Au mois de Mars 2010, Filip Sakx, un sujet belge, était entré presque en catastrophe dans les locaux du quotidien le Soir à Bruxelles. Il disait, porter une information extrêmement sensible qui touche à la sûreté d’Etat congolaise et rwandaise. Un réseau de conspirateurs s’active à renverser le régime de Paul Kagame à Kigali et, à défaut, celui de Joseph Kabila à Kinshasa. Loin de relayer une simple rumeur, Filip Sakx donne des détails précis et renversants. Il cite des noms. La rédaction du quotidien belge en reste interloquée. Parmi les meneurs du complot, il y a deux têtes d’affiche : Fabien Singaye et Jean Luc Habyarimana.

Le premier est une figure connue de la françafrique. Beau fils de Félicien Kabuya l’un des financiers du génocide, Fabien a été, au début des années 90 deuxième secrétaire à l’ambassade du Rwanda en Suisse. Abusant de sa fonction il espionnait les opposants du régime Habyarimana. Il fut expulsé de la Suisse pour délit d’espionnage. Après le génocide de 1994 et la chute du régime Habyarimana, il est allé s’installer en France.

Là il a servi d’interprète au célèbre Juge Bruguière. Et tout récemment, il a servi de facilitateur à un certain niveau du moins, à la société Française Areva dans le dossier uranium en RDC. Aujourd’hui, Fabien Singaye est devenu conseiller spécial du président François  Bozizé. Le second, Jean Luc Habyarimana, n’est autre que comme son nom l’indique, le fils de l’ancien président du Rwanda tué dans un attentat d’avion le 6 avril 1994 à Kigali. A ces deux figures de proue s’ajoute plusieurs autres africains originaires du Tchad et du Gabon. Il y a aussi, c’est le cas de le retenir, Bula Mandungu, fils de feu Mandungu Bula Nyati. Ce réseau a entretenu des liens très suivis avec Filip Sakx pendant plusieurs mois.

Ensemble, ils réalisaient une collecte de fonds en faveur des populations africaines dans le  cadre d’un projet humanitaire dénommé Joséphine Baker. Mais il s’est avéré par la suite que ces opérations financières avaient une finalité politique.

Grâce à l’appui de nombreux partisans recrutés via le net, ce réseau a réussi à récolter d’importantes sommes. Celles-ci ont été par la suite ventilées auprès des différents membres de la famille Habyarimana. Rôdé dans la filière du diamant à Anvers, Filip Sakx a réussi à extorquer quelques aveux à ses partenaires. Ils ne lui ont dès lors pas caché leur intention de renverser les régimes de Kigali d’abord ou celui de Kabila en cas d’échec de la première option.

Bavure policière

Mais le diamantaire belge n’est pas un enfant de choeur. Grâce à son immense réseau dans le diamant, il apprend, bien avant que cela ne soit officiel, tout du plan de rapprochement entre Paris et Kigali. Prenant peur, il décide de rompre avec ses partenaires et précipite les choses.

Une chasse à l’homme dirigé contre lui, commence. Il se sent traqué et menacé de toutes parts. Redoutant le pire et craignant surtout la bureaucratie policière, il va se jeter dans les bras de la Presse, il espère ainsi faire s’ébruiter le complot et dissuader ses poursuivants.

Malheureusement, la rédaction du Soir ne marche pas à la hauteur de ses attentes. Le lendemain de son irruption dans les locaux du quotidien belge, six policiers du Brabant Wallon viennent se saisirent de lui à  Anvers et l’emmènent à la prison de Nivelles. Mais un détail étonnant: Filip Sakx est arrêté à la suite de la plainte déposée par Mandungu fils. Cela fait ainsi un peu plus d’un mois qu’il est réduit au silence au fond de sa geôle, il crie à la manipulation, disant que ses adversaires lui ont tendu un piège en vue de le réduire au silence.

Tardive réminiscence

On dormait sur ses lauriers au quotidien le Soir depuis l’arrestation de Filip Sakx. Mais lorsqu’une vague d’attentats a secoué le Rwanda sur fond d’attaque à la grenade, on s’est réveillé sans demander son reste de sommeil au Soir. Le réveil a été d’autant plus brutal que dans le sillage de ces attentats, celui de l’aéroport de Mbandaka en RDC a achevé de convaincre les confrères belge que Filip Sakx disait peut être la vérité. Aussi avec un retard de 1 mois, soit du 31 Mars au 4 Mai, le quotidien belge a-t-il décidé d’ouvrir le « dossier dans ses colonnes. Seulement, la Police belge n’est pas encore parvenue à la même intelligence du dossier, il est à craindre que le silence imposé à Sakx ne puisse profiter aux criminels.

Sakx étant poursuivi par ses anciens partenaires pour un dossier d’affaires, la police va sûrement commettre l’erreur de ne poursuivre que cette seule piste. A la RDC et au Rwanda, qui sont les principaux concernés, de prendre l’affaire avec tout le sérieux qu’il faut car, il ne faut pas oublier que le rapprochement entre les deux pays se trouve dans la ligne de mire de la mafia internationale et régionale.

Complication, pour difficultés linguistiques, de la remise en liberté de Nkunda à son procès en Kinyarwanda au Rwanda

Le Tribunal militaire de Kigali a reporté mardi d’un mois l’examen prévu le jour ­même d’une demande de remise en liberté de l’ex-­chef rebelle tutsi congolais Laurent Nkunda, détenu au Rwanda depuis plus d’une année, a-t-on appris auprès d’un de ses avocats. Me Aimé Bokanga, du barreau de Kigali, a expliqué à l’AFP que le report était dû à des raisons d’ordre linguistique, l’autre défenseur de Nkunda, le Canadien Stephan Bourgon, ne comprenant pas le kinyarwanda, la langue choisie par les juges pour le déroulement des débats.

« Le tribunal a reporté l’audience au 11 juin, le temps de trouver un interprète pour faciliter les débats, a indiqué Me Bokanga. Les avocats de Nkunda soutiennent que l’ancien chef d’état-major des armées rwandaises, le général James Kabarebe, nommé ministre de la Défense le mois dernier, est Responsable de « l’arrestation et de la mise en détention illégales » de leur client.

Le 26 mars, la Cour suprême du Rwanda, se fondant sur le statut militaire de M. Kabarebe, s’était déclarée incompétente et avait renvoyé l’affaire devant la justice militaire. Laurent Nkunda a été arrêté en janvier 2009 à Giseni, ville rwandaise frontalière avec Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), alors, qu’il était à la tête de la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple:(CNDP). Il est depuis en résidence surveillée en périphérie de Kigali.

Laurent Nkunda avait mis en déroute dans le Nord-Kivu (est de la RDC) l’armée congolaise en octobre 2008 et menacée de faire tomber Goma. A la suite d’un retournement d’alliance, les armées congolaise et rwandaise avaient lancé le 20 janvier une opération conjointe sans précédent contre les rebelles hutus rwandais dans l’est de la RDC, qui avait abouti dans un premier temps à l’arrestation de Nkunda.

Le Palmarès


(DN/TH/GW/Yes)