Né le 23 décembre 1932 et de sept ans l’aîné de Luambo Makiadi Franco, Longomba Victor dit Vicky quoique chantre à l’église avec son ami Kabasele Joseph ne se destinait pas à la musique.

Après ses études, Longomba commença sa vie professionnelle comme aide ­comptable chez Immo Congo, une société immobilière.

Il sera plus tard engagé chez Shell qu’il quittera par la suite pour le garage Ducant Smith. Lui, le « clerc » -pour reprendre le terme désignant alors un bureaucrate -, n’aime pas les musiciens. Il les regarde d’en haut.

C’est ainsi que, quand il est embauché en 1953 aux éditions CFA et doit faire office d’agent payeur des musiciens après les enregistrements, Longomba garde encore ses distance vis-à-vis des disciples d’Orphée, qu’ il côtoie cependant dans le cadre de son travail.

Comme si le virus de la musique qui sommeillait en lui était le plus fort, Longomba a été amené à intervenir au cours d’un enregistrement pour corriger une mélodie. A la surprise de certains.

Mais, Kabasele Joseph révéla au patron des éditions CFA et de la maison Loningisa, Papa Dimitriou, que Longomba Victor était un bon chanteur mais, qui ne voulait pas se montrer comme tel.

Le sort en était, dès lors, jeté. « Eye mabe » sera la première oeuvre à l’enregistrement de laquelle Vicky Longomba participera.

C’est à cette époque que Longomba fait la connaissance des musiciens comme Lando Rossignol, Essous Jean -Serge, Edo Nganga, Lubelo De la Lune, Kouka Célestin de la maison Loningisa, avec lesquels il se retrouvera au sein de l’OK Jazz, orchestre crée le 6 juin 1956.

Pour ses aptitudes sur le plan administratif, Vicky Longomba prendra la présidence de l’OK Jazz. C’est à ce titre qu’un politicien le contactera pour aller jouer à la Table Ronde politique à Bruxelles.

Alors que l’accord de principe de Papa Dimitriou avait été acquis, Un malentendu surviendra, au centre duquel se trouvera Luambo Makiadi Franco. Ce dernier est promu et gratifie par le Grec d’avantages comme une maison sur l’avenue Charles De Gaulle (actuelle avenue du Commerce) retirée à Vicky.

Quant à lui, Longomba écope d’une mise à pied et perd son poste de président. D’autre part, les musiciens de l’OK Jazz sont interdits de voyage pour la Belgique à la Table Ronde. L’épisode permettra à ce dernier de composer en Belgique la chanson «  Naweli boboto » puis, le titre « Sentiment emonani » avec l’African Jazz.

Pour honorer son contrat, Vicky se tourne vers Kabasele Joseph dit Kalle Jeef, patron de l’African Jazz alors en délicatesse avec Docteur Nico Kasanda et Déchaud Muamba, frère du précité, tous guitaristes de première force.

Kallé Jeef accepte de faire le voyage avec Vicky Longomba, qu’il charge de convaincre Nico et Déchaud.

Ce sera fait. A ce groupe se joindront d’autres musiciens tel que Roger Izeidi.

Au retour de la Table Ronde, Kalle Jeef fait le rappel de ses musiciens et relance l’African Jazz avec les Nico et autres Déchaud Muamba.

Pour sa part, Longomba fonde l’orchestre Negro Succès, dont la direction sera laissée au guitariste Bombolo Bolhen lui-­même ancien de l’OK Jazz.

Sur recommandation de Luambo, Negro Succès accueillera Siongo Bavon Marie-Marie, jeune frère de Franco avec lequel l’orchestre sera au faite de son succès.

Entre-temps, au terme des négociations, Vicky Longomba regagnera l’OK Jazz et retrouvera ainsi Franco, son associé aux éditions « Boma bango » et « Epanza makita ».

En même temps que se consolidait la complicité Franco-Vicky, la voix de ce dernier deviendra emblématique pour l’OK Jazz autant que la guitare de Luambo.

Longomba sortira plusieurs chansons avec l’oK Jazz, parmi lesquelles des tubes comme «  Louise oboyi frigo », « Chéri Lovy », « Est-ce que oyebi ? » et d’autres encore. Tout paraît rose entre Luambo et Longomba.

