Les finances publiques accusent depuis mars de très bonnes performances avec le constat de quelque 142 milliards de FC d’excédent budgétaire pouvant pousser à la tentation de dépenses imprévues alors qu’il est capital de s’en interdire strictement pour réussir le défi de l’aboutissement vivement attendu de l’Initiative PPTE
Entre le gouvernement et la Banque centrale du Congo, on est presqu’au parfait amour. Les deux acteurs se sont engagés à regarder dans la même direction pour passer le cap du point d’achèvement de l’Initiative PPTE tout en garantissant la réussite du programme conclu en décembre 2009 avec le FMI. Fini le temps où chacun cherchait à tirer la couverture de son côté pour se dédouaner devant les dérives du cadre macroéconomique. Conséquence : depuis début mars, les finances publiques ont viré au vert. Mais le plus dur est de maintenir ce cap et d’éviter tout dérapage. Défi à relever.
Les finances publiques de la République démocratique du Congo affichent, en effet, une bonne forme depuis début mars 2010. Le rythme de progression des opérations financières de l’Etat, centralisées au niveau du compte général du Trésor, est tellement impressionnant que nombre d’observateurs prédisent un satisfecit des institutions de Bretton Woods à la prochaine évaluation des préalables posés par le Fonds monétaire international pour accéder au point d’achèvement de l’initiative d’effacement de la dette en faveur des pays pauvres très endettés.
Jusqu’au 21 mai 2010, la situation mensuelle des opérations financières de l’Etat accusait un solde positif de 142 milliards de Fc. Combinée à l’important déficit enregistré dans le compte d’exploitation de la Banque centrale du Congo, soit 44,82 milliards de Fc, le solde du secteur public se réduit à un peu moins de 100 milliards de Fc. C’est dire que le danger est permanent, malgré le bon comportement des finances de l’Etat.
Bien plus, juin 2010 - mois du Cinquantenaire – pourrait être marqué et caractérisé par une explosion des engagements de l’Etat - autrement dit, une augmentation des dépenses publiques.
De ce point de vue, c’est sur une parfaite coordination des efforts entre la Banque centrale du Congo et le gouvernement que se jouera le reste du parcours du programme économique conclu en décembre 2009 avec le FMI. En effet, ce programme – communément dénommé, PEG 2 – court jusqu’en 2012. Une façon de rappeler que les efforts de consolidation des finances publiques, couronnés par d’importants excédents budgétaires depuis le 31 mars 2010, doivent être maintenus dans le temps pour éviter tout retournement brusque de la situation.
La progression est, certes, impressionnante dans la gestion des finances publiques. Mais, il y a un effort de colmatage qui doit être mené en parallèle pour éviter que des fuites éventuelles ne se déclarent dans le système mis en place depuis mars 2010. Et cela, pour plus de rigueur dans le suivi des opérations financières de l’Etat. Les chiffres repris par la Banque centrale du Congo dans ses « Notes de conjoncture » arrêtés au 21 mai 2010 en témoignent.
Tentative de décryptage
Parti d’un excédent rudimentaire de 9,97 milliards de Fc au 26 février 2010, le solde des opérations financières de l’Etat centralisées sur le compte général du Trésor a fait un bond spectaculaire, se chiffrant un mois après, soit au 31 mars 2010, à 131,36 milliards de Fc. Depuis cette date, la tendance est au raffermissement, si bien qu’au 21 mai, le solde des opérations financières du Trésor s’est positionné autour de 142,17 milliards de Fc.
Comparé au solde antérieur quelques jours auparavant, soit 9,97 milliards de Fc à fin février de la même année, il y a lieu de jeter des fleurs au gouvernement pour avoir réussi le pari d’asseoir le PEG 2 sur des finances publiques assainies. Ce n’est cependant pas une raison, estime-t-on, de dormir sur ses lauriers ou de susciter les vieux démons des dépenses imprévues, celles généralement masquées sous la rubrique des « dépenses de souveraineté ».
