Au moment où la Rd Congo fête son cinquantenaire d’indépendance, l’Eglise catholique appelle ses fidèles engagés en politique à être de bons gestionnaires. Car la corruption généralisée n’épargne pas ceux qui se disent catholiques et font honte à l’Eglise. « Tout le monde sait que la corruption est devenue un cas social en RDC. Nous demandons aux acteurs politiques catholiques, comme à tout le monde, si nous voulons réellement avoir un développement dans ce pays, qu’il y ait une justice distributive ».

Ces mots forts ont été tenus début mai à Kinshasa, par le secrétaire de la Commission épiscopale pour l’apostolat des laïcs, l’abbé Ambroise Mutshembe, lors du 4ème atelier national des politiciens catholiques. Ils ont alors réfléchi, au moment où le pays célèbre son cinquantenaire d’indépendance, le 30 juin, sur le message du 2ème Synode africain qui leur demande de se convertir ou de quitter la politique pour ne pas nuire au peuple, ni entacher la réputation de l’Eglise. « Nous avons le devoir et l’obligation de léguer aux générations futures non pas un pays en lambeaux, mais un eldorado », dit l’abbé Ambroise qui ne ressent pas l’influence des catholiques dans la bonne conduite de la politique du pays.

A l’issue de l’atelier, les catholiques ont recommandé au gouvernement congolais de mettre en pratique la bonne gouvernance, « en mettant l’homme au centre de son action ». Eux-mêmes se sont engagés à lutter contre les « corrompus et les corrupteurs ». Mais à Kinshasa, peu de gens croient en la concrétisation de ce chapelet de bonnes intentions. Même au sein de l’Eglise. Curé politiquement engagé, José Mpundu connaît de nombreux politiciens catholiques qu’il rencontre à l’église comme ailleurs. Il avoue que très peu parmi eux sont incorruptibles, honnêtes, se battent pour la justice et aiment leur pays. « Une grande majorité est compromise dans des combines maffieuses. Ils sont impliqués dans des affaires de corruption, de détournement et font la honte de l’Eglise », accuse l’abbé.

Peu de chance d’être entendu

Président de la Ligue congolaise de lutte contre la corruption (Licoco), Ernest Mpararo à l’habitude de mener des enquêtes sur la gestion des affaires publiques en Rd Congo. Lui aussi connait des hommes politiques chrétiens et ne pense pas qu’ils aient un comportement différent des autres. « Ils sont tous dans la même boite, tous visent leurs intérêts personnels », soutient-il. Ce que ne dément pas André Boboliko Lokonga, un catholique de la première heure. Vieux routier de la scène politique. Depuis les années 60, il est sénateur et président du Parti démocrate et social chrétien (PDSC).

« Aujourd’hui on a affaire à des chrétiens charnels appelés chrétiens du dimanche », dit-il tout haut. Il estime que l’appel de l’Eglise a peu de chance d’être entendu en ce moment, parce que « une foi sans œuvre est une foi morte ». Son propre parti véhicule pourtant des valeurs chrétiennes. Mais, « beaucoup de nos cadres ne nous suivent plus et nous quittent pour aller où c’est facile d’avoir de l’argent, témoigne le vieux sénateur. Il explique d’ailleurs l’échec du PDSC aux dernières élections de 2006, par le refus du parti d’accepter l’argent sale qui circulait pour corrompre les électeurs. « Le grand danger, c’est quand le peuple lui-même chosifié, exige de l’argent des politiciens en lieu et place des programmes basés sur la défense et la promotion de l’intérêt général », regrette Boboliko.

Dans le quartier huppe de Ma Campagne, Justin Kabongo, président de la Commission Justice et Paix de la paroisse Saint Albert, a aussi animé en mai une conférence organisée par l’Archidiocèse de Kinshasa sur la contribution des chrétiens à la lutte contre la corruption en RDC. Dans les partis politiques, fustige-t-il, « Il faut des leaders convaincus dans leur vie de communauté au lieu d’avoir des loups habillés en peau d’agneaux ».

Eglise complice ?

Les politiciens catholiques demandent quant à eux à leur Eglise, plus d’engagement dans la lutte contre les antivaleurs qui ont détruit le pays depuis l’indépendance. Certains critiques comme l’abbé Mpundu, déclare qu’elle est souvent complice, lorsqu’elle a peur de dénoncer la corruption, les détournements.. « Bobotiko constate, lui, que les hommes catholiques ont très peu de contacts spirituels avec leur Eglise. Celle-ci doit, dit-il, repenser son action en leur direction. Il faut qu’ils sentent qu’à tout moment l’Eglise est avec eux, les soutient et les pousse à servir l’intérêt général », conseille le vieux sage. Il propose la création d’une aumônerie des hommes politiques catholiques pour qu’ils deviennent des chrétiens spirituels et « non des simples chrétiens du dimanche ».

Patience Mbuyi Makelela/SGL/La Prospérité


(GTM/TH/GW/Yes)