Depuis que la région a retrouvé une certaine stabilité, des Rwandaises affluent en territoire de Rutshuru (Nord-Kivu) à la recherche d’un travail. Les habitants de cette région frontalière sont aussi gagnants, car ils bénéficient ainsi d’une main-d’oeuvre moins coûteuse. Quelques uns trouvent ainsi aussi une épouse.

Ces derniers mois, des Rwandaises traversent régulièrement la frontière pour se rendre en RD Congo, en territoire de Rutshuru (Nord-Kivu). Elles s’installent souvent dans les groupements de Rugari et Gisigari, qui ont retrouvé une certaine stabilité. Elles arrivent la houe sur l’épaule car elles viennent ici pour cultiver.


« Je cherche celui qui me montrera un champ à labourer. Je pourrais également aider dans des travaux ménagers », déclare Nyirampozembmzi, 30 ans environ, rencontrée sur la route à Rugari avec une dizaine d’autres femmes en provenance de Mutura, au Rwanda.

Chaque semaine, des Rwandaises arrivent dans cette contrée par groupe de dix ou vingt. « Chez nous, il n y a pas assez de terres et on nous demande de cultiver le pyrèthre qui n’est pas une culture vivrière. Nous n’avons pas d’autres moyens de survie. Ma famille n’a qu’un petit lopin de terre, insuffisant pour nous, ajoute une autre femme qui porte un bébé au dos.

Les cultivateurs de Rugari qui leur donnent du travail sont aussi gagnants, car ils bénéficient Ainsi d’une main-d’œuvre mains chère, dans une région où pourtant beaucoup de gens sont au chômage. Dans certaines familles, les Rwandaises sont au en effet nourries et logées, ce qui diminue sensiblement l’argent à leur verser : « Au lieu de leur payer 1.500Fc (1,7)$ par jour, je ne leur donne que la moitié », reconnait Bahati, qui héberge une femme avec sa petite sœur.

Grace aux économies qu’ils réalisent ainsi les agriculteurs font cultiver des surfaces plus importantes. « Souvent, l’argent leur est remis à la fin de leur travail. S’il n y a rien d’autre à faire, elles partent ailleurs pour faire la même besogne, ajoute-t-il. Celles qui ne veulent pas être payées en argent reçoivent des vivres, quelles revendent sur place ou au Rwanda.

Nouvelle vie, nouvelle patrie

Certaines femmes arrivent en RD Congo avec leur seule carte d’identité rwandaise sans passer par les services d’immigration. Moins contrôlées à la frontière que les hommes, elles ne remplissent souvent aucune formalité. Le responsable d’une antenne de la Direction générale de migration explique quelles devraient en principe payer un permis de séjour temporaire mais quelles ne le font quasiment jamais.

La majorité d’entre elles ont à peine trente ans et ne possèdent que les habits qu’elles portent. Les unes déclarent être veuves et les moins âgées disent être célibataires. Une aubaine pour certains hommes de la contrée : « J’ai trouvé cette fille à mon goût. Je l’ai aussi prise en mariage, car je manquais de moyens pour la dot », déclare Buhoro Bashoboye, un jeune habitant de Rugari.

Certaines Rwandaises semblent aussi y trouver leur compte : « Je suis avec mon mari depuis huit mois. Je n’ai pas de problème avec lui. Je me trouve mieux qu’au Rwanda car ici je cultive les champs de mon conjoint », confie Florence, son épouse.

Préposé à l’Etat civil au groupement de Rugari, Barihenuye précise : « Le couple doit déclarer le mariage au bureau de l’Etat civil pour la régularisation ». Interrogée sur son éventuel retour au Rwanda,  Florence affirme : «  La femme n’a pas de frontières ! Nous nous sommes unis pour le meilleur et pour le pire et j’ai déjà choisi le Congo comme partie ».

Syfia/Le Palmarès


(Milor/GMM/PKF)