Le chef coutumier Luandanda, à la tête du groupement des Bakwa Mushilu « depuis cinq ans », était « absent », le mardi 31 août 2010 dans la salle de réunions du gouvernorat du Kasaï Occidental à Kananga, où le président de la République s’est entretenu avec les autorités traditionnelles de la province.

Le chef Mbwesi Mulendo, sénateur et vice-président de l’Association nationale des autorités traditionnelles du Congo (ANATC), s’est abstenu de répondre à la question de la presse sur l’absence constatée de celui qui a défrayé la chronique nationale avec ses altercations avec le gouverneur de province lesquelles avaient provoqué la mort d’un policier commis à la garde du représentant du chef de l’Etat au Kasaï Occidental.

« L’arrivée du président de la République dans notre province nous a beaucoup soulagés. La première chose, on devrait quand même lui souhaiter la bienvenue. De deux, le remercier de ce qu’il a fait. En ce qui concerne les chutes de Katende, le président nous a confirmé que tout est envoyé. D’ici peu, on va commencer avec les chutes de Katende », a-t-il indiqué, en rapport avec le démarrage – « d’ici à la fin de l’année ou au début de l’année prochaine » – des travaux de construction du barrage hydroélectrique de Katende.

« Nous l’avons remercié pour le pont de Loange, de 440 mètres », a-t-il ajouté, signalant avoir abordé aussi la question de la voie ferrée Ilebo-Kananga et de la réhabilitation des routes.

N’ayant « plus rien à dire », il a refusé de répondre à la question relative au motif de l’absence à Kananga du chef Luandanda. « Il n’aurait pas été invité », ont tenté d’expliquer les personnes interrogées.

Pour l’heure, une commission d’enquête parlementaire, constituée de représentants de neuf groupes parlementaires et conduite par le président de commission PAJ de l’assemblée provinciale, « interroge et écoute» les parties concernées. Aussitôt terminé, son rapport sera débattu en plénière. « On a trop amplifié l’affaire », déplorent certains députés provinciaux.

« Je suis dans ma maison »

Le week-end dernier, le chef Luandanda a accordé une interview téléphonique à une radio de Kananga. « Je suis dans ma maison », a-t-il répondu, indiquant qu’il s’attelait à rappeler au village la population cachée dans la forêt environnante après les incidents meurtriers du 15 août 2010 ayant opposé «sa» population à la garde du gouverneur de province, Trésor Kapuku.

« Il a cherché à me faire entrer par la force dans sa Jeep, ma population a refusé. Voilà tout ce qui s’est passé », a-t-il rapporté sur les faits qui se sont déroulés à Luandanda, à 25 km de Kananga. « Alors en riposte, vous avez également tué le garde du corps du gouverneur. Est-ce que vous n’êtes pas allé au-delà de la sagesse africaine ? », lui a demandé le journaliste. « Moi, je n’ai pas tué, je n’avais pas l’intention même de tuer », s’est-il défendu.

Interrogé sur la situation qui prévaut actuellement dans son village après ces incidents, le chef Luandanda a dit que « les gens sont en train de sortir de la forêt à compte-gouttes. J’ai plus de 30 militaires dans mon groupement, soi disant qu’ils sont venus pour les sécuriser ». « Pour terminer ce problème, moi j’appellerai ma population à sortir de la forêt », a-t-il affirmé. A propos de ce qui l’oppose au chef de l’exécutif provincial, dont des témoignages rapportent qu’il est aussi originaire de ce village, le chef Luandanda a dévoilé qu’on l’« accuse par monsieur le gouverneur » d’être « escroc et voleur ».

« Il dit que j’ai volé l’argent qu’il m’a donné pour construire une maternité, il m’a remis encore (de) l’argent pour construire un marché (et) pour construire une école. Je ne connais rien de tout ce qu’il m’accuse. Moi, je n’y suis pour rien », a-t-il rétorqué. Il n’a reconnu que le projet d’une école qu’il a soumis au Fonds social de la République. « J’ai monté un projet, ils ont financé. Et c’est le Fonds social qui, lui-même, dirigeait le projet. C’est lui qui a construit l’école », a-t-il précisé.

Joseph Kabila à Tshikapa

Sur la question de la procédure administrative qui aurait été mise en branle, le chef Luandanda a dit qu’il n’y avait « aucune lettre. Seulement, il y avait toujours des menaces de part et d’autre ». « Sauf, une lettre qui a été écrite, une décision du bourgmestre de Lukonga soi disant qu’il m’a suspendu. Moi, je ne dois pas parler, je ne dois pas exercer mes fonctions en tant que chef coutumier de mon groupement », a-t-il reconnu.

Pour en savoir plus, les journalistes venus de Kinshasa ont tenté d’obtenir un entretien avec le gouverneur de la province. En vain. « Vous avez écrit le 19 août 2010 un article contre le gouverneur à ce sujet », s’est entendu répondre un journaliste du Forum des As, chargé par ses confrères de solliciter une audience en relation avec l’arrivée du chef de l’Etat à Kananga et la situation générale prévalant au Kasaï Occidental.

Le président Joseph Kabila a quitté la ville de Kananga en début d’après-midi à destination de Tshikapa. Le programme officiel prévoit, sauf changement de dernière minute, l’inauguration du pont jeté sur la rivière Loange. Après les activités programmées, le chef de l’Etat va poursuivre sa tournée d’inspection dans la province du Bandundu, toujours par route.

Angelo Mobateli/Le Potentiel


(TN/TH/GW/Yes)