Le chroniqueur Omer Nsongo devenu familier du site digitalcongo.net pour ses analyses que certains milieux de l’espace politique de l’opposition trouvent agaçants saisit ici une opportunité de rétorquer aux critiques lui signifiés par un perspicace internaute auquel il répond
L’article intitulé « Le Président Kabila avance avec son régime, et vous ? » a énervé un internaute qui n’a pas trouvé mieux que de me qualifier de « vuvuzuela » ! J’y ai répondu par l’expression lingala « mawa » et kikongo « kiadi ». Ce qui signifie « C’est triste ! ». Cette réaction m’a valu une autre remontrance de la part d’un autre internaute qui m’a fait le reproche de n’avoir pas répondu à l’une des questions soulevées : le coût des festivités du Cinquantenaire ! Comme si le sujet de mon papier portait sur le financement des festivités !
Tout internaute serein aura au moins saisi le sens véritable de l’article. J’ai visé les échéances électorales car 2011, ce n’est pas après-demain ; c’est demain déjà. Dans quasiment une année...
En fait, au travers de cet article, j’ai appelé clairement l’acteur politique congolais à se préparer en conséquence étant donné qu’il n’est un secret pour personne qu’en alignant des résultats visibles dont l’atteinte du Point d’achèvement de l’I-PPTE, les équipements lourds des Fardc et les équipements pour le processus électoral (trois sujets abordés dans l’article), Joseph Kabila conforte sa position pour rempiler ; la Constitution de 2006 ne le lui interdit pas.
Or, pendant que le Chef de l’Etat ménage sa monture pour aller loin, tout le monde constate que l’Udps – qui se fait passer pour le parti pilote de l’Opposition toutes tendances confondues – est non pas qu’en désaccord avec l’initiative d’un front commun, mais en plus avec elle-même ! Ceux qui ont suivi l’interview accordée par Jacques Matanda à Rtvs le samedi 24 juillet ont entendu ce dernier déclarer l’existence des trois candidatures pour la présidentielle 2011 : la sienne et celles des Tshisekedi père et fils ! Ceci pour l’Opposition qui accepte enfin de s’impliquer dans les élections.
Pour avoir, quant à elle, mis beaucoup plus haut qu’il n’en fallait la barre avec son discours sur la congolité – limité à la contestation des origines congolaises de Joseph Kabila - une certaine Opposition extérieure a du mal à se déterminer. Faisant feu de tout bois, même des brindilles, elle ne peut pas engager la responsabilité du Chef de l’Etat dans le désordre fragilisant le camp opposé.
Relevons déjà ce fait quasiment insolite : la loi n°07/008 portant statut de l’Opposition politique en RDC n’émane pas de l’Opposition institutionnelle, encore moins de l’Opposition non institutionnelle, comme d’aucuns seraient tentés de le croire. Elle a été initiée par le Gouvernement issu des élections de 2006 ! De un. De deux, promulguée le 4 décembre 2007, elle prévoit un poste de porte-parole. Or, voici bientôt trois ans que l’Opposition peine à désigner son leader ! Là encore, personne ne pourra impliquer Joseph Kabila et son régime dans sa non application !
A son article 1, cette loi dispose, notamment, que l’Opposition « vise à maintenir le débat politique dans les limites de la légalité et du respect réciproque et à assurer une alternance politique démocratique » et qu’« Elle a pour but de consolider la démocratie pluraliste et de favoriser la participation de l’ensemble des forces politiques au renforcement de la conscience nationale et à l’éducation civique ». L’article 3 est ainsi libellé : « Les partis politiques et les regroupements politiques dans les Assemblées délibérantes font une déclaration d’appartenance à la Majorité ou à l’Opposition politique, auprès des Bureaux respectifs de l’Assemblée nationale, du Sénat, de l’Assemblée provinciale, des Conseils de ville, municipal, de secteur ou de chefferie ».
L’article 19 dit clairement que « Sans qu’il ne soit nécessairement parlementaire, le Porte-parole de l’Opposition politique est désigné par consensus, à défaut, par vote au scrutin majoritaire à deux tours, dans le mois qui suit l’investiture du Gouvernement, par les Députés nationaux et les Sénateurs, membres de l’Opposition politique, déclarés conformément à l’article 3 de la présente Loi. Les Députés et les Sénateurs de l’Opposition politique se réunissent, à cet effet, sous la facilitation conjointe des Bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat, à la demande écrite de tout groupe parlementaire ou politique de l’Opposition politique, selon le cas ».
