Coup de théâtre mercredi à l’Assemblée nationale où était vivement attendu le débat sur la motion de censure contre le Premier ministre, motion régulièrement préparée et programmée à l’ordre du jour. Au moment même où le président de l’Assemblée nationale, M. Evariste Boshab, allait ouvrir le débat, le chef de file du groupe parlementaire du MLC, ci-devant M. François Mwamba, demandera la parole pour intervenir en motion d’ordre et annoncer le désistement des signataires de la motion de censure en retirant cette dernière.

La stupéfaction était totale mercredi dans la Salle des congrès du Palais du Peuple où siège la Chambre basse du Parlement. Le débat sur la motion de censure contre le Premier ministre était annulé comme par enchantement, ceux qui l’avaient initiée ayant brusquement désisté et retiré cette motion.


Non seulement l’ensemble des députés ne comprenaient pas vite ce qui arrivait et le subit retournement de la situation, mais aussi les membres du gouvernement conduits par le Premier ministre Adolphe Muzito lui-même non encore libéré à ce moment-là de l’anxiété de son passage sur le grill de ses indécrottables accusateurs tant que le maître des céans n’avait pas tiré le rideau sur le dénouement de ce bras de fer.

Le président de l’Assemblée nationale à qui revenait en effet la décision de faire admettre ou non le forfait des attaquants n’avait pas vite tranché comme Salomon pour décanter la situation. Il exigera des raisons du surprenant volte-face de dernière minute, question de s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une nouvelle et astucieuse carte aux mille inconnues que François Mwamba posait avec son annonce de retrait de la motion de censure.
 
Le chef intérimaire du MLC n’a pas demandé mieux et reviendra au prétoire de l’Assemblée nationale pour donner les raisons qui ont poussé les signataires de la motion de censure à la retirer. Pour François Mwamba, les conditions de sérénité de débat n’étaient pas réunies. Il y a sans l’ombre d’un doute d’abord la crispation visible et telle dans la salle avec ce que le président de l’Assemblée nationale lui-même a appelé la « cohue » menaçante des fanatiques partisans du parti Palu ayant pris d’assaut les alentours du Palais du Peuple et le balcon de la Salle des Congrès tels des prédateurs apparemment prêts à corriger vertement ceux qui osaient inquiéter leur leader Premier ministre.

Une foule compacte des militants du Parti lumumbiste unifié (PALU) avait pris d’assaut de bonne heure le Palais du peu­ple où le Premier ministre Muzito devrait être auditionné sur les accusations de mau­vaise gestion portées contre son gouvernement. Dans ce climat de suspi­cion, l’on a fait état de quatre personnes qui auraient été interceptées avec des armes, une.information qui n’a pas été confirmée par des sources indépendantes.

François Mwamba indiquera ensuite qu’une telle ambiance ne prêtait pas à un climat serein de débat tout en dénonçant la récidive de ce genre de sordides pressions déjà vécues dans le passé et qui empêchent une institution croyant exercer sa mission de veiller sur les intérêts de la Nation que gère l’exécutif. Il voulait signifier à la face de l’opinion prise à témoin qu’il y a eu combines de la part des manipulateurs du Palu pour saborder le débat qu’il ne s’y serait pas pris autrement.

Ainsi, trouvant l’aubaine de ne pas sortir dans sa petite culotte, l’opposition a estimé qu’il sauvait encore la face en évitant d’être accusée d’avoir provoqué une explosion déjà en l’air et dont tous les signes apparaissaient clairement dans le scénario mis en place.

Du reste, comme c’est le président de l’Assemblée nationale, M. Evariste Boshab lui-même qui avait donne le ton de la dénonciation de la pression mise par le Palu, François Mwamba n’a fait qu’enfoncer le clou et sur ce point personne ne pourra l’accuser d’être en porte-à-faux au chairman de la Chambre basse du Parlement.

