Du point numéroté 02 au point n°04, le Collectif « informe l’opinion de l’assassinat en RD Congo d’un autre défenseur des droits humains M. Muhindo Vunoka Salvator dans la nuit de mardi à mercredi 30 juin 2010 à son domicile vers une heure du matin par les éléments armés des forces de sécurité habillés en uniforme de l’armée, dans la localité de Kalunguta à 40 kilomètres de Beni dans la province du Nord-Kivu ; soit 30 jours après l’assassinat et la disparition forcée à Kinshasa respectivement de M. Floribert Chebeya Bahizire et Monsieur Fidèle Bazana, membre et chauffeur de l’association VSV ». Il décrit les conditions de perpétration du meurtre.

Mais voilà qu’au point 05, sans le moindre souci de transition, il « condamne aussi certains Gouvernements des Etats du Nord dits de vieille démocratie et respectueux des droits de l’homme qui continuent à apporter une assistance aux forces de sécurité de la RD Congo en équipement, armement et autres et autres appuis stratégiques ». Il ajoute même que cette assistance « contribue à la commission de tous ces crimes de sang impunis par les éléments à Kinshasa comme en provinces de ces escadrons de la mort – industrie du crime installé en RD Congo depuis 2006 contre les défenseurs des droits de l’homme, les journalistes et les autres militants des libertés ».

Si aux points 06 et 07 le Collectif place les exactions « dans un contexte d’insécurité croissante et d’intimidations répétées à l’endroit des défenseurs des droits de l’Homme en République démocratique du Congo » et « appelle les autorités de la RD Congo à mener une enquête indépendante afin que toute la lumière soit faite sur les circonstances de l’assassinat des défenseurs des droits de l’homme (…) et les journalistes (…) dans les meilleurs délais », au point 08, il « appelle également la (…) MONUSCO, notamment le bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme,  à faire un suivi nécessaire et actif de ces assassinats à répétition et la disparition forcée, ainsi que cette situation générale de terreur et d’insécurité croissante mise en place contre les défenseurs des droits de l’homme, les journalistes et autres militants des libertés, et ce en application de son mandat spécial de protection des défenseurs des droits de l’Homme en RD Congo ».

Au point 09, le Collectif « demande instamment aux Chefs d’Etat et des Gouvernements amis de la République démocratique du Congo, et au Parlement européen et à la Commission européenne de bien vouloir, par solidarité aux défenseurs opprimés ou persécutés, maintenir une vive pression contre le pouvoir exécutif de la RD Congo, notamment en conditionnant la poursuite de la coopération directe avec l’actuel Gouvernement par la mise sur pied d’une commission pouvant enquêter de façon indépendante sur les assassinats des défenseurs des droits humains Floribert Chebeya Bahizire à Kinshasa et M. Muhindo Vunoka Salvator à Beni par les forces de sécurité, et la disparition forcée de M. Fidèle Bazana Edadi à Kinshasa, ainsi que l’adoption des mesures efficaces visant le respect des droits de l’homme, particulièrement la protection des populations civiles, les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes en RD Congo ».

Au point  10, le Collectif « exhorte les Gouvernements et autres Institutions sous-régionales, régionales et internationales, notamment l’Union africaine, l’Union européenne et ses alliés et l’ONU à suspendre toute coopération directe avec la RD Congo tant que demeureront impunis les actes de violation des droits de l’homme, de la démocratie et de mal gouvernance des ressources de l’Etat ».

C’est à ce même point qu’il exhorte « ces Gouvernements et Institutions internationales à prendre des mesures ciblées visant les tortionnaires et autres criminels, notamment en leur refusant les visas et/ou en retirant les titres de séjour aux membres des familles d’un certain nombre d’autorités centrales actuelles à Kinshasa et celles des provinces. C’est le cas des membres du ‘gouvernement parallèle’, des responsables des forces de sécurité civile, de l’armée et de la police, et d’autres personnalités connues par leurs actes impunis d’arrestation arbitraires, de torture, d’intimidation et d’assassinat des défenseurs des droits de l’Homme, des journalistes et autres militants des libertés, ainsi que des auteurs des actes de corruption et autres crimes d’enrichissement illicite, notamment la malversation des finances publiques, le blanchissement d’argent, l’exploitation illicite des ressources naturelles ».

