Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) vient de tirer la sonnette d’alarme sur le sort des «enfants-sorciers» en Afrique de l’Ouest et du Centre. Dans un rapport récemment publié, l’Unicef dénonce notamment les violences et les maltraitances que subissent ces enfants accusés de sorcellerie.

En Centrafrique par exemple, une petite fille prétendue sorcière a été mortellement brûlée. Dans ce même pays, des médecins traditionnels incisent, avec un couteau non-stérilisé, l’abdomen des enfants accusés de sorcellerie. Ils amputent un morceau d’intestin, symbole du mal qui les possède. Les enfants sont ainsi «nettoyés».

A Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, 20.000 enfants se retrouvent à la rue, abandonnés par leur famille après avoir été accusés de sorcellerie. Les «enfants-sorciers» sont de plus en plus nombreux, notamment au Bénin, Cameroun, Gabon, Nigéria, Libéria, Centrafrique et RDC.

Une fois incriminés, ils sont stigmatisés à vie. Une mise en cause qui touche surtout les orphelins, les handicapés physiques (ce qui inclut ceux qui ont les yeux rouges, ventre ballonné, grosse tête) ou mentaux. Et même les enfants têtus, agressifs, paresseux ou solitaires, selon le rapport de l’Unicef.

«Les pressions économiques, les conflits, la pauvreté, l’urbanisation, l’affaiblissement des communautés ou encore le sida sont autant de facteurs qui contribuent à cette augmentation récente. Un grand nombre d’accusations vient des familles elles-mêmes. On force les enfants à admettre qu’ils sont sorciers. Et pour cela on utilise la violence», explique Joachim Theis, conseiller régional à l’UNICEF pour la protection des enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre.

Au Nigeria, l’ONG Stepping Stones aide à la réinsertion de ces enfants accusés de sorcellerie. Le centre accueille 200 jeunes. «Certains arrivent chez nous avec des maladies, des blessures, des problèmes psychologiques. Il y a beaucoup de cas de violences corporelles. Récemment, on a eu un enfant à qui on avait jeté de l’eau chaude au visage», rapporte Sam Itauma de Stepping Stones.

Une chasse aux sorciers ; juteuse pour certains pasteurs, notamment des églises indépendantes, prophétiques et pentecôtistes, qui ont fait de l’exorcisation et de la délivrance un business. Les « pasteurs-prophètes » administrent alors des «traitements spirituels» de manière violente (isolation et privation de nourriture, notamment).

« Un pasteur m’a brûlé le corps avec des bougies. Dans une autre église on m’a versé dans les yeux de la sève tirée d’un arbre. Cela piquait très fort », témoigne une fillette, vivant à Kinshasa. En Angola, onze églises ont été fermées à cause d’abus de pasteurs.

Gaboneco/Le Potentiel


(DN/PKF/GW/Yes)