Aurais-je eu tort d’attirer l’attention de l’Opposition sur les risques non pas de son implosion ou de son explosion (les dégâts étant les mêmes !), mais simplement de son désordre résultant de la non application de la loi dont question ? Puisque c’est cela qui dérange, alors qu’on m’en excuse…
Les élections de 2011 ont ceci de significatif qu’elles viennent consolider davantage le deuxième pas de la démocratie, après le premier posé en 2006. Résultat prévisible : le discours sur la congolité ou le discours sur l’exclusion n’aura plus d’attrait sous la 2ème législature ou mandature !
Débat de bas étage.
Ceci dit, j’en viens aux « 5 Chantiers », principalement aux infrastructures de base dont, en priorité, les routes. Sur le Net, un débat suscité autour de la voirie urbaine continue d’attiser la tension. Certains en avancent le coût en termes de centaines de millions de dollars; d’autres se gaussent de la largeur des artères réhabilitées ou modernisées !
Au sujet du coût, les debaters ont tout intérêt à relire les déclarations officielles du Fmi et de la Banque mondiale pour le Point d’Achèvement de l’I-PPTE. Ces institutions reconnaissent à l’unanimité que les autorités ont rigoureusement observé la discipline budgétaire ! Ce qui revient à dire que s’il y avait eu exagération ou débordement dans la gestion du budget 2010, la RDC serait recalée. J’y reviendrais dans une analyse beaucoup plus élaborée.
S’agissant de la largeur des artères réhabilitées ou modernisées, je constate seulement que ceux des debaters qui en font un problème vivent pour la plupart en Amérique du Nord, en Europe occidentale et en Extrême-Orient. Quand ils parlent route, ils voient tout en boulevard ou en autoroute. Or, au Congo, ce qui importe aujourd’hui, c’est la praticabilité des chaussées.
En prenant le cas de Kinshasa, il est bon de rappeler à ceux qui l’auront oublié que le dernier revêtement intégral de la voirie remonte à l’année 1967, en prévision de la tenue du sommet de l’Ua, à l’époque Oua. En 1990, en prévision du sommet « France-Afrique », des travaux de réhabilitation lancés avaient été vite stoppés à la suite de la campagne de boycott de ces assises. Le souvenir qui en reste, c’est le tronçon bétonné Victoire/Force publique sur l’avenue Kasa-Vubu et le tronçon tout aussi bétonné avenue Kasa-Vubu/rond-point Huileries sur l’avenue Kalembe-Lembe. Depuis, on s’est limité aux fameux « points à temps ».
On se souviendra que même le financement par l’Union européenne de la réhabilitation intégrale de l’avenue Kasa-Vubu, de la Place commerciale Kitambo à l’hôtel des Postes, avait été boycotté en 2001 ! Je souligne en passant que le financement, par le Gouvernement, de quelques tronçons de la voirie urbaine a connu des ratages retentissants pour lesquels certains adjudicataires ont été mis aux arrêts. C’est donc 33 ans après que la voirie est en train d’être refaite totalement ! Ou, 33 ans !
Si j’ajoute à cela les tronçons Kinshasa-Kikwit et Kinshasa-Matadi sur la Nationale n°1, j’en déduis que l’important se limite à la facilité de circulation. Le paysan de Gungu (dans le Bandundu) ou l’importateur de Boma (dans le Bas-Congo) trouve son compte lorsque sa marchandise arrive à temps à destination et, en plus, à temps. La largeur de la route, c’est le cadet de ses soucis.
Au « vuvuzuela du négativisme indélébile », je pose alors cette question pratique : est-il fâché après Joseph Kabila parce que le taxi-bus ou le taxi qu’il a acheté avec le « mangoya » circule maintenant sur des boulevards du 30 juin et Triomphal bien tracés, ou sur les avenues Komoriko ou Kimbondo bien retapées, et bientôt sur les avenues du Tourisme et de l’Ecole bien refaites ? Au moins, pour une fois, il peut être sûr que son chauffeur ou son gérant ne va plus prétexter de pannes fréquentes pour justifier le non ou le mauvais renvoi des recettes !
Symbolique forte : Palais du Peuple.
