Et le Président sortant de l’ABCA, Jean-Claude Masangu Mulongo, a noté que les performances des pays membres qui ressortent du rapport d’évaluation de la mise en œuvre du Programme de coopération monétaire en Afrique (PCMA) en 2009 contrastent fortement avec celles des années précédentes, caractérisées par une amélioration régulière des indicateurs de convergence.

Et par rapport aux critères de convergence de 1er rang, il constate que la performance des pays affiche une détérioration significative.

Jean-Claude Masangu Mulongo, Président sortant de l’Association des banques centrales d’Afrique (ABCA) vient de céder le tablier à Philippe-Henry Dacoury-Tabley, Gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), pour assurer la présidence pour l’exercice 2010-2011.

C’était le 20 août dernier, au cours de la 34ème réunion de l’ABCA qui s’est tenue à Dakar, capitale du Sénégal. Après un mandat d’une année, le congolais devait, au cours de la réunion du Conseil des Gouverneurs, organe suprême de gouvernance de l’association, faire le bilan du chemin parcouru dans la réalisation des objectifs du Programme de coopération monétaire en Afrique, ainsi que ceux du Comité conjoint Commission de l’Union Africaine et de l’ABCA.

L’adversité de la conjoncture économique internationale pointée du doigt
En effet, le Programme de coopération monétaire en Afrique prévoit la création, à l’horizon 2021, d’une monnaie unique et d’une Banque centrale commune pour toute l’Afrique, et cela à l’issue d’un processus de convergence macroéconomique réussi. Pour ce faire, le respect des quatre critères de convergence de premier rang par au moins 51% des pays membres de l’Association est la condition nécessaire à la concrétisation du projet commun.

« La performance des pays membres qui ressortent du rapport d’évaluation de la mise en œuvre du PCMA en 2009 contrastent fortement avec celles des années précédentes, caractérisées par une amélioration régulière des indicateurs de convergence », indique le Gouverneur de la BCC dans son discours, avant de noter que la performance de nos pays affiche une détérioration significative. Pour lui, cette rupture de tendance est pour l’essentiel due à l’adversité de la conjoncture économique internationale, laquelle a induit le ralentissement du rythme de croissance des économies africaines et a révélé la forte vulnérabilité aux chocs exogènes de nos économies.

Il a aussi souligné que l’année 2009 a constitué une année charnière, ayant servi de passage à la 3ème étape du PCMA, avec des critères de convergence plus contraignants qu’auparavant. Cela a mis certains pays membres dans une mauvaise posture face à la réalisation desdits critères.
Quel rôle pour les Banques centrales ?

En marge de la réunion du Conseil des Gouverneurs, un symposium a été organisé le 19 août dernier sur le thème : « Rôle des banques centrales africaines dans la régulation et la stabilité du système financier », qui a été ouvert par Me Souleymane Ndéné Ndiaye, Premier ministre du Sénégal.

Comme on peut bien le constater, le thème choisi pour ce symposium conserve toute sa pertinence à l’heure de la sortie de la plus grande crise financière après celle de 1929, dont les effets se sont propagés aux systèmes bancaire, financier et économique mondiaux. Le moment était donc propice pour identifier les actions qui auraient dû être menées et qui devraient l’être à l’avenir aussi bien par les banques centrales africaines, que par les régulateurs financiers pour prévenir d’éventuelles crises futures ou en minimiser les effets dévastateurs sur nos économies. Il sied de souligner que le processus d’intégration monétaire en Afrique commande la mise en œuvre des mécanismes de stabilisation qui assurent au système financier un fonctionnement et un développement harmonieux.

Or les aléas de la crise ont mis en relief l’incidence négative de l’instabilité financière sur la croissance de l’activité, sur la stabilité monétaire et le processus de convergence macroéconomique des pays africains qui se trouve être la première étape d’intégration régionale.

De même, Jean-Claude Masangu constate que cette crise financière internationale a placé dans un dilemme certaines banques centrales, car prises dans un arbitrage difficile entre la mission traditionnelle de garant de la stabilité monétaire et celle de promoteur de la stabilité financière.

Pour restaurer cette dernière et sortir de la crise et de la récession qui s’en est suivi, certaines banques centrales ont été obligées d’apporter un soutien massif au secteur financier à travers d’importants apports de liquidités. Elles se sont ainsi retrouvées à l’avant-garde dans la lutte contre la crise financière.

« Les faits décrits ci-dessus prouvent à suffisance la nécessaire simultanéité qui devrait exister dans la poursuite de ces deux objectifs, c’est-à-dire, la recherche de la stabilité monétaire à travers les instruments de politique monétaire concourant à la stabilité financière ; et la promotion de la stabilité financière par le biais des instruments de surveillance micro et macro prudentielle, contribuant à la préservation de la stabilité monétaire », explique-t-il, avant d’ajouter que même si dans certains pays les banques centrales n’ont pas la responsabilité de la supervision du système financier, dans tous les cas, il ne reste pas moins souhaitable qu’il existe une relation forte et une coopération étroite entre les différents intervenants que sont les régulateurs des marchés financiers (agences de notation, auditeurs externes et autres autorités comptables), sur les opérateurs des systèmes de paiement, les banques centrales et les commissions de surveillance des institutions bancaires là où elles existent.

La nécessité de matérialiser la vision des Chefs d’Etat et de Gouvernement africains

Tout juste avant la réunion du Conseil des Gouverneurs, Jean-Claude Masangu a présidé la réunion du bureau de l’ABCA. Ici, il a rappelé que la vision des Chefs d’Etat et de Gouvernement africains suite à la réalisation des critères de convergence de 1er rang par au moins 51% des pays membres est de conduire à l’horizon 2021 à l’intégration monétaire en Afrique avec l’avènement de la monnaie unique et la mise en place d’une Banque centrale commune pour toute l’Afrique.

« Les principaux critères de 1er rang, qui sont le déficit du secteur public, le taux d’inflation et le niveau des réserves de change, ont été affectés par la crise, surtout du fait de la vulnérabilité des économies africaines face aux chocs extérieurs, du ralentissement de la croissance économique mondiale et de la baisse de la demande de nos matières premières ou des investissements directs étrangers », note le n° 1 de la BCC, même si la situation des critères de 2ème rang est globalement satisfaisante en ce qui concerne le taux de change, l’élimination des arriérés de la dette et le financement des investissements par les recettes fiscales. Même s’il est noté des évolutions divergentes quant au respect des autres critères de cette même catégorie.

« Cette évolution mitigée et disparate, loin d’altérer notre élan, devrait imposer de notre part la poursuite des efforts visant l’atteinte des objectifs de convergence escomptés », souligne Jean-Claude Masangu, tout en disant que la croissance attendue pour l’Afrique est de 4,3% cette année, alors qu’elle n’était que de 2,6% en 2009.

L’Avenir


(CL/Yes)