Au point 15, le Collectif « réitère sa demande au Président de la République en sa qualité de garant du respect de la Constitution et au Premier ministre – chef du gouvernement de la RD Congo, de garantir, par une déclaration publique, la sécurité des membres des familles des défenseurs des droits humains assassinés et disparus : M. Chebeya Bahizire Floribert, M. Muhindo Vunoka Salavtor et M. Fidèle Bazana Edadi Fidèle ainsi que la protection des témoins au cours des procès qui devront être transparents et équitables ».

Appel à la suspension de la coopération structurelle

On n’a pas besoin d’être observateur averti pour constater le temps pris par le Collectif pour réagir au meurtre de Salvator Muhindo Vunoka : 16 jours ! De même le temps par le Collectif pour faire publier sa déclaration : 5 jours ! Soit, au total 21 jours !!!  Il est évident que Muhindo a eu le malheur d’être tué à Kalungata, localité distante de 40 km de Beni, dans le Nord-Kivu. Loin, très loin de la capitale. Pourtant,  ce crime s’est produit la nuit mardi 29 au mercredi 30 juin 2010, et l’annonce en a été faite par Radio Okapi en pleine célébration du Cinquantenaire de l’Indépendance ! Que s’est-il passé pour que le Collectif ait mis quasiment trois semaines pour écrire ?

Si c’était pour s’informer  de façon objective, il aurait réalisé dans un premier temps que les autorités en place depuis 2006 (allusion faite aux élections ayant porté et maintenu Joseph Kabila à la magistrature suprême) n’avaient rien, mais alors rien à gagner en commanditant ce crime, et cela à la date même du 30 juin, alors que 28 jours plus tôt, Floribert Chebeya venait de trouver la mort et que les festivités du Cinquantenaire ont failli être perturbées !

Quand on connaît les origines de l’expression « éléments en uniformes et en armes », quand on connaît le contexte dans lequel est en train de se former l’armée nationale, il est prudent de ne pas imputer directement cette responsabilité aux Fardc, comme pour boucler la boucle après le meurtre de Chebeya mis sur le dos de la Pnc ! D’autant plus que l’Est du pays, écumé par des groupes armés congolais et étrangers traqués par les Fardc et l’ex-Monuc, est réputé une zone à très haute insécurité. Une insécurité qui n’est pas entretenue que par des Congolais. Des étrangers y participent aussi. La dernière loi américaine, initiée par les sénateurs Cardin et Lugar, sur l’exploitation de certains minerais exploités au Sud-Kivu, au Nord-Kivu et en Province Orientale en est la preuve.

Dans cette optique, la solution à cette insécurité ambiante est à la fois interne et externe. Les analystes pointus soutiennent même qu’elle est plus externe qu’interne. D’où l’implication des Nations Unies, de l’Union européenne, de l’Union africaine, mais aussi de la Ceeac, de la Sadc et de la Cepgl, organisations dont la RDC est membre. D’où, en plus, l’implication des Etats-Unis, du Canada, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, de la France, de la Belgique, du Japon, de la Chine, de l’Afrique du Sud etc., pays avec lesquels la RDC entretient des relations diplomatiques suivies !

Et voilà que le Collectif, constitué assurément d’experts en géopolitique et en géostratégie, ne trouve pas mieux que de proposer la suspension de « toute coopération directe avec la RD Congo » ! Comme sous Mobutu.

A qui profite la démobilisation ?

