Dans un rapport publié, un institut révèle, dans ses grandes lignes, ce qui n’a pas été dit sur ces conflits. Le rapport se termine par une série de recommandations pour, notamment « supprimer » les motivations des groupes armés et motiver davantage les Fardc.
Voici un nouveau rapport qui apporte un peu plus de lumière sur les conflits qui paralysent depuis des années la partie Nord de la province Orientale.
Ce rapport de 35 pages est rédigé par l’IPIS, un institut de recherche qui s’est spécialisé sur l’Afrique sub-saharienne, sur la base d’un projet partiellement financé par l’Union européenne et l’Agence belge de coopération au développement (DGCD).
Il jette un nouveau regard – ignoré jusqu’alors – sur les conflits de l’Ituri, du Haut-Uélé et du Bas-Uélé, trois districts de la province Orientale, théâtre de violents affrontements perpétrés par divers groupes armés.
Le rapport commence par un paradoxe lorsque, dans son résumé, ses auteurs (Steven Spittaels & Filip Hilgert), notent que « les districts de l’Ituri, du Haut-Uélé et du Bas-Uélés ainsi que le territoire de Bafwasende continuent de souffrir de la présence de groupes armés.
De manière générale, la puissance de groupes armés dans la Province Orientale est limitée, et leurs effectifs ne sont pas nombreux. De plus, il y a une présence considérable de l’armée congolaise ».
Pourquoi, semblent dire les auteurs, la présence massive des éléments des FARDC ne parvient pas à contenir de groupes armés, en nombre inférieur, qui entretiennent le chaos dans cette partie de la RDC ? Y a-t-il des limites infranchissables tracées pour les Fardc ? Des limites qui réduisent les capacités opérationnelles sur le terrain. Qu’est-ce qui explique finalement la faiblesse des troupes loyales sur le terrain ? D’où les groupes armés tirent-ils leur force ?
Des questions que les deux chercheurs tentent d’élucider en plogeant dans les profondeurs d’un conflit sur lequel tout, ou presque tout, a été dit. Pas du tout, contestent les chercheurs de l’IPIS. Car, sur les conflits de l’Ituri, du Haut-Uélé et du Bas-Uélé, on a semblé tout dire, mais sans vraiment s’interroger sur les motivations réelles des acteurs.
Avec la publication de ce rapport cartographique, quatrième de la série, IPIS fait la liaison entre deux régions déjà étudiées par le passé : les provinces du Kivu et la République Centrafricaine. IPIS tente d’apporter des pièces manquant au puzzle d’une région déjà sinistrée par des années de conflit.
Ce nouveau rapport constitue une nouvelle pièce à ce puzzle. Au fur et à mesure de la progression de ce travail, de plus en plus de liens apparaissent et facilitent donc une analyse régionale.
Par conséquent, certains groupés armés déjà mentionnés dans de précédentes publications de IPIS réapparaissent dans ce rapport. Certains d’entre eux n’ayant reçu que peu d’attention lors de précédents rapports (LRA, Maï-Maï Simba), seront maintenant discutés en plus amples détails.
L’essentiel du rapport
Dans une première partie, les différents groupes armés sont présentés. Leur force est discutée tout comme leur structure et leur leadership. Un bref résumé de leur genèse est donné et leur agenda officiel est discuté.
Comment tous les rapports cartographiques produits par IPIS, cette Cartographie des motivations derrière les conflits : Province Orientale (RDC) » inclut un nombre de cartes interactives montrant les informations utilisées dans l’analyse ci-dessous et bien plus. Une explication de différentes cartes, leur contenu et les sources sur lesquelles elles sont basées constitueront la deuxième partie de ce rapport.
Vu que des opérations militaires sont exécutées contre tous les groupes armés, la situation sur le terrain est très variable, rendant la collecte d’informations très difficile. Par conséquent, les cartes ne contiennent que quelques positions fixes de groupes armés. Elles représentent plutôt les zones de contrôle.
