La descente effectuée, la semaine dernière dans la localité de Kawama, non loin de la ville de Kolwezi, par le président de l'Assemblée provinciale du Katanga, Gabriel Kyungu wa Kumwanza, à la tête d'une délégation des députés provinciaux, suscite beaucoup de commentaires dans l'opinion. Certains y voient déjà les derniers jours de la société minière Volcano.

Visiblement, un malaise couve à Akwama. Des milliers de creuseurs artisanaux et des négociants ne cachent plus leur ras-le-bol face au conflit qui les oppose à la société Volcano qui achète leurs produits. A la base de ce différend, l'attitude de la firme Volcano (appartenant à M. Bassel) qui exploiterait les artisanaux en leur imposant des prix qui ne correspondent pas à ceux pratiqués sur le marché ainsi que des traitements inhumains et dégradants leur infligés. Toutes ces accusations ont, d'ailleurs, été portées à l'attention des députés provinciaux. Piqué par la colère, un exploitant livre sa version des faits aux députés provinciaux du Katanga en ces termes: « En situation de monopole, Volcano fixe les prix comme bon lui semble et ne nous laisse aucune possibilité de négocier le tarif avec ses préposés.

Nous sommes pourtant identifiés par l'Etat comme des négociants et devrions négocier nos prix avec l'acheteur. Ce n'est pas le cas avec cette firme qui paie ce que bon lui semble. Plus grave, nous n'assistons pas toujours à la pesée de nos colis par les agents de cette firme qui déterminent seuls la valeur de la marchandise. Ce n'est rien d'autre que de l'exploitation. Nous sommes fatigués par les méthodes de Volcano qui nous traite pire que des animaux. Il est temps de nous proposer un autre partenaire pour nous permettre aussi de gagner notre vie par ce travail"

A en croire des sources dignes de foi, la société minière Volcano ne paie rien à la Gécamines, propriétaire de cette carrière cédée aux exploitants artisanaux. Elle avait reçu, semble-t-il, l'autorisation de faire la découverture au profit des exploitants artisanaux, mais exploite frauduleusement les minerais sans aucune quelconque contrepartie pour la Gécamines.

Outre ce témoignage, les images diffusées par nombre de chaînes de télévision pour illustrer la rencontre entre les exploitants artisanaux de la localité d'Akwama et les élus du Katanga sont éloquentes. On y voit, entre autres, un creuseur qui témoigne sur les traitements inhumains et dégradants qu'il a subis de la part d'un responsable de Volcano.

"Ce qu'ils nous font subir, dit-il, n'est rien d'autre que de l'esclavagisme. C'est vraiment à se demander si nous sommes vraiment libres et réellement indépendants dans notre pays. Pour avoir osé protester contre cette exploitation et ces pratiques avilissantes, j'ai été battu, fouetté par les agents de cette firme qui ont lâché un chien pour me mordre. Un responsable de Volcano s'est même permis de pisser sur ma tête. J'ai déposé une plainte auprès de la police locale qui m'a conseillé de porter l'affaire au parquet. N'ayant pas les moyens pour soutenir un procès au parquet, j'attends le concours des officiels". Les députés provinciaux étaient simplement médusés face au témoignage du creuseur.

Pour sa part, révolté, M. Kyungu wa Kumwanza, en sa qualité de président de l'Assemblée provinciale du Katanga, n'y est pas allé par le dos de la cuillère: "Vos revendications sont légitimes et fondées et nous les partageons entièrement. Pensez-vous que nous, vos élus, pouvons accepter que des blancs viennent vous exploiter dans votre propre pays, au Katanga et dans une carrière que l'autorité a attribuée aux exploitants artisanaux?". La foule, très émerveillée, retrouvait le vieux leader katangais. Fidèle à son style, Gabriel Kyungu menace et rassure. "Quiconque osera chasser les exploitants artisanaux de ce site minier me trouvera sur son chemin". Cette question, a-t-il ajouté, sera examinée en primeur à l'Assemblée provinciale qui, sur cette affaire, émet sur la même longueur d'onde que le gouvernement provincial.

Sans s'arrêter en si bon chemin, "Baba-papa" lance une sévère mise en garde aux responsables de la société Volcano en ces termes: "L'emploi figure en bonne place parmi les cinq chantiers du président Joseph Kabila. Nous ne permettrons pas quiconque de saboter cet important programme du président de la République. Celui qui osera entraver ce programme sera mis à la porte". De l'avis de plusieurs observateurs, avec cette mise en garde et les accusations du reste justifiées des exploitants artisanaux, les jours de la société minière Volcano, qui opère dans la localité d'Akwama, à quelques encablures de la ville de Kolwezi, semblent comptés au Katanga.

Marcellin Manduakila/Forum des As


(GTM/THGW/Yes)