C’est à croire que le Collectif n’a jamais évalué l’impact négatif, sur l’Etat et le Peuple congolais, de la suspension de la même coopération au début de la Transition en 1990, sous prétexte des incidents survenus sur le campus de l’université de Lubumbashi (Opération Lititi Mboka). A moins qu’il ne soit né de la cuisse de Jupiter, le collectif est censé se souvenir tout de même de la campagne politico-médiatique menée par des activistes des droits de l’homme comme Buana Kabwe et Guillaume Ngefa pour isoler diplomatiquement le maréchal.

Du jour au lendemain, en effet, des programmes dont bénéficiaient les entreprises comme Office des routes, Rvm, Rva, Rvf, Onatra, Sncc, Snel, Regideso et autres Gécamines avaient été arrêtés ! Ainsi naquit pour l’électricité, par exemple, le phénomène « délestage ». Des emplois furent supprimés, des mariages brisés, des foyers défaits, des études perturbées ; bref, la pauvreté qui fut encore supportable devint insupportable.

Résultat politique et économico-social : l’instabilité institutionnelle s’installa ; en 7 ans, le pays s’offrit 4 textes tenant lieu de Constitution, 4 Parlements, 13 Gouvernements, 3 zones monétaires parallèles et concurrentes, un tissu économique et industriel anémié par les pillages…

Buana Kabwe mort, Ngefa en vie ; ils n’avaient probablement pas su que cette campagne, soutenue à coup de millions de dollars par certains partenaires extérieurs, allait produire un sale, un vilain résultat au pays : l’affaiblissement du Zaïre aux plans politique, économique et social ! Avec un pouvoir d’Etat discrédité, une armée, une police et une sécurité diabolisées, une économie déglinguée et une population clochardisée, le régime Mobutu se désintégra au premier coup de feu de l’Afdl !

La tentative de Laurent-Désiré Kabila de redresser l’Etat fut combattue avec la même campagne politico-médiatique avec en pole position les ONG de défense des droits de l’homme. Guillaume Ngefa, par exemple, fut le premier à lancer la fumeuse affaire dite « Massacres des réfugiés hutu pendant la guerre de libération ». La reprise de la coopération structurelle fut conditionnée par une enquête internationale sur cette affaire. Lorsque la Commission Koffi Amega rendit compte de son rapport, le Conseil de sécurité établit l’innocence de M’Zee et la responsabilité des soldats et officiers rwandais dans les crimes commis à Mbandaka.

Deux semaines plus tard, c’était l’agression rwando-ougandaise qui eut pour première conséquence la fragilisation de la jeune armée en reconstitution (Fac), et pour deuxième conséquence, plus grave, la mort, pour causes directes ou indirectes à la guerre, de près de 5.000.000 de Congolais, le déplacement intérieur de près de 2.000.000 et l’exil de près de 400.000 !

Paradoxe : les premiers à dénoncer ces ravages sont les activistes des ONG internationales ; celles-là mêmes qui sous-traitent les ONG nationales. Elles affichaient leur émotion...

Et que fait-on, aujourd’hui ? C’est au moment où le Pouvoir d’Etat, issu des élections financées par les partenaires extérieurs qui en ont affirmé la bonne tenue, peine à structurer la nouvelle armée (il faut greffer sur l’armée gouvernementale les branches armées composites des groupes armés nationaux) que les activistes des droits de l’homme embouchent encore le « vuvuzuela » du boycott de la coopération structurelle !

Sans le moindre souci de discernement, le Collectif considère que l’assistance militaire des Etats du Nord (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Belgique etc.) « contribue à la commission de tous ces crimes de sang impunis par les éléments à Kinshasa et en provinces de ces escadrons de la mort – industrie du crime de sang – installée en RD Congo depuis 2006 contre les défenseurs des droits de l’homme, les journalistes et autres militants des libertés ».

Ainsi, des activistes congolais des droits de l’homme font promouvoir la thèse discriminatoire de voir dans chaque militaire ou policier congolais un meurtrier en puissance ! Autant dire une injure faite à tous ces militaires, à tous ces policiers qui, à l’Est par exemple, se sacrifient pour contenir les assauts des Fdlr, de la Lra, du Nalu etc.

