Le président de la République séjourne depuis lundi à Sange au Sud-Kivu au chevet de nombreuses victimes de l’incendie survenu vendredi dernier dans un accident de camion-citerne transportant du carburant, catastrophe dont le triste bilan ne cesse de s’alourdir
Le chef de l’Etat, le président Joseph Kabila Kabange, est arrivé à Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, lundi 5 juillet dans la matinée. Il a aussitôt rendu visite aux personnes blessées dans l’incendie survenu vendredi 2 juillet à Sange dans la plaine de la Ruzizi, en territoire d’Uvira.
A Bukavu le président de la République a d’abord visité un premier groupe de victimes internées à l’hôpital de Panzi. Ensuite, juste après, il s’est rendu dans la localité de Sange visiblement traumatisé par le décès dans le déplorable accident de quelque 240 personnes et près de 200 blesses.
La présence du Chef de l’Etat redonne confiance à la population
Le chef de l’Etat s’est rendu par route à Sange, à 70 km au Sud, où la population l’a accueilli vers 13H00 (12H00 GMT). Il a été au chevet d’une vingtaine de blesses hospitalisés dans la ville, puis s’est rendu dans la localité voisine d’Uvira à 30 kilomètres, où d’autres blesses sont soignés.
« C’est un grand événement. Depuis vendredi, beaucoup de gens ici ont peur, ils pensent aux morts. Avec l’arrivée du chef de l’Etat, cela peut rendre confiance à la population », a déclaré John Kakozi, un étudiant de 22 ans, qui attendait le président.
Une forte délégation gouvernementale composée de six ministres ainsi que du gouverneur de province du Sud-Kivu a précédé le Chef de l’Etat dans le village de Sange. Les ministres qui accompagnent le président Kabila à Sange sont notamment ceux de la Sante, de l’Intérieur et des Affaires sociales, qui sont depuis dimanche à Bukavu.
Trente-trois blesses ont été évacués à Bukavu où les responsables de deux hôpitaux ont commence samedi soir la prise en charge avec leurs propres moyens, en attendant l’appui en médicaments et en matériels fournis par l’OMS (Organisation mondiale de la sante) via l’inspection provinciale de la santé, le CICR (Comité international de la Croix Rouge) et l’IMC.
Si à Panzi, on déplorait le manque de nourriture à l’arrivée des malades samedi soir, à l’hôpital provincial de référence par contre, le médecin directeur a réceptionné une aide en vivres offerte par le Programme alimentaire mondiale (PAM). On signale aussi la présence des réanimateurs venus de Kinshasa avec le ministre national de la Santé, Dr. Victor Makwenge. Par contre, à Uvira où sont hébergés quarante blesses, une importante délégation du gouvernement central, forte de sept ministres, séjourne depuis dimanche soir pour assurer la prise en charge.
Une autre trentaine de blesses jugés moins graves sont restés sur place à Sange. Selon le médecin-chef de zone de santé de la plaine de Ruzizi, un état de besoins vient d’être établi à l’intention des bienfaiteurs potentiels.
A l’hôpital de référence de Lemera, dans les moyens plateaux, quatre blessés par brûlure dont un décès, ont été évacues samedi 3 juillet. L’hôpital à besoin d’assistance en produits de pansement et de perfusion, selon le médecin directeur de cette formation médicale. Quelques kilomètres après la sortie de Sange, des centaines de personnes sont rassemblés près de la fosse commune afin de rendre un dernier hommage aux victimes de l’incendie. L’office suit les rites musulman, catholique et protestant.
Les victimes arrivent dans des blouses blanches alors que l’assistance entonne un chant funèbre. Dans la foule, Daoudi a 25 ans et il a perdu son jeune frère dans la catastrophe. « C’est la première fois dans notre village que nous voyons quelque chose comme cela, confie-t-il. C’est vraiment difficile de raconter cette histoire. C’est une calamité ».
« Nous avons mobilisé nos médecins, nos ambulances, nos soldats. C’est un évènement tragique mais c’est aussi une leçon pour nous tous, « a déclaré le commandant Najam, responsable de la Monuc sur place. En ville, des dizaines de soldats congolais et des Nations Unies sont encore là près du camion calciné, renversé au bord de la route. Le sol encore jonché de cendres et de restes humains est noirci sur une centaine de mètres.
Le drame serait accidentel mais le révérend Gombera, lui, y voit une explication surnaturelle. « C’est le diable qui s’est manifesté avec ses démons pour qu’il y ait cet événement triste. Ce camion-citerne a eu son accident juste ici et les gens se demandent pourquoi cela n’a pas eu lieu ailleurs, quelque part sur une montagne ou dans la vallée où il n’y a pas de gens ! ».
L’hôpital d’Uvira débordé
Quelques malades rencontrés à l’hôpital général d’Uvira se plaignent de l’inefficacité de leur prise en charge. Certains brûlés se débrouillent d’eux-mêmes pour acheter certains médicaments dans les pharmacies en dehors de l’hôpital.
Il s’agit notamment de :
- la pommade flamazine ;
- le vaccin antitétanique ;
- le sérum antitétanique ;
- la boite de diclophenac ;
- le sérum physiologique ;
- les antibiotiques.
