Un groupe de journalistes a fait le déplacement de Stuttgart en Allemagne, à l’invitation du commandement américain de l’Africom. Pareille occasion ne pouvait donc pas empêcher la presse congolaise de s’intéresser à la vision américaine en Afrique centrale. Qu’en est-il finalement du projet maintes fois évoqué de balkanisation de la RDC. La présence de l’Africom se justifierait-il par rapport à la mise en œuvre de ce plan ? Sans détours, le Général américain, commandant de l’Africom, balaie d’un revers de la main cette hypothèse. « Le gouvernement américain n’a aucune intention de changer les frontières de la RDC », tranche-t-il.

Sur invitation du commandement américain d’Africom, un groupe de journalistes congolais a fait le déplacement à de Stuttgart (Allemagne) pour comprendre les grandes motivations de cette force américaine. Après le mot de bienvenue à la délégation congolaise en fin de séjour, le général Ward, commandant de l’Africom, a estimé avoir passé de bon moment à informer ses hôtes sur le fonctionnement de l’Africom. « Tout le temps passé avec le personnel de l’Africom vous a permis de comprendre ce qu’ils font. L’objectif de l’Africom est d’avoir un bon partenariat avec l’Afrique dans le cadre d’un respect mutuel de la souveraineté de chaque pays. Dans tout ce qu’ils font, ce qui est important est de soutenir le bien-être des peuples africains », s’est résumé le Général Ward.

Par ailleurs, le général a confirmé un « partenariat de longue durée avec l’Afrique », soulignant, pour le cas spécifique de la RDC, que « ce qui se passe à Kisangani, c’est l’exemple de cet engagement ». Son seul souci est que « cet engagement soit profitable au peuple congolais ».

« Votre passage à l’Africom démontre que nous sommes ouverts à ce que nous faisons. Nos engagements à Kisangani sont très ouverts. Nous voulons que cela soit transparent. Ce que l’Africom fait en RDC n’est pas un secret. Ce qu’il espère faire pour l’avenir n’est pas un secret Il souhaite travailler dans la transparence pour que tout le monde soit informé des objectifs et de leurs actions d’avenir. L’Africom veut surtout que leurs actions et celles du gouvernement aillent dans les mêmes sens pour la République Démocratique du Congo », note-t-il.

Plus rassurant, le Général rappelle que « ce que nous faisons va aller dans le même sens que ce que les populations congolaises et le gouvernement souhaitent faire ». Mais, pourquoi l’Amérique s’intéresse-t-elle à la RDC ? La Général ne bronche pas. Sa réponse est sans appel : « Quand les populations congolaises sont en sécurité et vivent en paix, quand ils voient des possibilités d’un avenir meilleur par rapport à ce qu’ils vivent aujourd’hui. Cela est dans l’intérêt général des USA et de la communauté internationale. Pour moi et pour vous, cette situation doit profiter à nos enfants, nos petits-enfants et arrières petits-enfants dans les années avenir. Voila pourquoi, il est important pour moi, ceux qui travaillent au sein de l’Africom et pour les USA de la question de sécurité et de paix ».

Ci-dessous, le jeu des questions et réponses qui a caractérisé cet entretien.
A quelle mission servira le bataillon que l’Africom forme à Kisangani. Ne craignez-vous pas que le bataillon que vous voulez bien professionnel, soit utilisé par le gouvernement pour ses intérêts et contre l’opposition ?

Avant de commencer la formation de ce bataillon, nous avons parlé avec le gouvernement congolais à travers l’ambassade des Etats-Unis en RDC. Nous nous sommes mis d’accord que la formation de ce bataillon a pour objectif de protéger les populations congolaises. Il devrait être un bataillon modèle, professionnel qui pourrait améliorer la stabilité de forces armées congolaises, et surtout un bataillon pour protéger les populations civiles congolaises. Nous estimons que le gouvernement congolais va respecter les engagements qu’il a pris avec nous. Par contre, vous les journalistes vous avez le rôle de vous assurer que cela est le cas. De suivre ce que ce bataillon fait, afin de nous aider à savoir qu’il est utilisé selon les accords signés avec le gouvernement congolais.

Lorsque le projet formation des militaires congolais par l’Africom était annoncé, on pensait que vous alliez déménager une grande partie de vos activités en RDC. Lors de nos entretiens avec la Maire adjointe de la ville de Stuttgart, elle nous informe que l’Africom reste à Stuttgart. Quels sont les grands axes de l’Africom que vous pouvez installer chez nous afin que l’Africom ne soit pas limité à une affaire d’un bataillon ou de deux bataillons ?

J’ai parlé avec la maire adjointe à ce sujet. Nous sommes très bien à Stuttgart et nous avons tout ici. Il faut comprendre qu’à Stuttgart l’Etat-major de l’Africom est là pour planifier les opérations à partir d’ici. Ce qui compte, c’est le travail accompli sur le continent africain en tenant compte de la demande faite par chaque pays africain. Dans le respect mutuel. Nous regardons le niveau des activités, le nombre de soldats pour être sûrs que nous pouvons satisfaire la demande du partenaire africain. Ce travail est réalisé par notre personnel militaire qui se trouve dans nos ambassades dans des pays africains demandeurs.

Quand il y a des manœuvres militaires sur le continent en général et en particulier dans un pays africain donné, nous amenons de nombre de militaires nécessaires pour pouvoir accomplir les objectifs que nous avons fixés par rapport à ces activités. Ce qui est important c’est notre intention de faire cela d’une manière soutenue et à long terme, à garder de bonnes amitiés et des rapports pour que les pays africains puissent compter sur nous surtout en respect des accords militaires. Si nous travaillons ensemble le degré de confiance augmente et nous nous faisons confiance mutuelle. Et nous sommes capables d’atteindre les objectifs que nous avons fixés ensemble.

