenir au préalable et on lui dit après : puisque vous avez pris la sauce avec délectation, arrêtez de jouer votre comédie. Décidément, l’abbé Malu Malu a piégé la nation congolaise.
Le Palmarès
(TN/Milor/Yes)