La Banque mondiale a vivement exprimé, par sa directrice des opérations en RDC, ses inquiétudes sur le niveau d’exécution de ses projets. Si, de prime abord, ce sentiment peut paraître routinier, c’est son incidence éventuelle sur la décision du FMI relative à l’admission du pays au point d’achèvement qui pose problème. Sa mauvaise note (2,7) reçue en 2009, bien en-deçà de la moyenne africaine (3,3), étant susceptible d’un recalage à l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative PPTE.

A l’ouverture jeudi à Kinshasa de la 3ème revue de la performance du portefeuille de la Banque mondiale en RDC, la directrice des opérations de la Banque mondiale, Marie-Françoise Marie-Nelly, a exprimé ses inquiétudes sur le niveau d’exécution des projets que son institution y finance.

« Force est de constater que la performance s’est dégradée. Nous avons quatre projets à problèmes contre trois projets l’année dernière. Deux ont pu traiter les questions en suspens, mais trois nouveaux projets sont entrés dans la catégorie de projets à problèmes. De même, le nombre de projets à risques est également visible : de cinq à neuf entre avril 2009 (lors du dernier CPPR) et juin 2010 », a-t-elle relevé.

Face à ce tableau sombre, il y a lieu de répondre à un certain nombre de questions pour, a-t-elle indiqué, « comprendre les causes » de cette débâcle et « essayer d’y remédier avant la revue du mois d’octobre ».

« Où en sommes-nous dans la mise en œuvre ? D’où viennent ces profonds retards de décaissements ? Est-ce que les calendriers sont réalistes ? Est-ce qu’il y a un manque de suivi ? Est-ce que les structures ne sont pas adaptées ? » sont les interrogations dont les réponses vont amener le gouvernement à changer son fusil d’épaule.

A cet effet, elle a invité les experts associés à la 3ème revue à aborder les problèmes en deux phases, dont la première est à caractère technique et la seconde, de plus grande envergure, à l’initiative du ministre des Finances, où seront conviées les partenaires au développement de la RDC.

Marie-Françoise Marie-Nelly a dit accorder un « caractère particulier » à cette revue dans la mesure où elle précède de quelques semaines la célébration du Cinquantenaire de l’indépendance de la RDC et se tient avant la visite à Kinshasa de la vice-présidente de la Banque mondiale dans le cadre des consultations sur la stratégie Afrique de cette institution.

Pour toutes ces raisons, a-t-elle affirmé, cette 3ème revue est « un moment de bilan, un moment de réflexion » et une occasion de se pencher sur le nouveau cadre d’intervention de la Banque mondiale en RDC.
Par conséquent, elle l’a placée sous le signe de « l’appropriation » des programmes par les équipes nationales, demeurant ainsi dans la ligne des recommandations de l’agenda de Kinshasa sur l’efficacité de l’aide en RDC de juin 2009.

Soulignant le dynamisme de la Banque mondiale, en accompagnement aux actions du gouvernement, Marie-Françoise Marie-Nelly a indiqué que le portefeuille des projets de la Banque mondiale en RDC correspond à 1,1 milliard Usd.

Améliorer la notation IDA

L’actuel défi pour la RDC est, selon Françoise Marie-Nelly, « d’améliorer sa notation IDA (Ndlr : guichet concessionnel de la Banque mondiale) ». Car, a-t-elle insisté, « les ressources sont allouées principalement en fonction de la note du pays par rapport à ses performances dans les réformes et politiques qui contribuent à la réduction de la pauvreté et une meilleure équité dans le partage des ressources nationale ».

Or, pour l’année 2009, la RDC a reçu la note 2,7 - bien en-deçà de la moyenne africaine établie à 3,3.

Mardi dernier, le staff de la Banque mondiale en RDC a eu une séance de travail avec le gouvernement, représenté notamment par les ministres des Finances, du Plan, de la Santé, du Budget et le vice-ministre de l’EPSP.

Il s’est agi principalement d’examiner, avec le staff de la Banque mondiale, les pistes à explorer pour améliorer à l’avenir les résultats de la RDC qui « est sur la bonne position pour augmenter son CPIA (Country policy and institutionnal assessment ou performance des institutions et des politiques), car plusieurs réformes sont en cours », note la Banque mondiale.

Les membres du gouvernement présents à cette rencontre ont reconnu que cet « échange » était important pour baliser la voie, notamment celle qui mène au point d’achèvement de l’initiative PPTE.

La mauvaise note attribuée à la RDC dans la cotation CPIA de l’IDA pourrait certainement influer dans les critères d’évaluation du point d’achèvement. Qui pis est, des inquiétudes soulevées hier jeudi par la Banque mondiale dans l’exécution de ses projets en RDC sont aussi, susurre-t-on dans les milieux spécialisés, susceptibles de gêner le parcours de la RDC vers le point d’achèvement.

Il y a donc urgence, pense-t-on, de recadrer le tir en vue de limiter toute accumulation des notes négatives alors que l’on s’approche du bout du tunnel de l’initiative PPTE. La Banque mondiale envisage d’emprunter la même voie, convaincue de la nécessité de recentrer pour plus de visibilité de ses actions sur terrain.

La banque mondiale se recentre

Par rapport à la 3ème revue, Marie Françoise Marie-Nelly s’est félicitée du portefeuille de la Banque mondiale en RDC qui, selon elle, a atteint sa « maturité ». Actuellement, a-t-elle dit, la Banque essaye graduellement de se « recentrer sur moins de secteurs pour plus d’impact et de visibilité » de ses actions sur terrain.

Cependant, pour assurer la pérennisation, il est important, pense-t-elle, que « les projets s’intègrent davantage dans les cadres stratégiques sectoriels et que les ministères de tutelle prennent davantage en main le suivi des projets qui relèvent de leur tutelle ».

Sensible aux remarques de la Banque mondiale, le ministre des Finances, Matata Ponyo Mapon, a reconnu que le niveau des décaissements demeure encore « faible ». Dans la foulée, il a réaffirmé la détermination du gouvernement à œuvrer dans le sens d’une amélioration des mécanismes de mise en œuvre des projets financés par cette institution. Après avoir invité la Banque mondiale à plus de flexibilité et de souplesse dans ses mécanismes, il a indiqué que le gouvernement s’est engagé à procéder à des revues périodiques pour « réorienter » ses propres stratégies.

A ce propos, a-t-il annoncé, une cellule de suivi des projets a été mise en place pour plus de visibilité dans les actions déployées par les partenaires au développement.

Le Potentiel


(TN/PKF/GW/Yes)