Le premier semestre de l’année 2010 a été marqué, dans la ville de Kinshasa, par un rythme accéléré des travaux d’infrastructures inscrits dans le cadre des cinq chantiers de la République. Après le carnaval de réception d’engins destinés à la réalisation de ces travaux, non seulement à Kinshasa, mais aussi dans l’ensemble du pays, les Kinois ont été les témoins privilégiés de la transformation progressive de l’image de la ville qui, depuis lors, revêt de plus en plus sa plus belle robe.

Au-delà de l’objectif de réhabilitation des infrastructures et de la lutte contre l’insalubrité ambiante, la vision du Chef de l’Etat que véhicule ces cinq chantiers est de moderniser toutes les infrastructures afin d’inscrire nos villes, à commencer par la capitale – miroir de la RDC – au tableau des villes attractives dans le monde.

Et à la faveur des festivités marquant le cinquantenaire de l’indépendance de la RDC, le Chef de l’Etat, Joseph Kabila Kabange, s’est vu obligé, au moment fatidique, de descendre au four et au moulin, à la source et au grenier pour accélérer les travaux afin que le pays soit à jour avec son programme. Reflexe salutaire s’il en fût, car cette implication aura été d’un apport capital qui a permis de finaliser les chantiers essentiels en rapport avec le grand rendez-vous du 30 juin.

Si, après les deux jours de festivités offerts aux Congolais (le 30 juin et le 1er juillet l’on pouvait comprendre que les acteurs de terrain se donnent un petit répit avant de redescendre sur les chantiers, il s’observe ; aujourd’hui, une léthargie qui laisse pantois les observateurs les plus avertis. A presque tous les chantiers qui étaient en activité jusqu’au 30 juin, les Kinois n’ont plus aperçu le moindre signe de vie. Pire, nombre de ces chantiers ont vu disparaître aussi bien les ouvriers que les engins y affectés.

Conséquence, alors que des officiels de la ville ont eu à jubiler quelques jours dans un ou deux carnavals de présentation d’engins pour l’assainissement de la ville, Kinshasa est de plus en plus victime de cette inexplicable léthargie qui relance en puissance les démons destructeurs de son image : amoncellement des immondices par ci, absence de travaux de salubrité en général, ré-encombrement des caniveaux avec des immondices plus loin, recrudescence des « Kuluna » et autres formes de vols et exactions, etc. bref, Kinshasa est en train de renouer avec sa crasse et ses antivaleurs qui commençaient déjà à se conjuguer au passé.

Et la question lancinante qui taraude les observateurs est Kinshasa est-il encore gouverné ? Une question qui revêt tout son sens quand on sait que ce n’est pas seulement aux abords des événements nationaux que la ville doit être nettoyée et aménagée, et que ce n’est pas seulement en s’équipant de matériel de travail que l’on peut penser pouvoir accomplir une mission d’assainissement ou de salubrité. Il faut, avant tout, une vraie volonté qui soit la réponse à une vision qui aujourd’hui, n’est plus à rechercher.

De ce fait, et faute de toute justification à cette nonchalance dans la quelle se distingue l’ensemble de la chaîne autoritaire de la ville, les Kinois, qui se sont habitués au travail et entendent voir leur ville continuer à se transformer, lancent un vibrant appel au président de la République pour qu’il prenne les dispositions permettant de relancer et maintenir le cap des travaux de réaménagement et de modernisation de la ville. Convaincus qu’ils ne peuvent plus rien attendre des autorités urbaines (en ce compris les bourgmestres et chefs des quartiers) qui pêchent par un déficit indiscutable du sens managérial, ils sont d’avis que Joseph Kabila devrait reprendre les choses en mains pour soutenir la ville comme il a eu à le faire à l’approche du 30 juin 2010.

En tous cas, les Kinois ne sont plus prêts à se laisser bercer par le folklore d’une gouvernance d’« inspecteurs de travaux finis », c’est-à-dire cette engeance de dirigeants très souvent « dépanné » dans leurs prérogatives par le Président de la République, mais qui ne ratent jamais une seule occasion pour crier au manque de moyens. Ce disant, ils oublient qu’un manager c’est celui qui crée les moyens de sa politique pour réaliser son programme d’action.

Joseph Kabila doit donc faire quelque chose pour le cas Kinshasa. Ceci est d’autant plus important qu’il s’agit de la capitale de la RDC, siège des institutions de la République, des chancelleries, d’organisations internationales, miroir de la RDC, mais aussi demeure de plus de 7 millions de personnes qui aspirent à vivre dans des conditions humaines acceptables

Jonas Eugène Kota/Forum des As


(GTM/PKF/GW/Yes)