Les deux figures féminines marquantes de l´histoire de l´Afrique centrale, la Reine Nzinga et la prophétesse Kimpa Vita, sont donc mises en relief par Sylvia Serbin. La trentaine d´années de l´âpre résistance de la souveraine du Ndongo (1623) et du Matamba (1630) est restituée dans ses aspects diplomatique, politique, militaire et religieuse.
Cela a été, fait, par Sylvia Serbin, dans son ouvrage «Reines d´Afrique et héroïnes de la diaspora noire», réédité, il y a quelques semaines par la maison Sépia, á Saint-Maur des Fossés, située en région parisienne.
Ce livre de 301 pages présente la vie d´une vingtaine de femmes d´exception ayant marqué, dans plusieurs domaines et sous divers angles, l´histoire du continent et de sa continuité outre-Atlantique. En effet, cette rétrospective se déroule en huit regroupements caractérisant, globalement bien, les parcours des différentes figures choisies.
L´on redécouvre donc d’extraordinaires efforts de survie et de réussite politiques d´Abba (princesse) Pokou, la sacrificatrice reine baoulé du XVIIIème ; la brève mais mouvementée régence au trône d´Abomey, au début de ce même siècle, de la courageuse, et naturellement, effrontée, Tassin Hangbe, sœur jumelle du Roi Akaba.
Ensuite, l´historienne des caraïbes, dont la grande particularité d´être née en Afrique, revisite, dans une écriture agréable de spécialiste en matière de communication, la gestion particulièrement délicate par Ndette Yala, de la situation politique de l´ensemble îlien, constituant l’entité, wolof, du Walo, prise en tenaille, au milieu du XIXème siècle par les assoiffés esclavagistes maures trarzas et le comptoir français de Saint-Louis, avides de facilités commerciales ; le règne de la nationaliste, mais aussi véritable femme d´Etat responsable, Ranavalona III, ultime figure d´une lignée de reines qui incarna le dernier siècle de la monarchie malgache matrilinéaire.
Forte Personnalité
Dans le registre « Femmes de pouvoir et d´influence», l´auteur, qui a collaboré à la rédaction de l´Histoire Générale de l´Afrique, de l´UNESCO , remémore, entres autres personnages, le rôle décisif de Néfertiti auprès de son mari, le célèbre Aménophis VI (rebaptisé Akhenato), dans l´ardente instauration d´une théologie monothéiste durant la XVIIIème dynastie sous le Nouvel Empire, au XIVème siècle avant notre ère ; la forte personnalité politique de Kassa, première épouse du Mansa ( Roi des Rois ) Souleymane qui régna sur l´Empire du Mali, de 1341 à 1360 ; le parcours hors du commun, au XIXéme, de la grande yourouba, l´Iyalode Tinubu, femme d´affaires prospère et dont l´engagement dans la vie politique et militaire de la chefferie d´Abeokuta, a été remarquable.
Passant au martial chapitre consacré aux «Résistantes», l´historienne- militante réexamine l´inattendu leadership par Damian Bant Thabet, plus connue sous le pseudonyme de La Kahena, de l´ héroïque résistance des Berbères, dans les Aurès, entre 683 et 702 ap.J-C, face á l´avancée des troupes de confession musulmane ; la participation de Solitude la mulâtresse á une des euphoriques et précipitées rébellions armées, qui ont , naturellement, éclaté, en Guadeloupe, quelques mois, après la révolution française de 1789, durant laquelle l´on avait décrété, dans les colonies de l´Hexagone, la première abolition de l’esclavage ; la très risquée organisation par l´africaine-américaine Harriet Tubman (1820-1913), des réseaux clandestins, connus sous l´appellation d´Underground railroads, qui ont permis l´exfiltration des bastions esclavagistes du sud vers les contrées abolitionnistes du nord des Etats-Unis d´Amérique, de milliers de captifs. Et, lorsqu’ éclate la prévisible Guerre de Sécession en juin 1863, elle rejoignit, sans hésiter, le front des combats.
Sensible aux actions collectives qui font véritablement l´histoire, Sylvia Serbin a tenu á mettre en relief, d´une part, le sacrifice des femmes de Nder, capitale du Walo, qui refusèrent, en novembre 1819, d´être réduites en esclavage par les insatiables maures trarzas et, d´autre part, l´importance, depuis le XVIIéme, du supplétif corps militaire féminin des «Aligossi» et des «Djadokpo», plus connus sous la désignation des Amazones du Dahomey.
Par ailleurs, afin de mettre en évidence, les graves effets du très traumatisant XIXéme siècle (période de grandes conquêtes militaires européennes de l´Afrique ), l´historienne – portraitiste, a inclus dans son ouvrage, l´implacable Malan Alua, princesse de Sanvi, entité politique des Agnis de l´actuelle Côte d´Ivoire et Nongquase, la fatale prophétesse xhosa .
Féminité
Les deux figures féminines marquantes de l´histoire de l´Afrique centrale, la Reine Nzinga et la prophétesse Kimpa Vita, sont donc mises en relief par Sylvia Serbin. La trentaine d´années de l´âpre résistance de la souveraine du Ndongo (1623) et du Matamba (1630) est restituée dans ses aspects diplomatique, politique, militaire et religieuse.
Et, avec sa plume de femme et de mère, la génitrice de «Reines d´Afrique … » termine, bien volontiers, sa chronique sur Anne Nzinga par l´émouvante évocation de la «Ngola», âgée alors de 82 ans , regrettant profondément de n´avoir pas laissé de fils pouvant lui succéder sur le trône du Matamba.
Quant au mouvement conduit par Dona Béatrice (1622 – 1762), dont l´inspiration lui a été faite par Saint – Antoine, patron des naufragés et de ceux qui souffrent , l´auteur y met en lumière le puissant schisme clairement africanisant prôné par la jeune prophétesse.
La fervente et massive adhésion des populations kongo aux campagnes de la «Salve Antonia» précipita la mise au bûcher, le 2 juillet 1706, dans les environs de l´actuelle ville de Mbanza Kongo, sous l´instigation des pères capucins, de l´hérétique.
Mettant toujours en évidence la féminité des personnages sélectionnés, l’auteur revient sur le pathétique attachement, jusqu´au l´échafaud prêt à brûler, de Kimpa Vita, jeune mère, à son bébé qu´elle considérait comme le futur sauveur de son peuple. Le nourrisson fût arraché, in extremis, sous la pression des prêtres italiens inquisiteurs pris de remords.
Adoptant une ligne de reconstitution rigoureusement scientifique, l´historienne originaire de l´outre – Atlantique a aménagé avec cet ouvrage – galerie, un des panthéons de l´Afrique et de ses prolongements caribéen et américain, corrigeant, de ce fait, les cristallisations historiques unilatéralement phallocratiques.
Il ne reste à souhaiter que cet ensemble de portrait, réussi, puisse connaître un vrai destin pédagogique continental et outre –Atlantique ; l´objectif étant de consolider l´appropriation collective des repères historiques du monde noir, dans la grande perspective de la renaissance de l´Afrique et de sa « Sixième Région ».
Recension de : Simão souindoula, docteur en histoire. directeur de bantulink (reseau international pour la promotion de l´identité et de la diversite des cultures bantu).
Le Potentiel
(Milor/BT/PKF)