La vie devient de plus en plus difficile que les parents laissent leurs enfants faire aussi le petit commerce afin de les aidés à mieux nouer les deux bout du mois.
Ils offrent à l’envi au prix de 200 francs le stylo a bille de marque Style, le papier mouchoir à 250, toutes les marques de cigarette dont la tige varie de 50 à 100 francs. Si, pour certains, la spécialité est la vente ambulante des friperies, (pantalons et chemises usagés), d’autres par contre exercent le métier des cireurs sur la voie publique. Une paire de souliers est encaustiquée à 100 Fc au moins.
Cependant, pour les fillettes, les pieds couverts de poussière et le visage empreint de fatigue, passent d’une rue à une autre. Les bottes de feuilles de manioc ou de légumes sur la tête, les vans d’osiers, les balaies sur leurs têtes (tout en hélant par ce refrain « kombooo, kombooo », des sachets d’eau condition nés dans un bassin, si bien en dépit de l’interdiction de vendre l’eau ensachées à Kinshasa sous la crainte de polluer la ville mais ces fillettes ne passent pas inaperçues dans les rues de la capitale.
Il n’est pas non plus rare, en passant au lieu dit Luisa (un petit marché qui s’étend le long des rails dans la commune de Lingwala) de les apercevoir, en semaine comme en week-end. Sous le soleil ou dans la bise fraîche de la saison sèche, elles se promènent dans la rue pour vendre leur marchandise, espérant gagner ce qui sera « leur argent d’habit pour certaines circonstances, notamment les fêtes », explique l’une d’entre elles.
Ce qui n’est pas le cas de Mad, 16 ans, élève en classe de 4ème au Centre de promotion sociale, section coupe et couture.
« Tous les jours à la sortie de l’école, je viens aider Nana à servir les clients », confie la fillette. Nana, la grand-mère de la fillette, est vendeuse de poissons à la braise dans l’un des quartiers de Lingwala. « Je donne de l’eau aux clients pour qu’ils lavent leurs mains ; je les sers et je débarrasse les assiettes pour ensuite les lavés » raconte Mad.
Vêtue d’une jupe bleue, son uniforme scolaire, la fillette, assistée parfois de deux de ses secours plus âgés qu’elle, veille à ce que les clients, des maçons et ajusteurs pour la plupart, ne manquent de rien. Malgré le nombreux aller-retour entre les tables, cette situation ne semble pas la gêner outre mesure. Ni l’empêcher de réviser ses cours. « D’habitude, je rentre tôt à la maison, que la marchandise soit fini ou pas.
Comme ça, je peux me reposer et apprendre mes leçons après », soutient-elle. Si pour Mad, les choses semblent aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, ce n’est pourtant pas le cas pour d’autres « enfants commerçants ». A l’exemple de Céd, 17 ans. Vendeur de bananes plantains, de chikwangues et de croupions de dindes grilles, le petit adolescent sillonne les rues du centre-ville jusqu’à la tombée de la nuit, son plateau sur la tête.
Commerçant depuis l’age de 7 ans, Céd est parfois obligé de marcher des heures durant écouler sa marchandise, une marchandise souvent boudée par certains clients. « Ils disent que mes plantains ne sont pas frais ou qu’ils n’achètent pas parce que mon plateau n’est pas couvert ou que les chikwangues sentent les grains de sable », se plaint l’enfant. Pourtant, le garçon est tenu de rapporter de l’argent à la maison, et parfois prendre en charge les membres de famille de son habitation.
Bien que les vacances ou les congés soient entamés, que ce soit au Marché Gambela à KasaVubu, au centre-ville ou dans les quartiers, on rencontre encore de nombreux « enfants commerçants » dans la rue, certains à peine âgés de 8 ans. Si l’on s’accorde à dire que la période des grandes vacances est propice aux petits commerces car elle est sensée occuper les enfants, on ne comprend pas que certains parents continuent à envoyer leurs enfants dans la rue et ce, malgré leur jeune âge.
Une situation que tente d’expliquer une vendeuse : « la vie est très dure et l’argent que nous gagnons est pour nos enfants. C’est normal que eux aussi participent, comme ça, ils comprendront que ce n’est pas facile d’avoir de l’argent ! »
Le Palmarès
(Milor/GM/PKF)