En réalité, les relations entre le guitariste et le chanteur sont quelques fois soumises à des soubresauts. En témoigne, la chanson « Dit Tonton ».

« Le Sage », conciliant

Dans ce succès qu’est ce titre, Vicky recourt à l’image du champ et de la rose. Le champ étant l’OK Jazz et la rose, le fruit généré par cet orchestre, que Franco (Il n’est pas cité nommément dans la chanson) se préparait à prendre à son seul profit, déplore Longomba.

Qui décrie par ailleurs des influences obscures qui amèneraient son associé à vendre dans l’ombre le fruit commun » à  « chercher à rompre avec lui, oubliant la « croix » que lui Vicky a portée au sein de l’entreprise.

Tout en fustigeant l’attitude de son associé, Longomba se montre conciliant et dénonce le colportage :  « J’apprends que j’aurais médit de toi. Mais, auprès de qui ? S’interroge Vicky dans  « Dit Tonton ». Longomba et Luambo poursuivront néanmoins leur carrière au sein de l’OK Jazz.

La séparation à l’amiable

1970. Au cours des élections générales dans le pays, Luambo Franco, seul à la tête de l’OK Jazz, bat campagne pour la réélection du Président Mobutu candidat unique à sa propre succession. Vicky Longomba se trouve à l’étranger.

Après les élections, Franco est grassement rétribué par le Président Mobutu. Rentré au pays, Longomba réclame sa part en tant qu’associé. Luambo ne l’entend pas de cette oreille. C’est la rupture.

Franco offre à Vicky de choisir les musiciens de l’OK Jazz qu’il souhaite prendre avec lui. Lutumba Simaro, que pointe Longomba, préfère rester aux côtés de Luambo, qui a par ailleurs promis de mettre un matériel de musique à son désormais ex- associé.

C’est alors que Vicky s’en ira créer le groupe Lovy du Zaïre, au sein duquel évolueront des chanteurs comme Samy Bumba Massa, Flamy...

Montrant un grand attachement à ses relations et à son amitié envers Luambo Makiadi, Vicky composera alors la chanson « Conseil d’ami », dans laquelle il met son jeune frère Franco en garde contre les sirènes de la division.

«Il sied que les gens nous revolent en parfaite harmonie comme au bon vieux temps. Moi, ton aîné, je ne supporte pas de vivre en inimitié, c’est une grande honte ».

Tout de bonnes paroles et de sagesse, « Conseil d’ami » est une véritable hymne à l’amitié et à l’humilité. A enseigner à la jeune génération de la musique congolaise...

Le même appel à l’amitié, à la concorde et à l’unité, Vicky Longomba le renouvelle à l’endroit de toute la communauté musicale congolaise à travers la chanson «  Invocation ».

Après un passage  à vide, la mort a surpris Vicky Longomba Besange Lokuli « Le Sage » le 12 mars 1988 le chanteur a été un des tout meilleurs qu’ait connus la musique congolaise et la sagesse l’aura beaucoup caractérisé.

Discographie

L’oeuvre de Vicky Longomba est abondante mais, nous n’en reproduisons ici qu’un échantillon à travers les titres ci-dessous :

 

  • Naweli boboto
  • Louise oboyi frigo
  • Joséta moke
  • Nazangi tata
  • Tete, ngelele ebuki ngai
  • ChériLovy
  • Oyangani ngai po ya kimbundi
  • Dit Tonton
  • Zuani naweli kitayele
  • Coco babengi ngai poison
  • Kathy modude
  • Emilie, ngai mobali natelemi
  • Mbanda akamui
  • Nazali certain na l’amour na gai
  • Yeba namekaki komeka
  • Mibali baye rare
  • Mado ya sango
  • Nakolela mama azonga
  • En mémoire de Bavon
  • Ngai na boyaki yo te
  • Ye songi songi ezai ka na galons
  • Béa
  • Eulalie muana mandona
  • Conseil d’ami
  • Invocation
  • Emeda
  • Antoini


Kale Ntondo/Visa


(Tkm/BT/PKF)