A qui, finalement, cet appel à démobilisation des Fardc et de la Pnc profite-t-il ? Qu’on ne soit pas naïf au point de croire que c’est à l’Opposition ! Pas du tout. La réalité est qu’il profite à toutes ces puissances, visibles comme invisibles, déterminées à garder la RDC dans un état continu d’affaiblissement, de rétrogradation, de décadence, de déliquescence. A toutes ces puissances qui, à défaut de démembrer le pays, veulent le placer sous administration internationale !

Terminons l’analyse par la réitération de la demande faite au Président de la République et au Premier ministre « de garantir, par une déclaration publique, la sécurité des membres des familles » Chebeya, Muhindo et Bazana ! Au regard du point 05 faisant état de l’existence d’une industrie du crime installée en RDC depuis 2006, le Collectif engage en réalité la responsabilité du Pouvoir en place dans la commission des meurtres et de la disparition dénoncés.

Or, quelle interprétation donnerait-on à une déclaration publique du Président Joseph Kabila et du Premier ministre Adolphe Muzito dans le sens souhaité par le Collectif, si ce n’est celle d’un aveu de culpabilité ? Mais, surtout, pourquoi feraient-ils pareille déclaration alors que le Collectif, au point 14, « réitère sa décision de suspendre sa participation aux activités de l’Entité de liaison du gouvernement pour les droits de l’homme » ?

Politisation de l’activisme pour la défense des droits de l’homme

Le diable, dit-on, loge dans les détails. Il apparaît clairement au point 10. Le Collectif demande aux Gouvernements étrangers et aux Institutions internationales de prendre des mesures ciblées parmi lesquelles le refus des visas et/ou le retrait des titres de séjour aux membres « d’un certain nombre d’autorités centrales actuelles à Kinshasa et celles des provinces ». Il précise même : « C’est le cas des membres du ‘gouvernement parallèle » !, expression lancée par le Mlc François Mwamba qui l’a laissée en plan parce que n’ayant jamais cité une seule personne en faisant partie !

Activistes des droits de l’homme appelés, dans l’exercice de leurs fonctions, à être précis dans la dénonciation des violations et dans l’identification de leurs auteurs, les membres du Collectif demeurent non seulement vagues, mais en plus ils violent l’un des principes fondamentaux de la Déclaration universelle des droits de l’homme : la responsabilité individuelle !

En effet, comment peut-on lier le sort d’un enfant ou d’une épouse résidant à l’étranger aux actes de son père ou de son mari en fonction au pays, père ou mari qualifié d’auteur d’arrestation arbitraire, de torture, d’intimidation, d’assassinat, voire de corruption, de malversation des finances publiques, de blanchissement d’argent (sic) ou d’exploitation illicite des ressources naturelles, cela sans la moindre preuve établie devant et par l’organe de la loi !

A quelque chose malheur étant bon, les partenaires extérieurs qui se fient aux rapports produits par de tels activistes réalisent, à leurs dépens, l’irresponsabilité dans laquelle ces derniers opèrent par moments.

Assurément, ces activistes n’ont tiré aucune leçon de la campagne similaire menée autrefois contre les Mobutistes et leurs familles ; pis, ils n’en tirent aucune à la lumière du procès Thomas Lubanga à la Cpi. Ils seraient sages en se souvenant du fait d’avoir servi et de continuer de servir de « sources d’informations ».

Instrumentalisation et victimisation

Tout finalement, dans la déclaration du Collectif du 16 juillet 2010, porte à croire à un stratagème d’instrumentalisation des cas Chebeya, Muhindo et Bazana et de victimisation pour les signataires.

Heureusement pour le Pouvoir d’Etat congolais que les partenaires extérieurs, sous le parapluie desquels les membres du Collectif s’abritent et se ressourcent, ont des canaux mieux outillés pour se faire une idée exacte des enjeux internes et externes impliquant la RDC, parfois sans la volonté de ses dirigeants ni de son peuple.

Correspondance de Omer Nsongo die Lema


(DN/Yes)