De lourdes peines de prisons, de lourdes amendes pour dommage et intérêts, c’est le verdict rendu par le Tribunal de Grande Instance de Lusambo siégeant à Lodja.
Mais, ce qui retient le plus d’attention, c’est l’acquittement du prévenu-vedette, Jacob Dimandja Elola, président de la « Notabilité » de Lodja. L’accusation de ce notable de la CCU, parti politique de Lambert Mende, était au centre de la conjecture dans les milieux politiques atetela.
Etait pointé du doigt, le Ministre de la Communication et des Médias comme auteur intellectuel des troubles survenus à Lodja et à Tshumbe en avril et mai 2010. La plus grave accusation est venue du gouverneur du Kasaï Oriental.
L’intérêt du verdict rendu par le tribunal, c’est que celui par qui, disait-on, Lambert Mende aurait agi, Jacob Dimandja a été acquitté. C’est Lambert qui est ainsi lavé pendant que ses détracteurs ne savent plus quel parti prendre.
En effet, l’affaire de l’incendie des maisons à Lodja et à Tshumbe, qui avait défrayé la chronique en avril dernier, connaît son premier dénouement. Il est surprenant. Loin des tumultes politiciens qui avaient entouré ces actes de violence - somme toute de faible intensité - perpétrés dans ces agglomérations du district du Sankuru au Kasai Oriental, le Tribunal de Grande Instance de Lusambo vient de rendre un verdict.
Ce verdict apporte un éclairage neutre sur les faits déplorés. Ainsi par exemple, le tribunal condamne Okitolenga Pashi et Djonga à 7 ans de prison et au paiement de dommages et intérêts de l’ordre de 9.000 Usd. Ces deux jeunes gens avaient été arrêtés à Lodja à la suite de ces incendies criminels de sept maisons de ressortissants « Eswe » (savane).
Ce nom s’explique au fait que la ville dans laquelle les « Eswe » habitent est située dans la partie forestière du Sankuru. Mais Jacob Dimandja, le président de la très célèbre « Notabilité » de Lodja, également attrait en justice pour la même affaire, a été purement et simplement acquitté par le tribunal de grande instance de Lusambo. Aux dires des juges, on ne s’explique pas pourquoi ce père de famille, propriétaire de la clinique privée la plus connue du coin a été cité.
Son acquittement tranche net avec la politisation à outrance des événements de Lodja. Fin avril 2010, l’affaire des incendies de Lodja a en effet fait l’objet d’une motion à l’Assemblée Nationale avec une demande pressante d’une enquête parlementaire.
Mais aussi d’un rapport de mission signée de la plus haute autorité politique provinciale, le gouverneur Alphonse Ngoy Kasanji, accusant nommément Jacob Dimandja et sa « Notabilité » de Lodja, réputés proches du Ministre Lambert Mende Omalanga, de tous les péchés d’Israël. Pire, le Gouverneur sans mettre des gants, demandait aux plus hautes autorités du gouvernement et du pays dûment copiés, d’interpeller le Ministre Lambert Mende qui « en mal de positionnement » (sic !), serait jugé responsable du désordre dans sa circonscription et dans le Sankuru.
La décision du Tribunal de grande instance de Lusambo constitue, pour beaucoup d’observateurs, un démenti cinglant des conclusions du Gouverneur. Le chef de l’administration du Kasaï Oriental, se serait visiblement laissé tromper par les services de l’ANR et de la Police au Sankuru manipulés à volo par des politiciens.
Apparemment, les politiciens du Sankuru ne digèrent pas d’être où ils sont, au parlement, pendant que leur frère-ennemi, Mende, a survécu à leur étonnement, à quatre remaniements ministériels depuis 2007.
Le lien, tiré par les cheveux, entre la « Notabilité » et les incendiaires, n’a pas été établi par la justice.
Demeure établi par contre et sans conteste jusque-là, le lien entre les événements de Lodja et ceux de Tshumbe et d’Onalowa. Il s’agit on se rappelle, de l’arrestation et de la séquestration arbitraires sans oublier des tortures de deux jeunes de Lodja.
Ce événement, au grand dam des victimes, ressortissants de la « forêt » (Ekonda), semblent étouffés. A Tshumbe (savane), dans la même période d’avril 2010, des maisons des ressortissants de Lodja (forêt) avaient été incendiées en représailles aux incendies de Lodja. Cela à la suite du passage à tabac avec rumeurs du décès de deux ressortissants de Lodja en voyage d’affaires) qui avaient été gravement à Onalowa (savane).
Les eux infortunés ont été séquestrés et achemines manu militari à Lusambo, au motif qu’ils auraient eu « l’intention de brûler des véhicules ». Aucune preuve n’a été fournie.
L’affaire des deux jeunes gens a, elle aussi été portée devant la justice militaire du fait de l’implication d’un haut gradé de la police, commandant de la place à Tshumbe, dont il est ressortissant (!) Curieusement, on attend toujours que cette procédure se poursuive.
Mais l’affaire traîne et les criminels vaquent impunément à leurs activités quotidiennes. La justice militaire ne parvient pas à faire comparaître par devant elle des responsables policiers et administratifs d’Onalowa et Tshumbe, mêlés à l’arrestation arbitraire et au passage à tabac des deux jeunes venus de Lodja.
Les intéressés jouiraient manifestement de la protection d’un député et d’un sénateur « Eswe », membre de la Majorité à partir de Kinshasa.
Foert de cette protection, ils ont refusé de se présenter devant l’Auditorat militaire pour se faire entendre. Un prêtre Eswe du diocèse de Tshumbe, partisan acharné de la politique séparatiste des deux parlementaires, organise au vu et au su de tout le monde la résistance de ces justiciables face aux instances du Tribunal militaire de garnison.
A Kinshasa, on a entendu un autre député national Eswe de l’opposition se plaindre, sans rire, sur une chaîne de télévision du fait que le chef du village Onalowa soit poursuivi par la justice « alors qu’il est à la tête du village de naissance de Patrice-Émery Lumumba ... ». Belle contribution à la consolidation de l’État de droit ...
En fait, le chef Onalowa, localité où fut molesté le ressortissant de Lodja fin avril dernier, s’est délibérément soustrait à la justice, à l’instigation de deux parlementaires sankurois qui s’égosillent à longueur de journées pour faire croire aux Congolais qu’ils sont des apôtres de l’État de droit. Autant que les incendiaires de Tshumbe, d’ailleurs. Seul le capitaine Tadumi de la police nationale à Tshumbe s’est présenté devant l’Auditeur militaire.
Il attend la sentence qui, pour éviter une solution « deux poids, deux mesures », devra concerner tous les auteurs des faits criminels commis partout au Sankuru, que ce soit dans sa partie de la « savane » que dans celle de la « forêt ». C’est la seule façon d’éviter de nouvelles frustrations aux conséquences imprévisibles.
L’Avenir
(CL/Yes)