Le protocole d’accord intervenu récemment, entre le gouvernement et l’Intersyn­dicale de la Fonction publi­que pour mettre fin à la gro­gne des fonctionnaires et agents de l’administration publique n’a pas rencontré l’assentiment d’une catégorie de ces derniers. En effet, les enseignants – c’est de cette catégorie qu’il s’agit – estiment que l’essentiel de leurs revendications relati­ves aux conditions de travail et salariales ainsi que les primes connexes ne sont pas prises en compte, particuliè­rement les frais de fonction­nement, le paiement des sa­laires à terme échu et la ré­habilitation de l’enseignant dans son rôle de formateur de l’élite de demain, appe­lée à prendre la relève des dirigeants actuels.

Le syndicat interprofes­sionnel de l’administration publique justifie le rejet de ce protocole d’accord par le fait que le gouvernement a négo­cié avec la plate-forme syn­dicale du secteur public alors que la grève en cours a été décrétée par une autre plate-forme intersyndicale du même secteur, le Siap (Inter­syndicale interprofessionnel de l’administration publique) qui aurait dû être dans le cas d’espèce, le seul interlocu­teur du gouvernement.

En filigrane de tout ce tapage, il se profile la reven­dication majeure et immua­ble des agents et fonction­naires de l’Etat toutes caté­gories confondues. C’est celle de voir appliquer enfin, le barème salarial négocié à Mbudi, il y a de cela six ans. Les gouvernements successifs ont promis depuis lors, de s’y engager. En vain. Les économies que réaliserait le pays après l’atteinte du point d’achèvement des pays pauvres très endettés étaient brandies pour justifier les sacrifices que devraient consentir tout le monde à commencer par les personnes de l’administration publique, bien attendue.

Maintenant que cet objectif  été réalisé, les agents et fonctionnaires de l’administration publique ne comprennent pas que la récitation du chapelet des sacrifices doive se poursuivre sans la moindre pause. Ne fût-ce que pour voir et analyser la part qui leur revient dans le programme social convenu avec les institutions financiè­res de Brettons Woods à exécuter en rapport avec les cinquante millions Usd men­suels, jadis affectés au rem­boursement de la dette ex­térieure. L’année du social oblige!

Difficile de contrer ce raisonnement qui coule de source quand on sait que les chiffres cités ici et là, incitent les uns et les autres à jouer cartes sur table afin que tout le monde se retrouve. Selon M.Tshimanga, porte-parole du Siap, la grève a été décrétée par le Siap, mais le gouvernement a plutôt négocié avec la plate-forme Intersyndicale nationale du secteur public et octroyé une indemnité de transport de 8.000 Fc aux agents et fonctionnaires de l’Etat à partir de la paie du mois de juillet. Le Siap ne peut pas lever la grève pour une indemnité de 8.000 Fc, a-t-il dit, ajoutant que parmi les syndicalistes signataires dudit protocole d’accord, quatre sont déjà retraités. Aussi les agents et fonc­tionnaires de l’Etat ont-ils décidé la poursuite de la grève jusqu’au paiement du barème proposé au gouvernement par le Siap, soit un salaire de 93.628,30 Fc pour le huissier et 936.283,00 Fc pour le secrétaire général.

Pour rappel, la grève des agents et fonctionnaires de l’Etat avait été décrétée par le Siap le 4 juin 2010 au même lieu « la place Golgo­tha » et non par l’intersyndi­cale nationale du secteur public. La parole est au gouver­nement à qui incombe la mis­sion de sécuriser l’ensemble de la population congolaise dont émane ceux qui oeuvrent dans l’administra­tion publique, physiquement, certes, mais aussi matériel­lement. Là transparence à laquelle nous le convions consiste à préciser dans un collectif budgétaire de l’exer­cice en cours, la nouvelle af­fectation des ressources qui étaient destinées au paie­ment de la dette extérieure. Tout le monde sait qu’elle a été substantiellement allé­gée.

Et le gouvernement a été le premier à le claironner sur les toits pour afficher son satisfecit que nous parta­geons tous en tant que pa­triotes. Là où le bat blesse, c’est lorsqu’au moment d’in­diquer tout aussi haut et fort la suite de l’atteinte du point d’achèvement, il opte pour un mutisme qui n’a pas sa place dans un Etat démocra­tique et de droit. Autant, nous avons été invités à serrer la ceinture pour atteindre dès lende­mains meilleurs, autant nous avons droit à toute l’informa­tion aujourd’hui que ces len­demains se profilent à l’’hori­zon et que le rêve est devenu réalité tangible. Personne ne peut nous reprocher cette exigence légitime. C’est aussi ce qui explique l’atti­tude réservée des agents et fonctionnaires de l’Etat. Leurs revendications peu­vent être maximalistes, cer­tes.

Il appartient au gouver­nement de leur montrer les limites de son action. En choisissant de négocier avec ceux qui dans l’opinion apparaissent comme ses alliés objectifs, il se coupe de véritables interlocuteurs. Ceux qui ont l’oreille des gré­vistes. Il est temps de recti­fier le tir. Car, ce n’est pas trop tard, s’accrocher aux ter­mes, d’un protocole d’ac­cord négocié et signé avec des personnes non manda­tées, c’est compliquer da­vantage une situation à la li­mite explosive.

FKal/Uhuru


(GTM/TH/GW/Yes)