Le public n’est pas encore remis du choc provoqué par l’assassinat annoncé de l’activiste de défense des droits de l’homme qui rige l’Ong La Voix des sans voix, Floribert Chebeya.

Très sensible, le Chef de l’Etat n’a su se contenir. Jeudi, en effet, il a dépêché Pierre Lumbi Okongo, son Conseiller Spécial en matière de sécurité, sur le lieu du deuil, à Binza Ozone, au numéro 15 de l’avenue Démocratie, derrière le Centre Supérieur Militaire, dans la commune mère de Ngaliema.

Triple messages : présenter des condoléances à la suite de la mort, compassion pour la perte immense enregistrée et promesse ferme de sanctionner les criminels, une fois, retrouvés.


Le Chef de l’Etat, qui regrette et condamne cet acte, rassure qu’à l’issue des enquêtes, la lumière sera faite à la Nation sur les circonstances ayant occasionné la mort de Floribert Chebeya Bahizire, Directeur Exécutif de la Voix des Sans Voix, une des plus vieilles Ongs de défense des droits de l’homme œuvrant, depuis des décennies, en RD. Congo.

Un geste qui dit tout. Une démarche qui résume tout. Kabila est choqué, voire très choqué. Humainement, il n’a su se contenir devant la cruauté de l’acte. Il promet des enquêtes. Il promet des sanctions exemplaires à l’endroit des criminels, une fois retrouvés. Dans sa foi, Joseph Kabila engage les services publics à tout mettre en œuvre, pour tirer au clair toute la situation. Pierre Lumbi Okongo, son Conseiller Spécial, l’a dit et répété à la veuve Chebeya qu’il a rencontrée jeudi en début d’après-midi, en la résidence de l’illustre disparu, lieu du deuil, au numéro 15 de l’avenue Démocratie, derrière le Centre Supérieur Militaire, à Binza Ozone, dans la commune de Ngaliema.

Le but visé, dans cette descente chez Chebeya était également de présenter à la famille éplorée les condoléances du Chef de l’Etat, mais surtout, d’exprimer sa compassion à la famille, en la rassurant que les criminels impliqués, de loin ou de près, seront traqués jusqu’à leur dernier retranchement. Message bien reçu, a-t-on appris, de source crédible. La famille, ajoute-t-on, n’aurait pas mieux cherché que d’être éclairée sur les tenants et aboutissants de cette mort impromptue. Surtout que le vide ne saurait être facile à combler.

Page tournée ! A fleur d’âge, Floribert Chebeya Bahizire, n’est plus. Finalement, son corps est momentanément consigné à la morgue de l’Hôpital Général de Kinshasa, ex-Mama Yemo. Jusque-là, aucun programme officiel n’a été communiqué, mais il est quasi certain que dans les prochaines heures, l’opinion sera fixée sur le lieu et la date des obsèques. En attendant, des rumeurs ont circulé jeudi, dans la soirée, rumeurs indiquant que le corps du chauffeur aurait été retrouvé à Kinkole, sur la route de Bandundu. Aucune source policière n’a pas encore confirmé cette nouvelle.

Un cadre de la Voix des Sans Voix, contacté par la presse, a même décliné ses responsabilités sur toutes les allégations sur ce prétendu corps du Fidèle Bazana Edadi « retrouvé » à Kinkole. Ce cadre ayant requis l’anonymat estime qu’il s’agit là, de la poudre aux yeux. Car, à son avis, la VSV n’a toujours pas encore de nouvelles du chauffeur du Directeur Exécutif, depuis le douloureux événement survenu dans la nuit du 1er au 2 juin. Des larmes à flot … Le tollé est général. D’Est à l’Ouest, du Nord au Sud de la RD. Congo, les Ongs des droits de l’homme, les associations citoyennes, les médias et autres organismes nationaux et internationaux râlent et condamnent l’acte.

Les uns accusent la police. Tandis que les autres, plus circonspects, réclament des enquêtes indépendantes, pour étayer les mobiles de la mort subite de Flori –pour les intimes. De l’extérieur est enregistré également un tollé de réaction, notamment Avocats sans frontières, la France via Bernard Valero, porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes, la Belgique par le biais de Vanackere, le Vice-Premier ministre belge en charge des Affaires Etrangères, la condamnation reste unanime. De son côté, le gouvernement dit qu’aucune piste ne sera privilégiée. L’Exécutif National entend, à sa manière, explorer toutes les voies, pourvu qu’il arrive à mettre la main sur les assassins de Floribert Chebeya. Quoi qu’il en soit, les autorités congolaises sont invitées à agir, le plus rapidement possible, pour arrêter, juger, condamner et punir les auteurs de cet acte inhumain.

Consternation et réactions jusqu’à travers le monde

Diverses réactions sont enregistrées après la mort suspecte, dans la nuit du 1er  au 2 juin à Kinshasa, du directeur exécutif de l’ONG La Voix de sans Voix (VSV), Floribert Chebeya. Le Général Jean de Dieu Oleko, inspecteur provincial de la Police nationale congolaise (PNC) pour la ville de Kinshasa, le Secrétaire exécutif de la Com­munauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL) et an­cien ministre des Droits humains, Ntumba Luaba, ainsi que Me Ri­chard Bondo, président de l’ONG Avocats sans frontières, ont réagi mercredi à l’annonce de cette mort.

