Comme d'une torpeur, l'Assemblée provinciale de Kinshasa s'est réveillée et s'est secouée les puces pour frapper fort : elle a bouffé du vice-gouverneur. Comme si elle s'est gavée du lion, elle se sentirait même à présent des forces pour dévorer des ministres provinciaux. La gamelle provinciale du collège Boboto attend, en effet, des membres de l'Exécutif. L'assaisonnement serait, d'orès et déjà apprêté et il ne resterait plus qu'un rabattement dans la forêt pour attraper le gibier.

« Tant mieux », se résignent des observateurs qui supposent qu'à une année de la fin de la mandature et mieux valant tard que jamais, les députés provinciaux de la capitale se mettent, enfin, au travail. Là, peut-être s'arrêterait leur maigre consolation, puisqu'il va falloir, le moment venu, faire les comptes et tirer des conclusions avant de retourner aux urnes.
Que proposera-t-on donc au souverain primaire qui a fait confiance à 46 de ses co-régionnaires pour contribuer à ses destinées ?

Qu'on ne se trompe point, la question ne sera pas posée qu'aux membres de l'Exécutif provinciale qui avait la responsabilité première de traduire en réalité les aspirations populaires. Les députés aussi auront à répondre de la responsabilité qui leur incombait de « coacher » l'exécutif d'abord en approuvant son programme d'action, ensuite en assurant le suivi de l'exécution par le contrôle parlementaire et, enfin, en donnant à cet Exécutif les moyens de son action à travers des édits - dont le budget - que l'Assemblée provinciale avait la responsabilité de voter.

Qu'est-ce que l'Assemblée provinciale de Kinshasa aura à proposer comme bilan au terme de son mandat ? Les observateurs font vite le tour de la question et se chagrinent de constater que, dans l'ensemble, ils n'ont pas grand-chose à se mettre sous la dent. Ils se souviennent, par exemple, qu'à leur entrée en fonction, les députés provinciaux se sont vu, avant même de se mettre au travail, gratifier de moyens de locomotion, en plus des émoluments dont la hauteur a grimpé plus vite que les richesses de la province censées en dégager.

Ils se souviennent aussi de la grande chaleur qui a caractérisé, dès le début, les rapports entre l'Exécutif et le parlement provincial. Normal lorsque l'on se rappelle des conditions dans lesquelles l'opposition, pourtant majoritaire à l'Assemblée, a vu échapper l'Exécutif que tout lui rapportait, à commencer par l'arithmétique dans la configuration de l'Assemblée. La tempête enfin calmée, la ville a connu une brève transition dans l'activité parlementaire provinciale après, bien entendu, une période d'errance justifiée par l'absence de locaux pour abriter le parlement provincial.

Puis, plus rien. Où, plutôt, la vie a basculé dans une guerre ouverte contre l'Exécutif provincial autour de plusieurs affaires qui auront produit plus de chaleur que d'actes concrets. La DGRK est-elle mise en place que le Gouvernement provincial est interpellé pour justifier la destination des premières recettes. La patente est-elle lancée que les boucliers se lèvent dans les rangs des députés provinciaux.

Au passage, des ministres provinciaux sont convoqués par l'Assemblée provinciale à travers des motions dont les débats se soldent par des recommandations sous forme d'un règlement à l'amiable. Si donc, les députés ne sont pas au travail, ils se distinguent par un brouhaha autour des arriérés de leurs émoluments, justifiant ainsi de nombreuses plénières buissonnières. Plusieurs sessions ont ainsi été traversées sans travail particulier, sinon des motions-chantages formulées régulièrement à l'endroit de l'Exécutif qui a appris à décoder le message et lui réserver le " feedback " que tout le monde connaît.

Pourtant, ce ne sont pas des dossiers qui manquaient au menu du travail parlementaire. Au fil des sessions, en effet, une très infime portion de députés a eu à monter des dossiers scabreux qui ont régulièrement tourné en eau de boudin, généralement au détriment de leurs auteurs. Le manège dans lequel se distinguait le bureau ayant été éventré, certains députés provinciaux se verront alors dévorés par leurs pairs. C'est le cas du rapporteur qui se fit évincer pour avoir défié le président du bureau. C'est le cas aussi du président de la commission économique et financière qui, las de se voir mettre en minorité par ses pairs, n'a eu d'autre choix que de jeter l'éponge en démissionnant.

Bref, pendant quatre ans, l'Assemblée provinciale de Kinshasa aura, par plusieurs manœuvres dilatoires, amassé des cadavres dans ses tiroirs. Au finish, les Kinois ont nagé dans une nébuleuse qui ne leur permettra plus jamais de savoir ce qui a été fait de leur ville.

Le rempart du Kinois que devaient être ses députés brille tout simplement par une démission injustifiable. Toute initiative de ceux des leurs tendant à interpeller l'Exécutif est mise en minorité.

Très régulièrement, ces questions, dont les dossiers sont déjà ficelés, ne suscitent manifestement aucun intérêt de l'Assemblée provinciale. Très régulièrement, en effet, les plénières connaissent des défauts de quorum pour finir par ne pas être traités.

Les mêmes observations peuvent être faites sur d'autres aspects de la vie provinciale tels que la voirie, la salubrité, la sécurité, l'éclairage public, etc. Les Kinois se sont résolus d’en référer directement à l’Exécutif provincial pour poser des problèmes d’érosion, d’eau ou d’électricité dans leurs quartiers, puisque leurs élus ont, pour la plupart, déserté les communes où ils avaient glané les suffrages qui ont fait d’eux des députés. Les multiples descentes des officiels sur des sites érosifs n’ont presque jamais connu la présence des députés provinciaux, sinon pour profiter de la visibilité de ces officiels et ainsi se dédouaner aux yeux des électeurs.

Le dossier Kulumba étouffé

Et s'il faut en finir par le plus présent des actes de l'Assemblée provinciale qui a évincé le vice-Gouverneur, la question à poser serait : quelle est la catharsis d'une telle décision face au sort de la ville, en général, et de l'avenue Kulumba à Kingabwa, en particulier ? En d'autres termes, quel est le bénéfice que les Kinois tirent avec la chute du vice-Gouverneur ? Puisqu'il s'en est ainsi allé, par quelle voie se manifestera la vérité sur ce dossier, puisque, selon les règles parlementaires, le sujet ne sera plus exploité, du moins pour la session en cours ? Pourquoi les députés provinciaux n'ont-ils pas pensé à contraindre Clément Bafiba jusqu'à ce qu'il se présente afin que se manifeste la vérité?

Que cache donc cette succession d'omissions dans le chef des députés provinciaux qui, dans cette affaire spécifique, n'auront réussi qu'à assouvir leur ego personnel, laissant les Kinois dans la soif de savoir le sort final de l'avenue Kulumba ? Enfin, en choisissant de démettre le vice-Gouverneur pour se venger du lapin qu'il leur avait posé et en sacrifiant la recherche de la vérité, les députés ont démontré là qu'ils ont joué une partition qu'ils n'ont pas écrite et dont la musique a été dansée par quelqu'un d'autre qui n'est certainement pas le commun des Kinois. Les cadavres peuvent beau être enfouis dans les abysses des rivières, ils finissent toujours par émerger. Les députés provinciaux de Kinshasa peuvent se le tenir pour dit…
A suivre.

Jonas Eugène Kota/Forum des As


(HM/TH/GW/Yes)