Même écorchée, l’information, rendue hier mardi par Radio Okapi sur son site Internet, selon laquelle Platmin Congo, une entreprise minière en expansion au Katanga aurait vendu ses parts à « une entreprise chinoise à l’insu de la partie congolaise » a créé la panique dans les milieux du secteur. En effet, cette révélation a ramené à la surface le spectre de la résiliation en août 2009 par le gouvernement réuni en Conseil des ministres du projet minier Kingamyambo Musonoi Tailings (KMT), mené par la firme canadienne First Quantum Minerals.

Selon toujours Radio Okapi, le ministère des Mines n’aurait pas digéré la transaction négocié à son insu alors que l’entreprise Platmin Congo est lié depuis août 2008 avec la Gecamines dans une joint venture portant création de la Société minière de Deziwa et l’écaille C (Somidec) en sigle. Pour le ministère des Mines, qui a vivement réagi hier mardi à cette transaction, renseignent des sources concordantes, la joint venture créant Somidec serait déjà prête de subir le sort réservé il y a quelques mois au projet KMT.

Le grief, selon des sources proches du dossier, est le fait pour Platmin Congo BVI, véhicule financier de Platmin Congo, donc bien différent de la firme qui est en partenariat avec la Gecamines, d’avoir signé depuis la bourse de Hong Kong une cession des parts pour près de 285 millions Usd avec deux groupes chinois, à savoir China African Development Fund et Zijin Mining. Pour Radio Okapi qui rapporte les faits, C’est vendredi dernier que les sociétés chinoises ont annoncé avoir acquis conjointement Platmin Congo.Une transaction que le gouvernement, via le ministère des Mines, dénonce et condamne, parce que conclue sans son accord.

Les divergences


Sur cette transaction, irrégulière pour le gouvernement, mais conclue dans les règles de la finance internationale, pour divers analystes du secteur minier, les commentaires vont désormais dans tous les sens. Certains vont jusqu’à évoquer les transactions, pourtant avalisées par le gouvernement, conclues il y a quelques mois entre Moto Goldmines et RandGold dans le cadre de la création de la firme Kibali Goldmines loin des regards du gouvernement de la RDC.

Dans le même registre, on fait également référence à la reprise il y a quelques jours pour plus de 900 millions par un groupe Kazakh de la firme Camec, présente dans le secteur minier congolais par, notamment, l’entreprise minière Boss Mining. Aussi s’interroge-t-on sur ce en quoi la transaction conclue dans la bourse de Hong Kong aurait de particulier par rapport à celle précédemment négociée dans les mêmes conditions entre d’une part, MotoGold et RandGold, et d’autre part Camec et le groupe Kazakh.

Divers observateurs pensent qu’on n’est pas loin du feuilleton qui entoure depuis quelque temps le projet minier KMT, résilié de manière cavalière par le gouvernement alors que le projet était en voie de se mettre en œuvre. Pour la Somidec, partenariat conclu entre Platmin Congo et la Gecamines, la sentence semble avoir été déjà prononcée. Tout n’est plus que question du temps pour le prononcé du verdict. Ainsi, dans les milieux spécialisés, l’on estime que la transaction, normale et régulière négociée dans la bourse de Hong Kong, ne serait que cette petite goutte qui a fait déborder vase.

Désormais, dans le camp gouvernemental, c’est la désapprobation la plus totale qui entoure le partenariat conclu entre Platmin Congo et la Gecamines. Au ministère des Mines, la machine s’est d’ores et déjà mise en œuvre pour concrétiser la rupture. Mais, un rapport interne du ministère des Mines, datant de mai 2010 consacré à l’évaluation des travaux réalisés part Platmin Congo, avait prévenu le ministère sur une quelconque déviation lui rappelant que « le contrat liant les deux entreprises puisse suivre son cours normal pour éviter à la Gecamines un procès perdu à l’avance ».

Platmin est en partenariat depuis 2005 avec la Gecamines. Au terme des éxplorations effectuées sur terrain, ce partenariat a abouti en 2008 à la création de l’entreprise minière Somidec qui a déjà effectué, selon Radio Okapi, environ 300 sondages sur les deux sites d’écaille C et de Deziwa. Des études de faisabilité estiment les gisements à plus d’un million de tonnes de cuivre et près de 55.000 tonnes de cobalt (56.876 Tm Co).

En exploitation, note Radio Okapi, l’Etat congolais attend des bénéfices de plus de 600 millions de dollars en termes d’impôts. Dans les milieux du gouvernement, l’on ne s’explique pas que la transaction soit conclue à Hong Kong. Car indique Radio Okapi, le gouvernement souhaitait que Platmin achève l’exploration pour entrer en phase d’exploitation avec son propre financement.

Mais, il ignorait en même temps que les investissements miniers exigent des moyens financiers colossaux qui ne peuvent être mobilisés que sur les grandes places boursières. La transaction conclue à Hong Kong comme celles conclues auparavant par Camec, MotoGold et RandGold rentrent bien dans ce cadre.

En attendant, la panique s’est installée dans le secteur minier. A défaut de méconnaitre certaines pratiques dans la haute sphère de la finance internationale, le gouvernement a trouvé mieux de décourager certains investisseurs qui se sont engagés à aider la RDC à valoriser ses ressources minières. Après KMT et Platmin Congo, à qui le prochain tour ?

Le Potentiel


(CL/PKF)