L’Etat-major de l’Africom se trouve en Allemagne à Stuttgart, et le travail de notre commandement se trouve sur le continent africain et cela qui est important. Que répondez-vous à ceux qui disent que la création de l’Africom a été dictée par les évènements du 11 septembre 2001 ? Est-ce que les attentats qui viennent d’être commis en Ouganda, il y a trois ou quatre semaines, peuvent modifier votre approche par rapport à la sous-région d’Afrique centrale et des Grands Lacs dont la RDC est l’épicentre ?

Merci beaucoup, mon ami, pour la question. La création de l’Africom n’est pas une réponse aux évènements du 11 septembre 2001. Quand j’étais major en 1986-87 au Pentagone, il y avait déjà la discussion sur la géographie des commandements qui étaient établis dans le monde à l’époque. L’idée d’un commandement séparé pour l’Afrique faisait son chemin. Il y a des raisons pour lesquelles la décision n’était pas prise. Ce qui est important est de savoir pourquoi la décision est prise il y a trois ans et demi ? Par rapport aux Etats-Unis, l’importance croissante de l’Afrique dans le monde et le désir des Etats-Unis de bien gérer les activités à travers tous les continents.

Les Etats-Unis ont pris en compte le travail abattu par l’Union africaine à travers le continent, les différentes activités des communautés économiques sous–régionales et leurs désirs d’établir la stabilité et la paix dans les différentes sous-régions. C’est une décision des dirigeants et des peuples africains qui voulaient de plus en plus être responsables de leur propre avenir et le besoin des USA de travailler avec eux. C’est l’importance croissante de l’Afrique au sein de la communauté internationale qui a poussé le département de la défense de réorganiser les commandements en prenant en compte tous les changements sur le plan international. Cela n’est pas une réponse à un seul évènement. Et surtout le désir de voir nos partenaires africains être traités sur le même pied d’égalité avec les autres dans le monde, Amérique du Sud, Pacifique, Asie, Europe….

Il s’agit aussi de faire voir qu’ils ont envie d’avoir leur commandement et ne pas être classé en deuxième ou troisième place. Par conséquent, les demandes et les besoins des pays africains sont traités de la même façon au sein du département de la défense comme celles venant d’autres commandements. Et notre rôle primordial est d’assurer que notre travail avec nos partenaires africains reflète les intérêts des pays africains. Maintenant, ils sont sur le même pied d’égalité que les autres pays parce qu’au lieu d’avoir trois commandements différents qui divisent le continent africain, il y a un seul commandement qui prend en compte ses différents intérêts et désirs.

Quant à la deuxième question, les attentats en Ouganda nous montrent clairement qu’aucune région du monde n’est à l’abri des terroristes capables de commettre les attentats contre les populations civiles. Et notre partenariat avec les pays africains est la meilleure façon d’empêcher des actes terroristes à travers le monde. Nous condamnons ces attentats de l’Ouganda et nous travaillerons davantage pour éviter ce genre d’attentats dans l’avenir. J’ai deux inquiétudes à relever en ce qui concerne l’Africom.

La première concerne la balkanisation de la RDC. Et la deuxième sur le coup d’Etat. Avant l’élection du président Barack Obama, il y a eu aux USA et en Grande-Bretagne toute une littérature selon laquelle la RDC est très vaste et mal gérée. Par conséquent, il fallait la diviser en plusieurs petits pays. Pour justifier la balkanisation de la RDC, on prend le cas de petits pays comme le Rwanda et la Tunisie qui sont bien gérés et prospères. Et la présence de l’Africom à l’Est du pays, notamment à Kisangani nous inquiète. Quant aux coups d’Etat, l’opinion congolaise et africaine estime que si l’Africom organisait les armées africaines et congolaises, il y a risque que les militaires prennent le pouvoir par la force au détriment de la démocratie. Qu’en pensez-vous ?

Merci beaucoup mon ami pour les excellentes questions (phrase prononcée en français). A ma connaissance, le gouvernement américain n’a aucune intention de changer les frontières de la RDC. Bien que ces frontières soient artificielles, l’intérêt des Usa est de respecter ces frontières héritées de la colonisation. La stabilité régionale passe par le respect de ces frontières. Notre espoir est que tous les gouvernements feront tout ce qu’il faut pour assurer le bien-être de leurs populations que ce soit dans les grands ou petits pays. Ça, c’est votre affaire.

En ce qui concerne les coups d’Etat, pour les Etats-Unis tout changement de régime ou d’administration par d’autres moyens non démocratiques que ça soit par coup d’Etat ou autre chose n’est pas acceptable et quelque chose que nous condamnerons. Une partie de tous nos programmes d’enseignement concerne la primauté du pouvoir civil sur le pouvoir militaire. En d’autres termes, les militaires sont subordonnés aux autorités civiles élues démocratiquement. Ils sont là pour servir le peuple. Ils sont là pour être des professionnels et être responsables de leurs actes posés et ils doivent protéger et servir le peuple au tour d’eux. Notre approche est appuyée sur la simple idée que les militaires soient subordonnés aux autorités civiles. Cela se fait à travers la formation et nos relations en montrant l’exemple. Pour nous, c’est quelque chose d’essentiel que les forces armées comprennent qu’elles sont subordonnées aux autorités civiles élues démocratiquement.

Freddy Mulumba Kabuayi/Le Potentiel


(TN/TH/GW/Yes)