Deux de ces Fdlr se trouveraient aux mains de la Monusco qui entend les envoyer dans leurs familles. Pour la Monusco, tout se passerait comme si ces gens ne se reprocheraient de rien. A l’avenir, Kigali qui semble convaincu que ces 26 étaient des Congolais, prévoie de ne plus recevoir des rapatriés que si la liste indique leur village d’origine.

A quelque chose, malheur est bon. Il fallait cette rocambolesque affaire d’évasion de 26 éléments Fdlr pour qu’on ait un éclairage sur la politique des uns et des autres sur le rapatriement de ces rebelles rwandais au Rwanda. Cela surprend tout le monde lorsqu’on sait comment le Rwanda tient à la sécurité. C’est à peine croyable que 26 personnes au centre d’une controverse au sujet de leur nationalité, disparaissent dans la nature sans que l’on s’en rende compte. Kigali n’a eu que le temps de constater leur absence. Il est vrai que ces personnes sont récidivistes. Elles ont posé le même acte en tentant de se sauver du camp de Kisenge, au Katanga où elles avaient été volontairement internées. Mais, ne connaissant rien de la géographie du Katanga, les 26 Fdlr avaient été rattrapées. A leur demande, le Parec avait organisé leur rapatriement au Rwanda.

Des assurances vite démenties

Les autorités rwandaises par Jean Sayinzoga, responsable rwandais du programme de démobilisation et de réintégration, avaient eu des mots justes, mais qui seront démentis plus tard. La solennité de la circonstance obligeant, Jean Sayinzoga avait remercié le Parec " d’avoir rapatrié nos compatriotes ". Et de poursuivre : " Rassurez-vous qu’ils sont entre de bonnes mains. Ils seront logés, nourris, et même blanchis ". Blanchis veut également dire lavés, délayés, nettoyés, décrassés, astiqués... Qu’est-ce qui est arrivé aux 26 qui manquent à l’appel au centre de Mutobo ? Et pourtant, avait encore déclaré Jean Sayinzoga, " Le Rwanda ne représente aucun danger pour les compatriotes qui décident de rentrer volontairement au pays ". Il avait saisi l’occasion pour lancer à tout le monde un appel au retour : " Nous disons aux Rwandais qui vivent à l’étranger et même aux Congolais qui veulent venir habiter au Rwanda, qu’ils sont les bien venus ". Supposons que les 26 étaient des Congolais. Ils n’ont pas été les bienvenus au Rwanda.

Comme si le responsable rwandais en charge du rapatriement lisait dans certaines pensées, il s’est mis en devoir de rassurer tout le monde. " Tout Rwandais qui rentre dans son pays est présumé innocent. Personne ne peut faire objet de poursuites judiciaires au centre de Mutobo ". Rappelons que le centre de Mutobo est situé à 87 Km de Kigali vers la frontière Gisenyi-Goma. On ne saura jamais ce qui est arrivé aux 26 Fdlr officiellement rapatriés dans le lot de 58 autres. Du coup, des doutes se développent quant à l’assurance que les 32 autres ont effectivement regagné leurs collines.

Le doute du pasteur Daniel Mulunda

En dépit des assurances de Kigali, le président de Parec, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda n’était pas moins dubitatif. Dans son point de presse du 20 août 2010, l’homme de Dieu avait insisté sur les actes de sincérité que doivent poser les autorités rwandaises après que le Parec soit retourné en Rdc. Il avait également rassuré Kigali que l’on ne pouvait pas mettre en place des structures en vue de tromper les gens. C’est pourquoi, avait-il renchéri, le Parec ne pouvait faire l’objet d’une manipulation. Daniel Ngoy Mulunda avait salué les conditions d’hébergement. Le pasteur avait promis dans le cadre des mécanismes de suivi, que deux semaines après le rapatriement, le coordonnateur provincial du Parec Nord-Kivu, Issa Balume, se rendrait au centre Mutobo pour se rendre compte des conditions d’hébergement dans ce centre. Dans deux mois, le pasteur devrait rentrer à Mutobo, prendre cinq des rapatriés, les ramener au Congo afin de sensibiliser les autres Fdlr qui hésiteraient encore à se déterminer pour le rapatriement volontaire. Tout cela ne sera plus possible. N’est-ce pas un frein à l’action de sensibilisation pour un retour massif au Rwanda ?