C’est juste une image pour rappeler une évidence historique : les réalisations avant-gardistes ont toujours été boudées par certains contemporains depuis que le monde est monde ! La construction des Pyramides en Egypte, de la Tour Effeil ou des Champs Elysées en France, de Manneken Pise en Belgique ou de la Statue de Liberté en Amérique avait ses contestataires ! Il en est de même, pour faire Congo-Zaïre, de l’érection du Palais du Peuple, du Stade des Martyrs, du barrage hydroélectrique d’Inga sous Mobutu !
Dans cet ordre d’idées, il est normal, mais alors tout à fait normal que la modernisation des Bds du 30 juin, Lumumba, Sendwe et Triomphal, tout comme l’aménagement des monuments et des mausolées dédiés à Joseph Kasa-Vubu et Laurent-Désiré Kabila, du monument dédié à Lumumba ainsi que des esplanades du Palais du Peuple et de la Gare centrale sous Kabila ne soient pas du goût de tout le monde !
Je trouve cependant, personnellement, une symbolique forte au niveau du Palais du Peuple, symbolique qui appelle méditation : sous Mobutu, les Chinois avaient érigé cet imposant bâtiment. Et voici que sous Kabila Joseph, les mêmes Chinois sont en train d’ériger une imposante esplanade ! Sans blasphémer, cette symbolique nous renvoie à l’apôtre Paul lorsqu’il déclare en 1 Corinthiens 3 : 6 : « J’ai planté, Appolos a arrosé, mais Dieu fait croître » ! En définitive, c’est le peuple congolais, indistinctement, qui gagne de la rencontre dynamique « Kabila-Mobutu » ! Ce même peuple qui se prépare à élire pour la deuxième fois ses dirigeants.
Tout décaper et tout supprimer.
La veille du 30 juin, précisément le 12 juin 2010, alors que je me rendais au stade des Martyrs pour un culte de mon église, j’ai été interpellé par la réflexion d’un jeune homme d’une vingtaine d’années trouvé devant le Bd Triomphal. Il a textuellement dit ceci : « On est libre de haïr quelqu’un ; mais on ne peut pas haïr toute bonne œuvre qu’il fait pour le pays » ! Je n’ai pas cherché à l’identifier, mais je me suis juré d’évoquer à la première occasion ce propos plein de sagesse.
Ceci m’amène à redire au « vuvuzuela du négativisme indélébile » que le jour où il prendra le pouvoir, il ne va libérer véritablement le Congo qu’en faisant décaper les boulevards, les avenues, les esplanades, les écoles, les centres médicaux, les centrales électriques, les logements etc. construits dans le cadre des « 5 Chantiers » et, en plus, en faisant supprimer les emplois créés dans le même contexte ! Bref, il va devoir ramener le Congo au 17 mai 1997 !
Beau thème de campagne pour 2011 ou 2016...
Puisse, sincèrement, l’Eternel Dieu nous prêter tous vie pour nous permettre d’assister au « tsunami » qui en adviendra ! Heureusement pour ce « vuvuzuela » et pour son « savant » qu’ils ont conscience de ne jamais y toucher. Et c’est parce que cela est évident qu’ils s’agitent maintenant lorsqu’ils entendent Joseph Kabila persister et signer : les élections de 2011 auront lieu dans les délais constitutionnels !
A la différence de l’Udps qui se rattrape en enjoignant ses militants de se faire enrôler, le « vuvuzuela du négativisme indélébile » et son leader s’arrachent les cheveux en ne sachant à quels militants s’adresser pour en faire autant. Alors, commencent-ils la « Grande Diversion » en tirant sur tout ce qui bouche dans le sens opposé à leur combat d’arrière-garde, un combat se révélant suicidaire…
Temps passé à menacer…
Autant dire la quadrature du cercle ! Pour s’en rendre compte, il suffit de réfléchir à cette « énigme » : hier au pouvoir, le « savant-leader-libérateur » passait tout son temps à menacer ceux qui ne pensaient pas comme Mobutu ! Il les poussait à l’exil ou à la « relégation », sinon au silence. Aujourd’hui à l’opposition (sic !), devenu exilé, il passe désormais tout son temps à menacer ceux qui, restés au pays, ne pensent pas comme lui ! Ainsi, il a déjà consacré plus de 30 ans de sa vie à traquer, traquer et traquer les contestataires de sa pensée « unique et inique ».
Question pertinente : qui alors de Mobutu et du « savant-leader-libérateur » alimentait qui en techniques et en tactiques de dictature ? Le « vuvuzuela du négativisme indélébile » va probablement nous aider à résoudre cette énigme !
Omer Nsongo die Lema
(DN/Yes)