Les populations qui vivent à l’intérieur de notre pays ne sont pas sécurisées par les autorités administratives qui les encadrent sinon, comment expliquer que des abus souvent décriés sont l’œuvre des administratifs de carrière, comme ce qu’a fait le commandant du sous-commissariat de Kimuakasa.
Il s'était passé le 12 juin 2010, un événement malheureux à Kintedi, un village du Bas-Congo, dans le groupement de Kingao, territoire de Kasangulu. C'était un samedi, jour de travail, les villageois se rendent normalement aux champs. Quelque temps après, on avait entendu des voix s'élever de l'autre côté de la forêt. Ces bruits sortaient d'un champ du manioc, une fille de 17 ans vociférait pour ses graines de piments volés. Cette fille au nom de Massé accusait un garçon de maman Nkengi de la concession voisine. Il s'agissait des " matubulu ", une espèce de plante qui pousse spontanément dans les champs.
Quand Massé la fille de maman Nzinga s'était rendue au bout du champ et avait constaté que ses piments avaient été volés, elle avait commencé à vociférer. Ces deux enfants appartiennent à deux familles distinctes, toutes concessionnaires des terres agricoles. Ces deux domaines sont voisins, celui de 90 hectares à maman Nkengi et l'autre de 15 hectares à M. Nzinga, qui se trouvait en voyage à Kinshasa et dont la femme était morte.
Le samedi tragique, maman Nkengi âgée de 70 ans et sa congénère maman Nzinga de 30 ans se trouvaient dans les champs occupées, la première était occupée à récolter le maïs et la seconde à décaler des tiges de manioc, chacune dans sa plantation.
Croyant que sa fille partie au bout du champ était battue par un enfant de la voisine, maman Nzinga avait piqué une crise et s'était effondrée, alors qu'elle portait une grossesse de 4 mois ; lors de son dernier accouchement le médecin l'avait prévenue des risques d'une nouvelle grossesse à cause de son hypertension chronique, mais elle n'avait pas suivi cet avis.
Quand les enfants qui étaient à proximité avaient vu leur mère tomber à la renverse, ils avaient appelé au secours ; on a vite transporté la malade au dispensaire du village où Kabuiku, l'infirmier avait annoncé à la stupéfaction des habitants que la malade ne respirait plus, elle était déjà morte.
Croyant que maman Nzinga était morte des suites d'une bagarre survenue dans la forêt, certains habitants des villages environnants étaient descendus piller tous les biens de maman Nkengi, jusqu'à enlever les tôles de sa maison, incendier la case et les 200 sacs des produits agricoles déjà emballés, entassés dans l'hangar.
Le lendemain, vers 16 heures, l'officier de la police du sous commissariat de Kimuakasa était arrivé sur le lieu ; il n'y avait plus rien, sinon un paysage de champ de ruines ; il ne lui restait que se rendre à Kingao, le siège du groupement afin de récupérer les suspects qui y étaient gardés pour les conduire à son poste d'attache, à Kimuakasa.
C'est alors que va arriver, ce qu'on a toujours reproché aux officiers de la police, de violer intentionnellement la loi, en détenant les personnes arrêtées pendant plusieurs jours dans leur cachot, malgré ce qu'a prescrit la constitution de la RDC à son article 18 : " La garde à vue est limitée à 48 heures ". Pour le commandant Mpungi la loi n'est pas faite pour lui.
Après avoir récupéré les coupables, ou mieux, les présumés tels, il les avait mis dans son cachot de 3 mètres sur 3,5 mètres, en les gardant pendant 10 jours, chaîne aux pieds et aux mains la nuit, chaîne aux poignets le jour, ceci, prétendait-il, pour éviter leur fuite.
Prétextant que la famille de la victime avait préparé une attaque de représailles contre les inculpés devant être conduits au parquet de Grande instance de Kikonka, ce justicier avait dirigé son groupe dans une voie détournée passant par Sona-Lemba, Kibambi et Ngeba et qui aboutit à Kikonka, nécessitant trois jours de marche.
Pendant leur odyssée, chaque personne arrêtée recevait 2 beignets par jour comme repas. Arrivés au 15ème jour à Kikonka, en groupe, un détenu avait raconté que le pire du voyage était leur séjour au cachot du sous commissariat de Kibambi où ils avaient passé la nuit dans une cage des chèvres ; les chèvres étaient aussi là, elles aussi arrêtées, mais pour divagation.
L’Observateur
(CL/TH/Yes)