La pratique des Ca­ravanes est de mise depuis une dizaine d’années, ce qui met souvent la ville sens dessus sens des­sous, provoquant des embouteillages monstres la nuit comme le jour car la proclamation de ces résultats n’a pas d’heure fixe. Depuis deux ans, cette tâche a été confiée à  la so­ciété de téléphonie cellulaire VODACOM, en exécution d’un contrat intervenu avec le ministère de l’Enseignement Pri­maire, Secondaire et Professionnel.

La société VODA­COM a trouvé une astuce il suffit d’envoyer un SMS à une série des numéros en donnant le ou les noms des candidats ayant pré­senté l’Examen d’Etat et la réponse sort dans les cinq minutes suivantes. C’est comme cela que l’on assis­te à des explosions de joie et la fête peut alors com­mencer. Certaines familles fortunées organisent immédiatement des fêtes en l’honneur de lauréats qui en profitent pour effectuer une descente dans leurs écoles respectives pour se réjouir et au passage dé­verser de la poudre ou de la farine blanche sur leurs enseignants.

Les plus audacieux ne se gênent pas de s’en prendre aux paisibles passants rencon­trés par hasard dans les rues. Les avenues et rues de toutes les communes de la capitale ont vis des de réjouissance carac­térisées particulièrement par des scènes attenta­toires à la pudeur et aux bonnes moeurs et surtout des carnavals motorisés qui comme par le passé se sont terminés par des drames. Les rues et les débits des boissons sont pris d’assaut par les fêtards. Le bilan à ce jour est lourd : quatre jeunes gens fauchés et le plus pathéti­que, c’est le cas de deux d’entre eux qui n’étaient pas des lauréats mais se sont mêlés à cette fête soit pour se défouler soit pour accompagner leurs amis, connaissances, membres de famille. Deux jeunes gens qui sont morts suite à des accidents. On imagine à peine la douleur que res­sentiront pour longtemps les parents de ces jeunes gens non concernés par l’Examen d’Etat. Mais hélas ! Le pire est arrivé et l’on n’en peut rien.

Le pays n’est pas administré

La première ses­sion de l’Examen d’Etat avait démarré en 1967. Des décennies durant, l’on n’avait pas connu de telles pratiques parce que l’ad­ministration était encore efficace. Certes, certaines familles organisaient des réceptions en l’honneur de leurs rejetons ayant satis­fait à cet examen mais cela se faisait dans un cadre se­rein et respectable. C’est depuis cinq à six ans que des malins ont imagine ce genre des réjouissances qui ont alors débordé le ca­dre familial pour embras­ser les rues et avenues de la ville.

Les autorités politiques et administratives n’ont pas levé le petit doigt car occupées à d’autres chats plus juteux à fouetter. Voila pourquoi le mal s’est enraciné dans les moeurs de la société jusqu’à paraî­tre comme des pratiques normales et indispensa­bles aux yeux de certains parents et formateurs. Aussi, faut-il rappeler que ce n’est pas la première fois que l’on dénombre des cas de décès lors de ces réjouissances carac­térisées par des atteintes à la pudeur et aux bonnes moeurs.

Et cela, au su et au vu non seulement des parents mais surtout des autorités administratives et politiques. Et la question ou sont les autorités de la police et celles du ?

On observe depuis une dizaine d’années un phénomène assez parti­culier à Kinshasa : c’est la présence fort remarquable des débits des boissons aux alentours des écoles primaires, secondaires et universitaires. Pire, on retrouve même des débits des boissons alcoolisées dans les homes des étu­diants. Or, les tenanciers de ces débits des boissons alcoolisées sont soumis à une réglementation admi­nistrative, notamment pour l’obtention des attestations de salubrité dénommées « commodo et incom­modo » délivrées, après contrôle, par des agents qualifiés des services des ministères de l’Environne­ment, de la Santé et de l’intérieur.

En plus de ceux des communes. Comment l’administration publique peut-elle délivrer des auto­risations d’ouverture des débits des boissons alcoolisées autour des écoles et universités ? Que signifie le silence des Bourgmes­tres, des magistrats des parquets, des autorités de la police nationale ? Exis­te-t-il encore un Etat dans ce pays ? Y a-t-il encore un Code Pénal ?

La société congolaise corrompue

Certes, il faut con­damner le silence et la complicité de l’autorité administrative et politique. Cependant, par souci d’honnêteté intellectuelle, il faut admettre que ce sont les parents qui sont les plus à la blâmer. Ils ont carrément démissionné de leur responsabilité princi­pale qui est celle de veiller à l’éducation de leurs en­fants, notamment leur in­culquer la discipline, la pu­deur et les bonnes moeurs. Des parents se sont même investis dans l’organisation et la tenue des Kermesses dans les cours principales des écoles. L’Ong «  SOS touche pas à mon école » animée par Lenny ILONDO se bat avec des moyens li­mites pour sauver les ter­rains des écoles menacées par des hommes d’affaires étrangers et particulière­ment venus de l’Orient qui ont tout de même réussi à morceler le terrain de l’ex­-Athénée de la Gare en y construisant un complexe commercial.

Tout comme celui de l’Athénée de la Gombe envahi par des hô­tels et des villas cossues appartenant aux intoucha­bles de ce régime. Cela, aux yeux et à la barbe des autorités administratives et politiques.

FM/Le Phare


(Milor/GMM/PKF)