Quatre jours d’exactions subies par des civils sans que les Casques bleus lèvent le petit doigt. D’aucuns ont assimilé cette passivité de la Monusco à une ignominie dont elle aura du mal à se dédouaner facilement.
Nouveaux cas de viols massifs à l’Est, plus précisément au Nord-Kivu. Le nombre impressionne. Car, les viols portent sur près de 154 civils, femmes et enfants, qui ont eu à subir, pendant plus de quatre jours, des supplices corporels perpétrés par des hommes proches des FDLR et des miliciens Maï-Maï. Les hommes de la Monusco étaient à côté du lieu du drame. Mais, ils n’ont rien entendu. Même pas les cris et pleurs de ces femmes en détresse. Ils n’ont donc rien fait pour prévenir la tragédie. Stupéfaite par cette passivité, la plus haute sphère des Nations unies n’a pas caché son indignation. Une marque de désaveu qui remet totalement en cause la longue présence des troupes des Nations unies en RDC.
Au moins 154 civils ont été violés dans 13 villages le long d’une portion de route de 21 kilomètres du territoire de Banamukira, entre le 30 juillet et le 2 août. Les assaillants ont bloqué la route et empêché les villageois d’atteindre les communications extérieures pour demander de l’aide. De nombreuses maisons ont également été pillées.
Pour ces nouveaux actes de barbarie, c’est dans la plus haute sphère des Nations unies que sont venues les critiques les plus virulentes sur l’inefficacité de la Monusco à remplir sa mission principale, c’est-à-dire la protection des civils.
Pendant quatre jours, des éléments armés Maï-Maï et ceux des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ont attaqué les villageois et violé au moins 154 civils congolais, dont des femmes et des enfants, à Luvungi et ses environs. Or, les troupes de la Monusco étaient postées à quelques encablures du lieu du drame. Quatre jours d’exactions subies par des civils sans que les Casques bleus lèvent le petit doigt. D’aucuns ont assimilé cette passivité de la mission onusienne à une ignominie dont elle aura du mal à se dédouaner facilement.
Réagissant à ce drame, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, n’a pas trouvé des mots pour le décrire. Il s’est dit simplement « scandalisé » par l’étendue des dégâts, s’interrogeant sur ce qu’aurait pu faire la Monusco pour éviter une telle tragédie. Malheureusement, pendant les quatre jours des « opérations », la Monusco n’a rien vu venir. Ses troupes ont affiché une passivité déconcertante.
Stupéfaction
Le patron de la Monusco, l’américain Roger Meece ne pouvait être que désemparé.
« Comme beaucoup, je partage le choc provoqué par cette tragédie », a déploré le représentant spécial du Secrétaire général en RDC, qui s’adressait mercredi dernier à la presse par vidéoconférence lors du point de presse quotidien du Bureau du Porte-parole du Secrétaire général.
Reprenant le déroulement des faits, Roger Meece a indiqué que « des mouvements des FDLR dans cette partie du pays » ont été enregistrés le 31 juillet dernier. « Mais ceci n’avait rien d’inhabituel et ne semblait ressembler à rien qui ait pu laisser penser au lancement d’éventuelles attaques », a-t-il dit. Le 1er août, des informations faisaient mention de nouveaux déplacements des éléments armés Maï-Maï dans la même zone du pays, a ajouté le Représentant spécial du Secrétaire général.
Alors que des troupes de la MONUSCO, qui patrouillent cette zone du pays, s’étaient arrêtées le 2 août à Luvungi, « village où les viols ont été commis », « aucun incident n’avait alors été signalé à la Mission », a indiqué avec regret le Représentant spécial.
Des interrogations
Devant une telle désinvolture, y a-t-il encore de bonnes raisons de croire à la Monusco ? Comme sa devancière, la Monuc, elle a livré des signaux d’inefficacité par rapport à son mandat. Ce qui fait dire à certains analystes que la mutation des forces des Nations unies en RDC n’aura été qu’un effet d’annonce. Sans impact réel sur le terrain des opérations.
De l’observation à la stabilisation, la présence des troupes des Nations unies en RDC, susurre-t-on dans certains milieux, aurait d’autres visées que la seule protection des civils. Décidément, la Monusco aurait des yeux ailleurs que vers les civils qu’elle est censée protéger. Sinon, comment expliquer que des viols d’une si grande ampleur – 154 femmes et enfants – se passent à côté de ses troupes sans que celles-ci ne soient alertées.
Que dire alors de la Résolution créant la Monusco ? Le comportement de la MONUSCO à Luvungi apporte de l’eau au moulin de ceux qui ont toujours désapprouvé sa présence en RDC. La présence des troupes des Nations unies en RDC risque de passer pour un somnifère à l’endroit du Gouvernement. L’empêchant ainsi de voir les réalités et surtout d’affronter courageusement les questions épineuses de pacification et de violation des droits humains.
Le Potentiel
(TN/Yes)