Le président de l’Assemblée nationale avait effectivement exprimé sans détours son indignation au vu de la forte mobilisation des militants du Palu ayant quadrillé le siège du Parlement jusqu’à provoquer des bousculades incommodes sur le parcours des autorités accédant au Palais du Peuple. M. Evariste Boshab qui ne pouvait dissimuler l’énervement causé par le désordre orchestré par le Palu est allé jusqu’à demander au gouvernement de réparer les casses constatées de ces débordements.

« J’ai été moi-même bousculé pour entrer dans la salle. Ce qui n’est pas admissi­ble. Je suis un Secrétaire géné­ral d’un parti politique. Et si j’ap­pelais les militants de mon parti pour venir me sécuriser, il y aurait l’apocalypse... », a mar­telé M. Boshab visiblement ému.

Le député François Mwamba a pour sa part expliqué le désistement de son camp comme suit : « Par souci de clarté et de vérité, parce qu’une fois enta­mée, cette discussion doit pou­voir édifier, en bien comme en mal, les uns et les autres. Et ces conditions-là n’étaient pas à ce stade réunies. Ceci signi­fie, bien attendu, qu’une motion nouvelle (de censure) va être réintroduite à temps et à l’heure » La situation a été critiquée comme suit par le député national Emery Okundji indiquant que : « La République n’est pas bien gérée, il fallait engager un débat de fond et dire la vérité. Comment le faire dans un climat mal sain »

Par ailleurs, soulignera-t-il : « Nous ne sommes pas engagés dans l’hémicycle pour verser le sang des Congolais ». Il précisera ensuite que l’oppo­sition a réussi à déjouer les piè­ges tendus pour l’amener à examiner, en séance plénière, la recevabilité de la motion de censure.

Le rapporteur de l’As­semblée nationale, Wildor Makonero, a soutenu, de son coté que la conférence des présidents avait été informée de la décision prise par les groupes parlementaire de l’opposition de retirer librement la motion de censure déposée contre le gouvernement, dans un compte rendu que voici dans son texte intégral.

Compte rendu de la confé­rence des présidents du mercredi 19 mai 2010

« Il est tenu ce mercredi 19 mai 2010, la conférence des présidents au siège de l’Assem­blée nationale. A l’ordre du jour figurait un seul point, à savoir, le temps de prise de parole au cours de la séance plénière devant statuer sur le document intitulé « Motion de censure déposée le 14 mai 2010 contre le gouvernement ».

Avant d’aborder l’unique point inscrit à l’ordre du jour, trois signataires de ladite mo­tion représentant les groupes parlementaires de l’opposition, à savoir, l’Honorable François Mwamba pour le MLC, l’Hono­rable Kiakwama pour le CD et l’Honorable Roger Lumbala pour l’ODR ont, par la bouche du président du groupe parle­mentaire du MLC, présenté une motion d’information.

Au terme de celle-ci, la conférence a été informée de leur décision de retirer libre­ment la motion de censure dé­posée contre le gouvernement. Car, certaines irrégularités sur le plan de la forme étaient décelables quant à certaines signatures. En plus, le prési­dent du groupe parlementaire MLC a informé la conférence que d’autres députés pourraient avoir retiré leurs signatures dont l’un avait même déjà donné notification du retrait de la sienne au bureau de l’Assem­blée nationale.

Au regard de ce qui précède, le Président du Groupe parlementaire du MLC a solli­cité le retrait de cette motion. La Conférence des Pré­sidents n’étant pas un organe de décision mais plutôt prépa­ratoire des plénières, ses mem­bres ont demandé aux auteurs de le faire en séance plénière, organe suprême de l’Assem­blée Nationale.

Ce retrait de la motion ayant ainsi vidé de son contenu le seul point à l’ordre du jour, la Conférence n’a pas estimé utile qu’il faille traiter du temps de prise de parole à la plénière sur cette question. Sur ce, le Président de l’Assemblée Nationale a levé la séance en invitant le Président du Groupe parlementaire qui avait initié la démarche de faire ce retrait devant la plénière, comme celui-ci l’avait souhaité lui-même en Conférence des Présidents. Commencée à 11h00’, la conférence des présidents a pris fin à 12h00’. Fait à Kinshasa, le 19 mai 2010. Le rapporteur de l’Assemblée Nationale. Wildor Makonero

Rien d’étonnant qu’après avoir suivi les explications du député François Mwamba sur les raisons ayant poussé les signataires de la motion de censure à retirer celle-ci, le président de l’Assemblée nationale ait acquiescé ce retrait. Sans même avoir besoin de recourir à l’avis de la plénière où il y aurait sans doute eu des voix pour déceler dans le volte-face de l’opposition un aveu dissimulé de débâcle dans son camp.

