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Les dangers qui menaçaient notre culture étaient réels, qu’il s’agisse de la perpétuation des normes et des modèles étrangers, sur le plan moral, spirituel, esthétique, philosophique, ou qu’il s’agisse des schémas de pensée dans le domaine des institutions et de la politique.

Sous la domination coloniale, les pays africains se sont trouvés dans la même situation politique, économique, sociale et culturelle.

L’entreprise de domination sur le plan culturel a entraîné la dépersonnalisation d’une partie des peuples africains, falsifié leur histoire, très souvent dénigré et combattu les valeurs religieuses et morales, tenté de remplacer progressivement et officiellement leur langue par celle du colonisateur, afin de les dévitaliser.


De ce fait, au niveau de la masse, la culture africaine freinée dans son développement, a trouvé refuge dans sa langue, dans ses mœurs, chants, danses, croyances… Malgré son amoindrissement, elle s’est révélée un rempart face à l’intrusion coloniale et a contribué, ainsi, à la pérennité de l’âme africaine.

La colonisation a favorisé la formation d’une élite culturelle passée par le moule de l’assimilation, qui a accédé à la culture coloniale, pour ensuite la soutenir et lui servir souvent de caution.

Une rupture s’est alors produite entre l’élite africaine et les masses populaires. Seule l’adhésion aux concepts de liberté, d’indépendance, de nation, a permis de situer le conflit dans son contexte réel.

Le dépassement de la dualité culturelle a été possible avec les mouvements de libération, les guerres d’indépendance et l’opposition ferme et irréductible à l’asservissement colonial.

Le combat de l’Afrique a fourni les cadres à la fois matériels et spirituels à l’intérieur desquels la culture africaine pouvait s’épanouir prouvant, ainsi, l’interaction dialectique naturelle entre les luttes de libération nationale et la culture.

Pour les pays africains qui se sont libérés ou pour ceux qui sont restés en conflit armé avec les puissances coloniales, la culture a été et est demeurée une arme de combat.

Dans tous les cas, les luttes armées de libération ont été et sont restées, par excellence, des actes culturels. L’expérience des mouvements de libération a démontré que l’intégration des intellectuels au sein des masses populaires a conféré la plus grande authenticité à leurs œuvres et a dynamisé, par-là même, la culture africaine.

L’accession à l’indépendance véritable, comme les luttes armées en cours à cette époque, ont permis une renaissance culturelle. Le combat libérateur, sous toutes ses formes, est apparu logiquement comme une constante de l’africanité.

Celle-ci a été une réalité essentiellement fondée sur des hommes issus d’une même terre, vivant sur le même continent voués inéluctablement de par le processus nécessaire de décolonisation à tous les niveaux et de libération globale, au même destin, malgré les particularités régionales ou nationales.

Parce qu’elle était liée au même combat, parce qu’elle était facteur de libéralisation nationale, continentale, parce qu’en définitive elle a été le ressort premier et final de l’homme et que, seule, elle était susceptible de constituer le premier fonds de résistance aux menaces qui pesaient sur l’Afrique, cette africanité a été dépassement du cadre national et régional.

Le front de la culture se devait de succéder au front de la résistance

Les nécessités de l’Afrique, à l’époque, exigeaient, de la part de l’artiste et de l’intellectuel, un engagement ferme à l’égard des principes fondamentaux et des aspirations libératrices de l’homme africain.

Ce nouvel acte culturel devait se situer au centre du nouveau combat par l’authenticité et le développement des valeurs africaines.

La politique culturelle du néo-colonialisme a imposé une critique objective et concrète de notre situation culturelle présente à l’époque.

L’analyse des aspects encore négatifs de cette situation a amené le néocolonialisme à concevoir une forme d’action concertée nouvelle qui, si elle n’était plus violente, n’en était pas moins néfaste et dangereuse, parce qu’insidieuse.

Les dangers qui menaçaient notre culture étaient réels, qu’il s’agisse de la perpétuation des normes et des modèles étrangers, sur le plan moral, spirituel, esthétique, philosophique, ou qu’il s’agisse des schémas de pensée dans le domaine des institutions et de la politique.

Le front de la culture se devait donc de succéder au front de la résistance, car la culture restait la force vive essentielle de la nation, la sauvegarde de notre existence et l’ultime réserve de notre lutte.

Ainsi, seule l’africanité pourrait être le germe d’une résurrection et d’un nouveau départ pour un humanisme universel et en procéderait. Nos artistes, écrivains et intellectuels devaient, s’ils voulaient être au service de l’Afrique, s’en inspirer.

L’indépendance totale était la condition première de l’épanouissement de la culture au service des masses populaires.

Clément Ossinonde Afric’Echos Magazine


(TH/BT/PKF)



Last edited: 26/07/2010 14:55:42

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