Placé sous le thème général « Journalisme en prise directe avec l’avenir », ce 27ème congrès mondial de la Fédération internationale des journalistes (Fij) a rassemblé plus de deux cents cinquante délégués venus de tous les continents, dont une trentaine des journalistes africains.
La cérémonie d’ouverture du Congres s’est déroulée dans la salle de théâtre de San Fernando, en présence de Mme Teresa Fernandez de la Vega, Vice-Première ministre espagnole. Dans son allocution, elle a déclaré qu’il faut faire de la démocratie une réalité et cela passe par la liberté d’expression.
Faisant un clin d’oeil aux journalistes, elle a indiqué que « les fausses rumeurs et les informations biaisées peuvent devenir des armes de destruction massives ». D’où cet appel : « Dans vos mains réside une grande responsabilité : discerner ce qui mérite d’arriver au citoyen, parmi l’avalanche des nouvelles ». Pour mémoire, c’est dans cette salle de théâtre qu’a été votée en 1810 la première loi sur la liberté de la presse en Espagne. Les travaux proprement dits se sont déroulés au palais des congrès.
Si la première journée a été consacrée essentiellement aux débats sur l’avenir du journalisme, la persécution des journalistes et l’impunité ont été mises en exergue comme étant des défis de taille à relever.
En témoigne le nombre de motions ordinaires et urgentes envoyées par différents syndicats et qui ont fait l’objet des discussions des congressistes. On a compté, en effet, 15 motions sur la persécution des journalistes et. L’impunité dont deux rédigées par le SNPP, 9 motions sur la crise de la presse et les droits de travail, 3 sur les droits d’auteur et copyright, et 5 sur le travail syndical. Au total, 40 motions ordinaires et 16 motions urgentes ont été adoptées par le 27ème congrès.
Un avenir pas si rose
Pour revenir au débat sur l’avenir du journalisme, il a été constaté que les journalistes font face à la Culture de l’intolérance de plus en plus répandue, à l’Internet et d’autres nouvelles techniques de l’informations et de la communication toujours envahissantes, sans oublier les vagues de pauvreté et de corruption.
La question que beaucoup de congressistes se sont posés est celle de savoir comment, dans ce contexte, maintenir un journalisme éthique et de qualité. Pour les panélistes Jean-Paul Marthoz (Belgique) et John Nichol (USA), chaque partie en présence doit faire sa part pour sauver le journalisme menace.
Pour 1e gouvernement, soulignent-ils dans leur rapport, il ne doit pas s’immiscer dans les affaires journalistiques, mais il peut contribuer à la mise en place d’un environnement de base pour la liberté des médias, en supprimant les obstacles à la liberté de la presse et en améliorant le statut des travailleurs du secteur du journalisme ». D’où la nécessité et l’urgence de dépénaliser ou décriminaliser les délits de presse. Il s’agit de ne pas ajouter une pression supplémentaire à celle que subissent les journalistes dans l’exercice quotidien de leur métier.
Le rôle des journalistes
Mais, dans cet environnement de crise, que doivent faire les journalistes et les organisation professionnelles des médias pour maintenir le cap ? Le rapport souligne deux pistes à explorer. La première consiste au renforcement des liens entre les journalistes et les communautés qu’ils servent en se concentrant sur les systèmes de responsabilité et en renforçant le dialogue entre le journalisme et la société civile.
La seconde piste est celle de l’autorégulation. Pour survivre aux multiples crises actuelles et futures, « le journalisme doit se montrer capable de garantir des informations crédibles, transparentes, pertinentes et responsables. Dans un monde tenaillé par les conflits, tant au niveau des société qu’entre les pays, la nécessité de disposer d’un journalisme professionnel n’a jamais été plus importante », conclut le rapport.
John Nichols, auteur du livre sur « La vie et la mort du journalisme américain la révolution des médias qui reconstruira un monde nouveau a donné des informations sur les médias aux Etats-Unis. Ces trois dernières années, a-t-il dit en substance, on a fermé 150 journaux, soit plus de 30.000 emplois supprimés à cause de la crise. Par ailleurs, à Baltimore, 96% des nouvelles diffusées provenaient du pouvoir ! Il s’est indigné de constater que dans son pays, on dénombre un journaliste contre quatre agents de relations publiques.
Qu’à cela ne tienne, a fait observer Jean-Paul Marthoz, le journalisme demeure un bien public. Où que nous allions, a-t-il renchéri, le journaliste jouera peut-être un rôle différent de celui qui lui revient aujourd’hui, mais un rôle primordial.
La montée en puissance des Africains
Au cours des élections des membres du Comité Exécutif de la FIJ, les congressistes ont réélu Jim Boumelha, du syndicat des journalistes britanniques, pour un second et dernier mandat à la tête de la Fédération.
Et pour la première fois, un Africain a été élu au poste de Premier Vice-président de la FIJ. Il s’agit de Younes Mjahed du syndicat de la presse marocaine (SNPM). Et alors qu’il n’avait droit en principe qu’à deux sièges pour les postes de membres du Comité, le groupe africain a réussi à obtenir quatre. Une grande prouesse due à l’unité affichée par tous les délégués du continent qui ont privilégié l’intérêt collectif.
Rendez-vous a été pris pour 2013. Les candidatures pour l’organisation de ce 28ème rendez-vous restent ouvertes. L’on attend aussi que l’Afrique montre le bout du nez.
Stanis Nkundiye/Le Phare
(GTM/Milor/GW/Yes)