On était loin de la certitude qu’aussitôt le Parec rentré, les choses s’empireraient. Kigali a fait savoir que les 26 Fdlr sur la cinquantaine des rapatriés, n’étaient pas des Rwandais. On s’attendait à ce que les deux pays tirent au clair ce dossier. Il fallait par conséquent que le rapatriés restent au Rwanda en attendant une nouvelle identification. C’est avec étonnement que l’on apprend par des sources rwandaises que les 26 Fdlr se seraient évadées. La nouvelle a été rendue publique par le même Jean Sayinzoga. Les 26 se seraient " évadés progressivement du camp de Mutobo ". Cette nouvelle a fait effet d’une bombe en Rdc où elle a été captée le lundi 30 août. Pas de spéculation lorsqu’on sait qu’elle vient de Jean Sayinzoga, le chef de la commission rwandaise de démobilisation et de réintégration, donc une personne en charge du fameux centre de Mutobo. " A ce jour, pas un seul parmi eux ne reste dans le camp de Mutobo ", a-t-il déclaré. Elles auraient " quitté clandestinement le camp avec des moyens propres ou ceux fournis par leurs membres des familles ou leurs amis ". Ces Congolais auraient-ils de la famille au Rwanda ? A peine arrivées au camp de Mutobo, ces personnes auraient-elles miraculeusement tissé un réseau capable de les soustraire de la vigilance de la très célèbre sécurité rwandaise ?

Deux sur 26 miraculeusement à Goma

Comble d’ironie, sur 26, deux seulement auraient rejoint Goma et seraient entre les mains de la Monusco, particulièrement au camp du DDRRR de cette Mission de l’ONU pour la stabilisation du Congo (Monusco). Elles attendraient selon la décision souveraine de la Monusco à regagner leurs familles. Il faut dire à la Monusco que les choses ne se passeront pas comme ça. Il n’est pas possible que des personnes au centre d’une controverse qui pourrait brouiller les relations entre deux pays, rentrent après ce forfait, vivre dans une prétendue famille. Si la Monusco joue franc jeu, elle doit livrer ces personnes à la justice congolaise. Le rôle de la Monusco, c’est de rapatrier des Rwandais au Rwanda et non de leur fabriquer une famille en Rdc. En outre, on ne peut pas estimer que le dossier des 24 autres Fdlr restées disparues, serait passé par perte et profit. Les deux protégés actuels de la Monusco doivent dire comment ils se sont trouvés sur la liste Fdlr à rapatrier et comment ils se trouvent à Goma alors qu’ils étaient censés se trouver au camp de Mutobo.

Le ton aigre-doux de Kigali

Lorsqu’on sait que le rapatriement des Fdlr ne vient que de commencer, le ton aigre-doux qu’utilise à ce sujet Jean Sayinzoga devient révélateur. Il a ajouté que tout dépend de Parec. C’est comme si la question du retour des Fdlr au Rwanda serait facultative. Le beau vouloir de Kigali n’est même pas sollicité. Ce pays est contraint à accueillir ses citoyens. Pour le Parec, c’est un devoir, une mission divine que de contribuer à cette mission en dépit des tergiversations et de la Monusco et de Kigali. Par conséquent, Kigali est mal placé pour poser des conditions au rapatriement. Car, a ajouté Jean Sayinzoga, " la commission rwandaise sera désormais plus regardante quant à l’identité des personnes à rapatrier ". C’est grave comme déclaration dans la mesure où le chef des opérations de rapatriement et de la réintégration des Rwandais venant de l’extérieur, insinue que le Parec aurait effectivement rapatrié des personnes suspectes. C’est malin lorsqu’on dit en même temps que ces personnes qui devraient témoigner ont disparu dans la nature.

Kigali qui estime que ces Fdlr seraient des Congolais, sera-t-il en mesure de les remettre à la rdc dans le cas où Kinshasa les réclamait ? Car, on ne peut pas attribuer ces individus à la Rdc sans qu’ils en soient présents et en mesure de le témoigner. Comme on le voit, l’évasion supposée n’est nullement une solution au problème. Bien au contraire ! Il préconise qu’à l’avenir, la liste de rapatriés " devra indiquer notamment leurs villages d’origine au Rwanda et l’endroit où ils souhaitent s’établir une fois rentrés dans ce pays ". Cette précaution n’a pas été prise avant de renvoyer les prétendus Congolais en Rdc. Le centre de Mutobo peut-il nous dire si les 26 sont de quels villages congolais. Car rapatriés le 19 août, c’est seulement le 22 de ce mois que Kigali a déclaré la non appartenance de ces 26 à la nation rwandaise. On suppose qu’on avait eu tout le temps de les interroger. Le mystère des " évadés " relance la question Fdlr. Kigali en veut-il vraiment ? On sait que les Fdlr peuvent être plus dangereuses pour le Rwanda au Rwanda que dans la jungle congolaise, mais leur place est au Rwanda à tout prix.

Joachim Diana G./L’Avenir


(TN/Milor/GW/Yes)