En effet selon des témoignages des habitants de Bandundu, des inconnus cassent des sépulcres pour récupérer des objets de valeur qu’ils revendent, d’autres par contre y construisent même des maisons sans état d’âme.
La construction des maisons dans des cimetières et la profanation des tombes révoltent de nombreuses familles de la ville de Bandundu, qui préfèrent désormais aller enterrer leurs morts dans leurs villages d’origine. Il n’existe plus aujourd’hui de traces de la tombe de Honoré Disasi, chef historique de l’ancien centre extra coutumier de Baningville, l’actuelle ville de Bandundu, capitale de la province du même nom (Nord-Est de Kinshasa). Bimbili, le cimetière dans lequel reposait le corps de ce grand chef, qui a donné son illustre nom, Disasi à l’une des communes de la ville, n’existe plus.
Alors qu’il n’a pas atteint les 50 ans requis selon les normes urbanistiques pour être désaffecté, il a été loti par le service des affaires foncières. «Nous regrettons la spoliation de ce premier cimetière qui était un lieu historique et touristique pour nos enfants», se plaint Edo Mfudi, un natif de la ville. Ngamilele, un autre cimetière, est envahi par de nouveaux occupants qui y construisent des maisons sans état d’âme. Seul reste Nsele, où les tombes sont souvent profanées…
Des inconnus cassent en effet des sépulcres pour récupérer des objets de valeur (cercueil, carreaux…) qu’ils revendent. «Après l’enterrement de notre père, les gardiens de Nsele nous ont appris que son corps gisait après sans cercueil dans la fosse», raconte JT, qui a dû engager de nouvelles dépenses pour enterrer le défunt, prenant soin de bétonner la tombe. A cause de ces pratiques, de plus en plus de citadins vont enterrer leurs morts dans leurs villages d’origine, où, contrairement à la ville, un culte sacré est voué aux défunts et aux lieux où ils reposent pour l’éternité.
Rien ne vaut le respect aux morts
Ce retour aux sources coûte souvent cher. Mais, pour les familles, rien ne vaut le respect et le culte voués aux morts. Selon la fortune dont on dispose, tout est mis à contribution pour leur réserver une demeure plus paisible. Les déplacements vers le village s’effectuent à pieds, à vélo, par pirogue ou en véhicule, selon la distance à parcourir. Ceux qui disposent de plus de moyens louent des véhicules, qui coûtent 2 $ le km.
A cela s’ajoute les frais d’achat du carburant et des lubrifiants, le droit de traverser des rivières par bac (10 litres de carburant, soit 15 $ au prix local) et la taxe à payer à la mairie (10 $). Chauffeur, Adolphe Munganga était du cortège qui a accompagné la dépouille de Hélène Kasieta, la défunte épouse du médecin chef de la zone de santé urbano-rural de Bandundu, pour son enterrement dans le territoire de Bulungu. La famille éplorée de la regrettée, qui a fait des études universitaires, «a préféré enterrer Hélène au village pour que son exemple serve de modèle aux jeunes filles qui n’aiment pas étudier», raconte Adolphe.
Des retrouvailles qui réconcilient
Dans la ville, des mutuelles de solidarité se sont créées pour aider les familles moins nanties qui le désirent à organiser le transfert des dépouilles mortelles. «Nous envoyons un messager vers le premier village pour mettre en alerte les gens afin qu’ils n’aillent pas aux champs et qu’ils fassent à leur tour passer le message au village suivant, jusqu’à destination», explique Dieudonné Tamuzi, de la Solidarité des ressortissants du Groupement Kalakitini, à 80 km de Bandundu.
Pour les citadins qui ont généralement perdu l’habitude de se rendre dans leurs villages d’origine, ces retrouvailles resserrent les liens. Ces relations sont en effet quelquefois encombrées d’appréhensions diverses : les gens de la ville accusent les villageois de sorcellerie et eux-mêmes sont traités d’orgueilleux par les villageois. Malgré les circonstances douloureuses, «nous sommes contents de voir nos frères venir vers nous, ce qui nous réunit autour d’un patrimoine commun», se félicite Ambroise Malekane de Mobimoy, un village au bord de la rivière Kwilu où un corps a été rapatrié par pirogue.
De nombreux citadins retrouvent ainsi des membres de leur famille, de leur clan et de leur lignage qu’ils ne connaissaient pas. Comme Hugo Mankutu, qui est rentré pour la première fois dans sa localité pour les funérailles d’un des siens. «Grâce à un notable du village j’ai retrouvé une tante paternelle et j’ai retracé le lignage de ma mère», se réjouit-il. Avant de retourner chez eux, certains citadins donnent des invitations aux parents pour qu’ils viennent passer des vacances en ville. Des gestes qui font la joie de tous, malgré la douleur de perdre un être cher.
Syfia/Le Potentiel
(HM/PKF)