Au Nord-Kivu, la musique congolaise moderne choque parfois. Aujourd’hui, nombreux sont les artistes qui tentent de revaloriser la musique folklorique traditionnelle en enregistrant des clips vidéo appréciés.

Mais le piratage de leurs titres menace la pérennité de leur métier.

« Je m’occupe d’un orchestre tridi (orchestre folklorique qui utilise des instruments modernes comme la guitare électrique ou le synthétiseur, Ndlr). Ma tâche est de moderniser la musique congolaise traditionnelle, mais aussi de promouvoir et de donner une couleur particulière à la musique du Kivu. Nos compositions s’inspirent du domaine public et de proverbes africains issus du code de la sagesse… ».

Vianney Kazembe musombwa, responsable de l’orchestre Lukimbi  Système, s’occupe de musiciens qui tentent de redorer le blason culturel de  certaines communautés de l’est de la RDC.

Pour cela, les quatre membres du groupe qu’il chaperonne chantent en langues vernaculaires, exécutent des danses traditionnelles, vêtus de peaux de bêtes et enregistrent des clips vidéo accrocheurs qui se vendent comme des petits pains.

Une nouveauté dans le paysage audiovisuel congolais.

A travers ses chansons, Aganze, le chanteur congolais de l’orchestre Nouvelles Dynasties, donne, lui, des conseils aux jeunes mariées.

Il leur enseigne, par exemple, la façon d’encadrer correctement leurs maris ou de vivre en paix avec les voisins.

Discothèques et vendeurs de disques participent à cette revalorisation. Ils installent de gros baffles dans la rue et diffusent les clips vidéos des groupes les plus populaires afin d’attirer les passants.

Les amateurs apprécient : « La musique congolaise se restaure peu à peu à Goma. Ça nous honore. Je suis fier d’acheter de la musique de chez nous, car, elle est à la fois éducative et instructive, estime Michel Byenda, fan de musique congolaise.

Moeurs et coutumes

Désormais, il n y a plus d’événement public sans musique folklorique. Musicien, Tosh Mambu Mulonge explique pourquoi les artistes contemporains ont fait ce choix : « La tradition et la culture commençaient à dégringoler. Nous étions nombreux à penser qu’il était temps de promouvoir et de redonner du tonus à notre musique. Nous no ne devons pas rester des éternels copistes. Surtout de modèles qui avilissent nos mœurs ».

Considérée comme légère, la musique congolaise moderne s’accompagne parfois de cris et de danses obscènes.

Ce qui déplait aux populations du Nord-Kivu qui lui préfèrent la musique et les chansons est africaines dont les rythmes sont plus doux.

Celles-ci véhiculent des messages qui ont trait à la vie de tous les jours. De plus, contrairement aux chansons congolaises, leurs paroles sont en swahili ce qui plait énormément à la population de lest de la RDC majoritairement swahiliphone.

« C’est normal que les gens n’écoutent plus la musique congolaise. Regardez comment les danseuses s’habillent. Ecoutez les cris et les injures que les chanteurs lancent. Il n’y a aucun message éducatif, considère Jacques Ndalutwa, un habitant de Birere, un quartier populaire de Goma.

Les chefs de famille, en particulier, n’hésitent pas  à qualifier de « barbare : « Depuis plusieurs années, déclare Eric Buhendwa, jeune père de famille, j’évite de regarder la télévision avec mes enfants. J’ai honte de la musique qui y est diffusée. Mais lorsque je regarde les clips vidéo d’Aganze, là, il n y a rien qui me gêne. Je suis fier de cet artiste qui chante en mashi (dialecte du Sud-Kivu, Ndlr) ».

Piratage

Bien que l’initiative de ces musiciens soit louée par le public, les compositeurs ne s y retrouvent pas. Leurs oeuvres sont en effet protégés à grande échelle : « Sous d’autres cieux, les artistes sont protégés. Ici, les discothèques sont chaque jour plus nombreuses et elles piratent en dupliquant le travail des artistes, Comment peuvent-ils s’en sortir ? »,  s’interroge Augustin Bilonda, président du fan-club de l’orchestre Stylla International. Les artistes sen plaignent.

Tosh Mambu Mulonge dit se battre bec et ongles pour produire ses chansons et clips vidéo.

Et cela, sans aucun soutien, « ni de l’Etat, ni de personne ».

La Soneca (Société nationale des éditeurs, compositeurs et auteurs, Ndlr), qui est censée protéger les oeuvres créées en RDC, participe d’une façon ou d’une autre à la piraterie puisqu’elle n’inquiète pas les pirates, estime le musicien. En liquidation depuis 2005, la Soneca n’a, en effet, guère été en mesure de faire face à ce phénomène.

Une nouvelle société devrait bientôt voir le jour et permettre de lutter plus efficacement contre le piratage en Rdc.

Le Palmarès


(Milor/BT/PKF)