Nombreux observateurs notent que la relative stabilité tant sur le marché des changes que sur celui des biens et services n’est pas la résultante d’une action combinée dans la gestion des finances publiques. Cette stabilité est encore relative, soutiennent-ils, dans la mesure où tout relâchement au niveau des finances publiques pourrait s’accompagner des effets dévastateurs en termes d’inflation et de taux de change.
Le gouvernement qui a le devoir de veiller à l’équilibre des finances publiques doit donc ouvrir l’œil, et le bon, afin de ramener toutes les dépenses sur le compte général du Trésor dans la chaîne de la dépense, commente-t-on dans les milieux spécialisés. Même remarque aussi à la Banque centrale du Congo qui doit se discipliner pour ramener ses opérations financières dans les limites fixées dans le cadre du budget de l’Etat, même si, notent certains analyses, les subventions d’équilibre lui allouées, après conciliation avec les services du FMI, seraient beaucoup plus importantes que celles inscrites dans le budget de l’Etat.
En 2009, le compte d’exploitation s’est clôturé avec un important déficit, malgré des intérêts perçus sur les avances au Trésor, soit un déficit cumulé fin période de 53,26 milliards de Fc. Ce scénario risque de se répéter en 2010. Car à mi-période, le compte d’exploitation de la Banque centrale pointe négatif avec un solde en sa défaveur de 44,82 milliards de Fc. De quoi alarmer ceux qui suivent pas à pas l’évolution des rapports parfois tumultueux entre la RDC et le FMI, alors que ce dernier s’est accordé jusqu’à fin juillet prochain pour juger de la capacité de la RDC à atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE.
Des signes qui inquiètent
Les statistiques rendues publiques par la Banque centrale du Congo font déjà paraître depuis mi-mai une nette augmentation dans le rythme des dépenses autant au niveau du gouvernement que de l’Institut d’émission. Ce qui pourrait, dans l’hypothèse où se maintenait cette tendance haussière, annihiler tous les efforts entrepris antérieurement pour raffermir les finances de l’Etat.
A titre d’illustration, rien que pour le mois de mai 2010, la courbe des dépenses sur le compte du Trésor est réellement sur une pente ascendante. Elle est partie de zéro au 3 mai, pour passer à 8,75 milliards au 7 mai, 47,96 milliards de Fc au 14 mai. Le même rythme s’est maintenu jusqu’au 19 mai avec des dépenses équivalant à 68,26 milliards de Fc, suivies deux jours après par des dépenses de l’ordre de 93,86 milliards de Fc.
Toutes choses restant égales par ailleurs, il est fort possible que le même rythme ait été maintenu au niveau du gouvernement. Si, par extrapolation, le même rythme devait se poursuivre jusqu’au mois de juin – mois supposé s’accompagner d’une explosion des dépenses pour couverture des dépenses du Cinquantenaire - il est fort probable que les excédents à fin mai soient sensiblement rongés. Aussi, en combinant les opérations financières de la Banque centrale – en nette progression aussi en avril 2010 – l’on doit logiquement craindre le pire dans les prochains jours. D’où, la nécessité de tirer la sonnette d’alarme pour amener les décideurs – Gouvernement et Banque centrale du Congo – à se ressaisir aux fins de recadrer leur action.
Tout doit se faire à ces deux niveaux de décision, pour que le bon comportement des finances à fin mai 2010, directement répercuté sur les marchés par une consolidation de la monnaie nationale et une stabilité générale des prix intérieurs, n’ait pas un effet météorique. Les regards sont donc tournés vers la Banque centrale et le Gouvernement, chacun des acteurs étant appelé à mieux jouer sa partition pour maintenir le cap dans la consolidation des finances de l’Etat. Donc, attention aux dépenses ostentatoires, non prévues !
Le Potentiel
(DN/Yes)