En Rdc, les mesures, même les plus salutaires aux yeux de l’opinion, deviennent rapidement des slogans creux. Car, l’exécution s’embourbe souvent dans la routine des sentiers battus. Conséquence, on tombe dans la banalisation. La mesure devient un gagne-pain, une tracasserie au profit de ceux sur qui le gouvernement repose l’espoir de son exécution. Il ne fallait pas que la " tolérance zéro " devienne un slogan au point de tomber elle aussi, si pas dans la banalisation, mais dans le règlement des comptes. C’est pour que " la tolérance zéro " devienne une seconde nature et une habitude pour les Congolais et qu’elle s’ancre dans l’agir quotidien de ceux qui en ont l’exécution, que le Chef de l’Etat a eu une réunion à la Cité de l’Ua dans la matinée d’hier vendredi 23 juillet 2010 avec le Premier ministre.

Enfoncer le clou

Il fallait une suite à cette rencontre de la Cité de l’Ua. C’est en effet, pour la première fois que Joseph Kabila a tenu l’évaluation de " la tolérance zéro ". Cela traduit l’importance qu’il accorde à cette politique dont la finalité est de faire de la Rdc un pays qui respecte les droits de tout le monde quel que soit son rang social. Ces réunions marathons sont-elles gratuites ?

La réunion de la Cité de l’Ua a eu lieu dans la matinée d’hier vendredi et aussitôt après, le chef du gouvernement était obligé d’enfoncer le clou en prolongeant l’évaluation de la Cité de l’Ua à la primature. L’application de la " tolérance zéro " n’a jamais, dans le passé, fait l’objet d’une double réunion en une journée. C’est la preuve que la réunion présidée personnellement par le Chef de l’Etat doit être arrivée à des conclusions qui ont motivé la réunion à l’Hôtel du gouvernement entre le Premier ministre et les acteurs de la " Tolérance zéro ". C’était l’occasion pour le chef du gouvernement de " re huiler " la machine avant de la relancer sur le terrain.

Huiler la machine

La rencontre entre le Premier Ministre Adolphe Muzito vendredi 23 juillet 2010 en début d’après-midi à l’Hôtel du Gouvernement, réunissait les différents responsables de services de sécurité civile et militaire, le Procureur Général de la République et le Premier Président de la Cour Suprême de Justice. Il était question pour le Premier ministre de rappeler les instructions du Chef de l’Etat et de tout le gouvernement sur la politique de la " tolérance zéro ". Ces instructions concernent tout le monde sur toute l’étendue du territoire national. Au sortir de l’audience, même si le ministre de la Justice, personne clé dans l’application de cette politique, s’est voulu laconique, on sait que de grandes mesures sont en perspective. Il va de soi que cette réunion était l’occasion d’épingler certains cas précis qui nécessitaient l’intervention des structures de " la tolérance zéro ".

Répondant aux questions de la presse à l’issue de la réunion, le ministre de la Justice et des Droits humains, Emmanuel-Symphorien Luzolo Bambi, a fait savoir qu’il était question de rappeler la nécessité d’appliquer de manière intégrale les mesures de sécurité contre les activités criminelles. Ces mesures concernent entre autres, les crimes et les tracasseries de tout genre ainsi que leurs auteurs. Le gouvernement, à en croire le ministre de la Justice et Droits humains, Luzolo Bambi, veut l’application de la justice contre tous les auteurs d’actes répressibles.

Traquer les " kuluna " en cravate

L’accent a été mis sur ceux que l’on appelle les " Kuluna en cravate ", entendez les personnes hautement placées détenant une portion du pouvoir politique, militaire ou économique. Ces personnes ont souvent été considérées comme intouchables et donc au-dessus de la loi. Cette position faisait d’elles des commanditaires des procès trafiqués et faussés voire des crimes et autres arrestations arbitraires.

A l’insistance de la presse pour avoir davantage d’explications sur les conclusions de cette réunion, pour savoir par exemple s’il y a certains cas précis qui pourraient susciter des mesures ou des poursuites judiciaires dans les tout prochains jours, le ministre de la Justice et Droits humains, s’est refusé de fournir des détails. La raison est toute simple. On ne peut pas mettre la charrue devant les bœufs. Le ministre s’est contenté d’indiquer qu’il a été décidé que des mesures relatives à la sécurisation collective soient de stricte application dans les jours qui viennent. " Tolérance Zéro a un contenu qui se marie à l’action et non à des slogans. Et pour être éloquent et pertinent, des actions de traque seront visibles dans un avenir proche ", a lâché le ministre de la Justice et des Droits humains.

Apparemment, estime-t-on dans l’opinion, il y a plus à la base de ces réunions marathons que ce rappel routinier d’instructions. Il va de soi que ces derniers temps, le pays ayant connu des problèmes notamment avec l’assassinat de Floribert Chebeya, activiste des Droits de l’homme dont le dossier est encore en instruction au niveau de la justice militaire, on s’attendait à ce que le gouvernement tape du point sur la table. Le Chef de l’Etat serait-il intrigué par la lenteur dans l’instruction du dossier Chebeya ? Aurait-il demandé à la justice militaire d’aller un peu plus vite et bien ?

De toutes les façons, Joseph Kabila qui n’est pas un paniquard, a attendu le moment de la fin d’agitation voire d’une certaine hystérie, pour secouer davantage les choses afin qu’elles soient plus claires que possibles. Les services de sécurité ont été au centre de ce qui a failli porter un discrédit sur tout le pays au moment où il célébrait avec éclats son jubilé d’or. Cette situation ne pouvait pas laisser le Chef de l’Etat indifférent. Il l’avait démontré dans les mesures prises dans le passé. Il fallait entrer dans le deuxième cinquantenaire avec des services de sécurité efficaces, certes, mais à visage humain. On doit s’attendre à ce que des mesures pouvant largement modifier l’espace sécuritaire du pays soient prises. Dans une certaine opinion bien informée, on croit fermement que les prisons vont s’ouvrir et davantage.

Joachim Diana G./L’Avenir


(DN/GW/Yes)