Une femme a été retrouvée, dans la salle 4 de l’hôpital, entrain de nettoyer les plaies de son malade. D’après certaines sources hospitalières, il se poserait encore des problèmes logistiques pour une prise en charge effective, bien que beaucoup d’efforts sont déployés par les infirmiers et les médecins qui visitent les malades à tout moment.
Le médecin-inspecteur provincial a tenu une réunion de crise avec son staff et les humanitaires dimanche matin pour essayer d’établi un état de besoins en vue d’une assistance. Le rapport de cette réunion de crise a été remis aux autorités territoriales d’Uvira. Aucun bilan officiel actualisé de l’accident n’était encore disponible lundi, mais le nombre de morts pourrait dépasser 240.
Les hôpitaux de Bukavu, Sange et Uvira où près de 200 blesses au total ont été achemines après le drame, enregistrent en effet chaque jour, de nouveaux décès, selon des sources médicales. Le bilan de l’accident s’est alourdi à 242 morts, après le décès de plusieurs blesses, a indiqué à la presse le ministre de la Santé, Victor Makwenge Kaput. La quasi-totalité des victimes, dont une soixantaine d’enfants et une trentaine de femmes, avaient été enterrées sur place dès samedi dans trois fosses communes.
Près de 200 personnes ont également été blessées dans l’explosion du camion-citerne, selon la Mission de l’ONU en RDC (Monusco). Une centaine d’entre-eux sont soignés à Sange et prés de 60 à Uvira, à une trentaine de kilomètres au Sud. Une trentaine, certains brûlés au 3ème ou 4ème degré, avaient été acheminés samedi par des hélicoptères de l’ONU dans deux hôpitaux de Bukavu, le chef-lieu de province du Sud-Kivu à 70 km au Nord de Sange.
Le ministre de la Santé faisant partie de la délégation gouvernementale s’est présenté au chevet des blessés et a laissé une tonne de médicaments qu’il avait apportés avec lui. Selon la RadioOkapi parrainée par l’ONU, l’hôpital d’Uvira manque de moyens et les blesses sont obligés d’acheter eux-mêmes les médicaments dans les pharmacies de la ville. « A l’hôpital de Sange, il n’y a plus de médicaments », avait avoué M. Umbwe.
Tragique accident
Vendredi vers 18H00(16H00 GMT), un camion-citerne transportant environ 50.000 litres d’essence s’est renversé sur le bas-côté de route qui traverse le centre de Sange, avant d’exploser et de prendre feu.
Des habitants qui récupéraient l’essence s’échappant du camion, et d’autres réunis dans une salle pour regarder le Mondial de football, ont été brûlés vifs et une vingtaine d’habitations de cette agglomération d’environ 50.000 habitants ont été détruites par le feu.
Selon M. Umbwe, le camion se serait renversé sur la chaussée en voulant dépasser un véhicule stationné sur la route qui est en bon état à cet endroit mais très étroite. Les causes exactes de l’explosion ne sont pas encore connues. Lundi matin, la carcasse calcinée du camion-citerne gisait tout jours sur la chaussée, couchée son flanc gauche, selon M. Umbwe. On se souviendra que dans sa déclaration, le président de la République a demandé au gouvernement d’élucider rapidement les circonstances de ce drame, afin de prendre toutes les mesures permettant d’éviter que cela ne se reproduise à l’avenir ».
Des condoléances du gouvernement britannique à la RDC
Le drame de l’explosion d’un camion-citerne à Sange continue suscite des réactions de compassion à travers le monde. Dans le lot des prises de position signalées de la part des partenaires extérieurs, il y a en l’occurrence celle du ministre britannique pour l’Afrique, Henry Bellingham, qui n’a pas tardé de présenter à la RDC ses condoléances, au nom du gouvernement de Grande-Bretagne. C’est ce que renseigne un communiqué de presse de l’ambassade britannique à Kinshasa qui a transmis à ce sujet le message ci-après.
« Nous sommes de cœur avec les familles et les amis des personnes qui ont trouvé la mort dans cette tragédie. Notre Ambassade travaille étroitement avec les Nations-Unies ainsi qu’avec d’autres agences humanitaires pour voir quelle assistance la communauté internationale peut apporter aux autorités locales ». Telle est, en effet, la déclaration faite par Bellingham dans le message de condoléances transmis au gouvernement de la RDC.
Le ministre de la Santé publique a présidé une réunion d’évaluation avec les autorités locales. Dans cette épreuve, la RDC bénéficie, entre autres, de l’assistance des casques bleus de la Monusco présents dans cette région. Du reste au moment de cet accident, des casques bleus ont immédiatement volé au secours des personnes touchées.
Selon les informations disponibles, le chauffeur du camion-citerne et des casques bleus avaient tenté en vain de dissuader les personnes venues en masse recueillir le carburant qui s’échappait du camion citerne accidenté. Mais ces personnes n’étaient pas réceptives et ne voulaient rien comprendre au message qui leur était transmis par apport au danger couru et qui était bien réel. Il n’a pas tardé à se manifester dans une violence et une désolation sans nom.
Il y eut alors plusieurs victimes surprises par l’explosion du camion et l’incendie dans une salle de cinéma au moment où elles suivaient un match de football de la coupe du monde. Prises au piège dans cette salle, ces personnes n’ont pas eu le temps de comprendre et de se sauver à temps.
MMC
(DN/Yes)