Ainsi la cause a été entendue. Le président de l’Assemblée nationale constatant qu’il n’y a plus de pugilat à organiser à cause du forfait d’un camp des antagonistes lèvera la séance. Le Premier ministre et les membres de son gouvernement quitteront alors la Salle des Congrès où ils avaient été accueillis moins de dix minutes auparavant ; pour aller récolter les ovations ou les huées de la foule à l’extérieur du Palais du Peuple.

Voilà comment s’est terminé le feuilleton du bras de fer engagé depuis que le député de l’opposition Jean-Lucien Busa s’est mis dans la tête de vitupérer la gestion du Premier ministre Adolphe Muzito. La non-exécution de ce mécanisme parlementaire n’a pas permis aux députés natio­naux de débattre de la teneur de la motion de censure dépo­sée le 14 mai au bureau de l’As­semblée nationale par l’opposi­tion..

Débordements des militants du Palu

Des milliers de militants du PALU (Parti lumumbiste unifié) ont semé un véritable dé­sordre,  mercredi 19 mai au Palais du peuple où les députés devaient débattre de la motion de censure adressée au gouvernement. Venus de toutes les communes de la capitale à bord de plusieurs bus de la société City train pris en location, les militants du Palu ont pris position à l’entrée principale du Palais du peuple en animant en l’honneur du Premier ministre, Adolphe Muzito qui est lui-même membre du Palu.

Hormis ceux qui remplissaient les condi­tions d’accès à la salle des Congrès, c’est-à-dire ceux en tenue de ville, nombreux se sont vus refuser l’accès à l’hémicycle. Tenant à tout prix à y accéder, ils ont foncé jus­qu’à se tenir corps à corps avec les policiers commis à la sécurité du Palais du peuple.

Se voyant débordés non seulement par leur nombre mais aussi l’in­compréhension, les policiers ont décidé de bloquer l’entrée. Et les partisans du Palu refusaient de se re­tirer. C’est ainsi qu’ils ont poussé les policiers jusqu’à forcer la grille, et réussir un passage en force. Ne devant pas se laisser faire, les agents de l’ordre ont recouru à la grenade lacrymogène pour les re­pousser. Ceux qui avaient réussi à s’introduire à l’in­térieur de l’enclos, y ont été chassés et éconduits à l’extérieur.

Mais pour com­bien de temps? Déterminés, les poulains de Gizenga Antoine ont, à leur tour, recouru à l’intifa­da ou le jet des pierres en direction des policiers. Les impacts étaient encore visibles jusque mercredi soir. Une situation qui insécuri­sait quiconque de passage à ce moment-là au niveau du Palais du peuple par où passent actuellement tous les véhicules venant de Matonge pour Gombe, à cause des travaux de pro­longement du boulevard Triomphal.

Des excuses du Premier ministre Muzito !

Le Premier ministre Adolphe Muzito regrette « les dérapages causés » mercredi matin au Pa­lais du Peuple, lors de la séance plénière à l’Assemblée nationale, a annoncé son porte-parole, Weteto wa Djemba intervenant dans le journal télévisé de la Radio-té­lévision nationale congolaise (RTNC).

M. Muzito a présenté au nom de tous les membres du gouvernement, ses excuses au Président de l’Assemblée nationale, à tous les députés sans oublier les membres du bureau. « Les dispositions seront prises pour qu’à l’avenir, pareils incidents ne puissent pas se re­produire », a indiqué le porte-pa­role du Premier ministre.

MMC


(DN/TH/GW/Yes)