La troisième et ultime partie de ce rapport se présente sous forme d’un chapitre analytique utilisant les données extraites des cartes, et en les combinant avec les informations obtenues lors d’interviews et documentation disponible. Avec la synthèse de ces éléments, ce chapitre tente de répondre à la question suivante : pourquoi une unité armée spécifique opère-t-elle dans un endroit particulier ?
La réponse à cette question, note IPIS, demande la prise en compte de divers facteurs, tels que les griefs, le profit ou l’autodéfense. Comme justification, IPIS pense que, malgré plus de quatre semaines de travail de terrain par une équipe de deux chercheurs de IPIS et plusieurs mois de consultation dans la documentation disponible qui ont précédé ce rapport, « il est difficile de trouver des informations (de sécurité) fiables dans une région en conflit ».
« Par conséquent, relève-t-il, les données de nos cartes ne sont pas exhaustives, bien qu’elles donnent une appréciation claire de la situation ».
Les recommandations
Ces insuffisances ne l’empêchent cependant pas de formuler quelques recommandations pour que, finalement, la paix s’installe dans cette partie de la RDC. Ces recommandations reposent sur deux suggestions : « Comment les motivations de groupes armés pourraient être supprimées ; et Comment les FARDC pourraient être amenées à se reprendre la seule motivation qu’ils devraient avoir, la protection du pays et de son peuple ».
Par rapport à la LRA, IPIS pense que « l’effort de guerre de l’UPDF devrait continuer et Kony capturé. Les efforts dans le domaine du DDRRR doivent être dynamisés car les combattants de la LRA doivent être convaincus qu’ils auront une bien meilleure chance de survivre en se rendant, au lieu de continuer à fuir.
En même temps qu’on se déploie sur ce tableau, « une bonne relation de travail devra être établie entre la population des Azande et les forces de sécurité congolaises, car elles sont complémentaires. Un nombre de combattants azande pourraient par exemple être officiellement intégrés dans les unités de Rudia II ». Tout comme, « la LRA doit être dissuadée de repénétrer en RDC. Par conséquent, la frontière doit être surveillée de près ».
Par rapport aux milices de l’Ituri, IPIS pense qu’« un accord devrait être proposé aux milices pour qu’elles se rendent. Cet accord devrait respecter un délai clair, irrévocable et court ».
Par rapport aux Maï-Maï, complémentairement aux opérations en cours, « un accord devrait être offert aux Maï-Maï afin qu’ils se rendent. Ils pourraient par exemple se voir offrir la possibilité de travailler comme mineurs artisanaux sur des sites sous contrôle de l’Etat ».
« Les 7ème, 8ème et 9ème régions militaires devraient coopérer dans cette opération ». Mais, « à long terme, l’autorité complète de l’ICCN sur le Parc de la Maiko doit être rétablie ». A cet effet, estime-t-il, « un support international est également nécessaire ».
Par rapport aux FARDC, IPIS s’est dit convaincu qu’« une chaîne de commandement claire et unifiée devrait être établie pour marquer de claires responsabilités ». Outre la régularité dans la poursuite des réformes des FARDC, IPIS, sans dévoiler les éventuels officiers coupables, note qu’ « une politique nationale doit être adoptée par rapport aux unités des FARDC impliquées dans les bénéfices illégaux liés à l’extraction de ressources naturelles ».
Il ne s’agit de se limiter aux slogans et aux simples effets d’annonce, car, pense-t-il, « des exemples clairs doivent être posés parmi les commandants de même que les hommes de troupe ».
Le rapport de l’IPIS vient donc enrichir le débat sur les raisons cachées et non révélées des conflits qui minent la partie Est de la RDC. Les trois provinces du Kivu et la Province Orientale sont jusqu’à ce jour le théâtre d’importants affrontements aux contours quelquefois mystérieux. Comme rappelé par ses auteurs, le rapport de l’IPIS apporte, en fait, un nouvel élément dans la matrice des vrais mobiles des conflits qui minent l’Est de la RDC.
Le Potentiel
(CL/Yes)