« Son corps a été retrouvé sans vie, allongé sur le siège ar­rière de (sa) voiture, apparem­ment sans trace visible de vio­lence », a déclaré le général Jean de Dieu Oleko. Le véhicule était stationné à la sortie de Kinshasa, en direction de la province du Bas-Congo (Sud-Ouest). Le général Oleko a regretté le meurtre de Floribert Chebeya et annoncé avoir initié une enquête pour déterminer les causes et retrouver les auteurs de ce crime.

« Nous avons l’obligation constitutionnelle de pouvoir re­trouver ceux qui ont posé cet acte ignominieux. Aussitôt qu’on a été au courant, on a lancé déjà des éléments, des gens sont commis pour des enquêtes afin que nous puissions aboutir à des résultats pour éclairer cet événement ma­cabre », a souligné le Général Oleko.

De Gisenyi où il séjourne, le Secrétaire exécutif de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL) et ancien ministre des Droits humains, Ntumba Luaba, s’est dit cons­terné par la mort de Floribert Chebeya. « Pour moi, c’est une perte incommensurable, parce que Floribert Chebeya, j’ai eu à tra­vailler avec lui comme ministre des Droits humains, c’était un homme très engagé aux côtés des faibles, des exclus, des or­phelins et des veuves. Voilà qu’il meurt de façon tragique ». Ntumba Luaba a estimé que cette mort était inacceptable et a insisté sur la nécessité de mener des enquêtes. « Ça choque, a-t-il renchéri, la conscience de tous les défenseurs des droits de l’Homme, et nous pensons que le ministre de la Justice et des Droits humains, lui-même, est interpellé parce qu’il est en première ligne.

Avocats sans frontières/Congo, s’est dit tout aussi bouleversée par la mort tragique du président de la VSV. Richard Bondo, le pré­sident de cette organisation a in­terpellé particulièrement-le Chef de l’Etat pour « qu’il s’implique per­sonnellement dans la recherche de l’assassin de Chebeya ».

3Si l’assassin n’est pas retrouvé, la RDC deviendrait une jungle », a estimé Richard Bondo qui a ex­horté le gouvernement « à doter le pouvoir judiciaire et la police des moyens nécessaires pour pour­suivre les criminels ». Pour faciliter l’enquête, Ri­chard Bondo a demandé à tous ceux qui détiennent une informa­tion sur la mort de Chebeya de coopérer avec la justice.

La VSV s’était inquiétée de cette « disparition » dans un com­muniqué. L’organisation indique que son président avait été con­voqué à un rendez-vous solli­cité auprès de l’inspecteur géné­ral de la police nationale congo­laise lors d’un appel téléphonique, dans la matinée de mardi. Floribert Chebeya s’y était rendu avec son chauffeur mais il n’avait pas pu rencontrer l’inspec­teur général, à en croire un SMS envoyé à son épouse. Il disait alors se diriger vers l’Université pédagogique nationale (UPN). Dès 21 h 15, Floribert Chebeya n’a plus répondu aux ap­pels sur son téléphone portable et celui de son chauffeur était éteint.

Le président de la VSV avait envoyé un courrier demandant à l’inspection son « intervention pour l’humanisation des conditions car­cérales ». Le 28 mai, un certain « Monsieur Michel », se réclamant de « l’Inspection générale de la police » s’était rendu à la VSV pour remet­tre un accusé de réception du cour­rier, d’après l’organisation. A la suite de la double dis­parition, l’ONG a contacté « M. Mi­chel » pour avoir des précisions sur le rendez-vous entre l’inspection générale et son président.

L’interlocuteur « ne recon­naissait pas avoir appelé ce dernier mardi et n’était pas au courant de ce rendez-vous », précise le communiqué de la Voix des sans ­voix. Aux dernières nouvelles, le corps du chauffeur de Chebeya a été retrouvé jeudi à Kinkole, à l’Est de la capitale.

Le Belge Vanackere « choqué » par le décès de Floribert Chebeya

Le vice-Premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères, M. Steve Vanackere s’est dit « choqué » par la nouvelle du décès à Kinshasa de M. Floribert Chebeya, un défen­seur des droits de l’homme « bien connu et également apprécié » en Belgique. « Il est important qu’une en­quête approfondie soit lancée afin de faire toute la lumière sur les cir­constances de ce décès », a indiqué le ministre dans un communiqué rendu public jeudi par les Affaires étrangères belges.

M. Vanackere a demandé « à l’ambassadeur de Belgique à Kinshasa de suivre de près cette affaire préoccupante et de se pencher, avec ses collègues de l’Union euro­péenne, sur les suites qui y seront données », précise le communiqué qui signale par ailleurs que l’ambas­sadeur de la RDC en Belgique, M. Henri Mova Sanyi, avait été interpellé sur cette affaire mercredi.

La Prospérité/APA


(DN/TH/Yes)